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Je guéris par des paroles


"Monsieur, mes remèdes sont différents de ceux des autres : ils ont l'émétique, les saignées, les médecines et les lavements ; mais moi, je guéris par des paroles, par des sons, par des lettres, par des talismans et par des anneaux constellés."
L'Amour médecin, III, 5

La croyance aux effets surnaturels des talismans et anneaux constellés (1), ainsi que des paroles (2) est dénoncée par La Mothe le Vayer, de même que l'attitude qui accorde foi à "un enchanteur, qui porte un caractère".

Dans une lettre de 1662 ("Pour les sorciers"), Cyrano évoque toutes ces pratiques occultes par le biais d'un personnage de magicien (3).

L'auteur du pamphlet contre Les Tromperies des charlatans, découvertes par le sieur de Courval (1619), publié avec les Oeuvres de Tabarin, dénonçait déjà ce type de superstitions (4).

Dans le conte "L'oraison de Saint Julien", paru dans la Deuxième Partie des contes et nouvelles en vers (achevé d'imprimer : 21 janvier 1666), La Fontaine évoque la guérison par paroles en jouant du double sens que peut prendre le terme (5).

La maladie de la Reine Mère avait donné lieu à des prières collectives, qui avaient procuré une nette amélioration de son état selon les gazetiers Robinet (14 juin et 12 juillet 1665) et Mayolas (1er août 1665) (6).


(1)

Dans le "petit traité" "Des bagues et anneaux" (Petits Traités en forme de lettres, 1647), La Mothe le Vayer affirme l'inanité de :

toutes ces propriétés occultes qu'on veut que les pierres taillées et enchâssées dans des bagues reçoivent du ciel, en vertu des figures qui leur sont données durant de certaines constellations. Tous ces talismans et gamahés, dont la fausse astrologie fait tant de parade, ne doivent passer que pour des preuves de la vaine superstition de beaucoup d'esprits, qui ne croient jamais rien avec plus d'opiniâtreté que ce qui est le moins croyable par raison.
(éd. des Oeuvres de 1756, VI, 1, p. 27)

(2)

Dans sa Physique du prince (1658), l'usage curatif de paroles magiques est cloué au pilori :

La superstition qui a trouvé autrefois l'abracadra contre la fièvre hémitritée, un vers du quatrième de l'Enéide contre la quarte et un grain de blé sous un pain contre la quotidienne, forge tous les jours d'autres remèdes qui ne valent pas mieux et quantité de telles bagatelles.
(édition des Oeuvres de 1756, II, 1, p. 177)

(3)

J'enseigne la composition des brevets, des sorts, des charmes, des sigilles, des talismans, des miroirs magiques, et des figures constellées.
("Pour les sorciers", p. 91)

(4)

Sous la troisième [secte des charlatans] [je range] les jatromages ou médecins magiciens, qui usent de billets, charmes, paroles, caractères, incantations et chimagrées, superstitions, à la cure des maladies.
(Les tromperies des charlatans, découvertes par le sieur de Courval, Paris, N. Rousset, 1619, publié comme document dans Oeuvres de Tabarin, éd. de 1858, p. 211)

(5)

Beaucoup de gens ont une ferme foi
Pour les brevets, oraisons, et paroles .
Je me ris d'eux; et je tiens, quant à moi
Que tous tels sorts sont recettes frivoles.
Frivoles sont; c'est sans difficulté.
Bien est-il vrai, qu'auprès d'une beauté
Paroles ont des vertus non pareilles
Paroles font en amour des merveilles:
Tout coeur se laisse à ce charme amollir.
[...]
Eux discourant, pour tromper le chemin
De chose et d'autre, ils tombèrent enfin
Sur ce qu'on dit de la vertu secrète
De certains mots, caractères, brevets,
Dont les aucuns ont de très bons effets.
[...]
L'on se guérit, l'on guérit sa monture,
Soit du farcin, soit de la mémarchure;
L'on fait souvent ce qu'un bon médecin
Ne saurait faire avec tout son latin.
("L'oraison de Saint Julien", éd. de 1840, p. 153)

(6)

Après cette triste nouvelle,
Disons en un bonne et belle
Et qu’aucun ne saurait ouïr
Sans grandement s’en réjouir,
C’est que l’auguste REINE MERE,
Que l’on chérit, aime et révère
Avec tant et tant de raison,
Par l’effet de mainte Oraison
Et de mainte ardente Prière,
A vaincu cette Fièvre altière
Qui semblait, pour prendre un haut Rang
Vouloir régner dans son beau Sang.
(Robinet, Lettre du 14 juin 1665, voir Les spectacles et la vie de cour dans les Continuateurs de Loret en 1665)

On m’a dit que le FRERE FIACRE, [MD : Augustin Déchaussé.]
Qui n’est ni PRETRE ni DIACRE,
Mais un très bon RELIGIEUX,
A POITIERS certe [sic.] a fait des mieux
En la belle et sainte NEUVAINE,
Faite illec pour l’auguste REINE,
J’entends REINE MERE du ROI.
(Robinet, Lettre du 12 juillet 1665, ibid.)

On redouble ici la Prière,
Pour notre Grande REINE Mère.
Dans Saint Germain de l’Auxerrois,
Paroisse ordinaire des Rois,
On recommence la Neuvaine,
Invoquant toujours Sainte Reine
Avec ardeur, avec raison,
Pour sa parfaite guérison,
Dont les précieuses Reliques
Sont par ces bontés magnifiques
Dans un Reliquaire d’argent ;
Et l’on voit, d’un pas diligent,
Les Grands et petits de la Ville
(En tout temps en peuple fertile),
Le matin ainsi que le soir,
S’acquitter bien de leur devoir.
Pour moi, de tout mon coeur je prie.
Et voudrais au prix de ma vie
Prolonger le glorieux cours
De ses chers et de ses beaux jours.
(Mayolas, Lettre du 1er août 1665, ibid.)




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