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Moineaux


"Je portais dans une cage
Deux moineaux que j'avais pris;
Lorsque la jeune Cloris
Fit dans un sombre bocage
Briller, à mes yeux surpris,
Les fleurs de son beau visage:
Hélas ! dis-je aux moineaux, en recevant les coups,
De ses yeux si savants à faire des conquêtes,
Consolez-vous, pauvres petites bêtes,
Celui qui vous a pris est bien plus pris que vous."
La Princesse d'Elide, Troisième intermède, sc. 2

L'image du moineau est associée, depuis les poèmes de Catulle sur le moineau de Lesbie, à la poésie élégiaque et galante (1). Michel de Marolles avait fourni en 1653-1654 une traduction de ces poèmes de Catulle.

Plus largement, le thème des oiseaux est exploité dans la poésie amoureuse des années 1663-1664, notamment

  • dans le Recueil de pièces nouvelles et galantes (1663) de Mme de la Suze (2),
  • dans le Nouveau recueil de diverses poésies (1671) du Chevalier d'Aceilly (3)
  • et dans le Recueil des pièces galantes en prose et en vers de Madame la comtesse de la Suze et de Monsieur Pellisson (Paris, Quinet, 1664) : ainsi "La Fauvette" (p. 135 et suiv.), ou "Suite de la Fauvette" (ibid., p. 147 et suiv.) qui met en scène un long échange entre une fauvette et un roitelet.

Le thème de l'amoureux "pris" comme un oiseau en cage avait fait l'objet d'une reprise burlesque dans Don Japhet d'Arménie (1653) de Scarron (4).

Le motif du moineau prisonnier sera repris dans Mélicerte ("heureux petit moineau").

Il existe également une tradition grivoise liée à la réputation de vigueur sexuelle du moineau (voir, dans L'Ecole des femmes, "que mon moineau ne sorte").


(1)

Ad Passerem Lesbiae

Passer, deliciae meae puellae,
Quicum ludere quem in sinu tenere,
Cui primum digitum dare appetenti,
Et acris solet incitare morsus,
Cum, desiderio meo nitenti,
Carum nescio quid lubet iocari
Et solaciolum sui doloris,
Credo ut tum grauis acquiescat ardor,
Tecum ludere sicut ipsa possem
Et tristis animi leuare curas !
(Catulle, Carmen II)

Au passereau de Lesbie

Passereau, les délices de ma jeune maîtresse. Mon inclination se jouait avec lui, et le tenait en son sein, elle lui donnait à pincer le bout de son doigt, et provoquait souvent ses picoteries cuisantes. Puissé-je accompagner ton petit dépit, de je ne sais quoi d'agréable pour apaiser sa douleur. Je crois certainement que si je pouvais jouer avec toi comme elle faisait, ma passion véhémente éteindrait son ardeur, et que je me soulagerais de mes tristes ennuis. Ce qui me serait autant agréable qu'on dit que le fut la Pomme d'or à une fille fort légère à la course, quand elle lui fit dénouer la ceinture liée depuis si longtemps.
(Les Poésies de Catulle de Vérone, en Latin et en Français, de la traduction de Michel de Marolles, Paris, G. de Luyne, 1653, p. 5)

De passere mortuo Lesbiae

Lugete, o Veneres Cupidinesque,
Et quantum est hominum uenustiorum !
Passer mortuus est meae puellae,
Passer, deliciae meae puellae,
Quem plus illa oculis suis amabat :
Nam mellitus erat suamque norat
Ipsam tam bene quam puella matrem,
Nec sese a gremio illius mouebat,
Sed circumsiliens modo huc modo illuc
Ad solam dominam usque pipiabat.
Qui nunc it per iter tenebricosum
Illuc, unde negant redire quemquam.
At uobis male sit, malae tenebrae
Orci, quae omnia bella deuoratis :
Tam bellum mihi passerem abstulistis.
O factum male ! O miselle passer !
Tua nunc opera meae puellae
Flendo turgiduli rubent ocelli.
(Carmen III)

Plaintes sur la mort du passereau

Pleurez, Graces compagnes de la belle Vénus, pleurez Amours, et tout ce qu'il y a de politesse au monde. Le Passereau de ma petite mignonne est mort, qu'elle aimait plus que ses yeux ! car il lui était plus doux que le miel, et il la connaissait comme elle connaît sa mère. Il ne s'en éloignait pas beaucoup, mais s'égayant ça et là en faisant de petits sauts, il venait pépier seulement autour de sa bonne maîtresse. Maintenant il s'en va par un chemin obscur, d'où l'on ne revient jamais. En dépit soyez vous faites, malheureuses ténèbres de Pluton, qui dévorez toutes les belles choses. Vous m'avez ravi le plus aimable passereau du monde. O malheur, ô infortuné passereau : c'est pour l'amour de toi que les yeux de ma mignonne sont aujourd'hui bouffis à force de pleurer.
(Les Poésies de Catulle [...] de la traduction de Michel de Marolles, p. 5-7)

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(2)

Elegie

Les oiseaux par leurs chants, par leurs plaintes aimables,
Invoquaient du soleil les rayons adorables
[...]
En songe elle [Iris] aperçoit deux blanches tourterelles
[...]
Helas ! s'écria-t-elle, ô trop aimable songe !
Vous pouvez soulager mon ennui qui me ronge ;
Je pourrais imiter ces deux chastes oiseaux,
Et rencontrer comme eux la fin de mes travaux
(Mme de la Suze, Recueil de pièces nouvelles et galantes, 1663, p. 142-143)

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(3)

A UNE DAME
qui baisait les moineaux.

Donner à vos moineaux des baisers savoureux,
En leur pressant le bec de vos lèvres de roses,
N'est-ce pas vous tromper dans l'usage des choses,
Et leur donner un bien qui n'est pas fait pour eux?

AUX MOINEAUX
que cette dame baisait.

Dans les moments qu'une amante vous baise,
Petits moineaux, vous ne mourez point d'aise,
J'en serais mort en goûtant ces appâts.
Que malheureux le Ciel nous a fait naître!
Vous jouissez d'un bien sans le connaître,
Je le connais, et je n'en jouis pas.
(p. 44)

SUR UN MOINEAU A UNE DAME

Aussitôt que j'entre chez vous,
Jeune divinité dont mon coeur est le temple,
Votre moineau me flatte, il me fait les yeux doux ;
Il me donne du bec deux, ou trois petits coups.
O le moineau de bon exemple!
(p. 58)

(4)

Me voila pris en cage ainsi qu'un Perroquet ;
Je commence à trembler pour mon dessein coquet.
(Scarron, Don Japhet d'Arménie, 1653, IV, 4)




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