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Qui déclare la guerre au conjugal lien


"Vous savez de quel titre elle se glorifie,
Et qu'elle a dans la tête une philosophie
Qui déclare la guerre au conjugal lien,
Et vous traite l'Amour de déité de rien"
La Princesse d'Elide, I, 2 (v. 241-244)

Dans la littérature galante des années 1650-1660, où "vivre sans aimer n'est pas proprement vivre" et où "les dieux mêmes sont assujettis à son empire" [celui de l'amour], la femme qui refuse l'amour, telle Silvia dans l'Aminta du Tasse, récemment traduit par l'abbé de Torche ("me percer le coeur"), ou Diane dans Les Charmes de Félicie, pastorale figurant au répertoire de la troupe de Molière ("jusques à quand ce coeur veut-il s'effaroucher") est :

  • soit disqualifiée en tant que prude,
  • soit présentée comme vouée au malheur, telle Cléonice dans Le Grand Cyrus (IV, 3, p. 412 et suiv.),
  • soit condamnée pour son austérité digne d'une Romaine, comme dans la deuxième partie (1655) de la Clélie des Scudéry (1),
  • soit considérée comme une curiosité, comme dans un passage de la troisième partie (1657) de la Clélie (2).

Dans tous les cas, cette attitude, pour les hommes comme pour les femmes, est présentée comme vouée à l'échec (voir "de l'amour un temps j'ai bravé la puissance").

Le mariage en tant qu'instrument de sujétion de la femme, en revanche, fait l'objet d'âpres critiques dans les cercles mondains (voir "cette tyrannie de Messieurs les maris").


(1)

Amilcar [...] demanda agréablement à Racilia pourquoi les femmes étaient plus sévères, plus retenues, et plus solitaires à Rome, qu'en Grèce ni en Afrique, ni même en tous les autres lieux d'Italie. [...]
- Pour moi, reprit Racilia après y avoir bien pensé, je suis persuadée que cela vient de ce que Rome fut bâtie par des hommes qui n'avaient point de femmes, et qui n'en eurent qu'en les ravissant à leurs voisins. Car craignant d'abord qu'elles ne les quittassent, ils les gardèrent fort soigneusement, et les accoutumèrent à une forme de vie solitaire, qui a depuis passé en coutume et en bienséance.
- Je vous assure, répliqua Amilcar, que cette bienséance est fort injuste, et fort rigoureuse. [...] Car quelle louange mérite une femme qui ne voit personne qui lui plaise, ni à qui elle puisse plaire, d'avoir toute sa vie un coeur tout neuf qu'elle ne sait à qui donner quand elle en aurait envie, et que qui que ce soit ne lui demande ?
(Clélie, IIe partie, livre 1, p. 107)

--

(2)

on vint faire la guerre à Mériandre de ce qu'il parlait un peu plus qu'à l'ordinaire à une très jolie femme de la cour, qui était en une si grande réputation d'être incapable d'amour qu'on ne s'avisait jamais de la soupçonner d'en avoir. De sorte que Lindamire voyant la guerre qu'on faisait à Mériandre, lui dit fort galamment, qu'il fallait qu'il aimât les entreprises difficiles, s'il était vrai qu'il aimât cette personne.
(Clélie, IIIe partie, livre 2, p. 341)




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