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Vous voulez quereller


"Monsieur, je suis ravi de vous voir de retour. [...] Vous vous portez bien, à ce que je vois? [...] Votre voyage a-t-il été bon? - Mon Dieu, fort bon. Laisse-moi un peu quereller en repos. - Vous voulez quereller? - Oui, je veux quereller. - Et qui, Monsieur? - Ce maraud-là."
Les Fourberies de Scapin, I, 4

La manière dont Scapin s'efforce, au cours de la scène I, 4, de calmer et de divertir la colère d'Argante, correspond à ce qui est recommandé dans "le docte traité que Sénèque a composé de la colère" :

Chap. I
Ainsi, Novatus, nous devons déjà avoir appris à nous modérer, soit que nous ne soyons pas sujets à la colère, soit que nous en soyons victorieux. Voyons maintenant comment nous apaiserons celle des autres, car nous ne voulons pas seulement nous guérir, mais nous voulons aussi guérir les autres. Il ne faut pas entreprendre d'apaiser les premiers mouvements de la colère par le discours et par la raison. Elle est sourde et furieuse, il faut que nous lui donnions du temps. Les remèdes font leur effet lorsqu'on les donne à propos, et quand les accès sont finis. On ne ne doit point toucher aux yeux tandis qu'ils font enflammés, de peur d'exciter la fluxion ; ni enfin il ne faut point toucher aux autres maux tandis qu'ils sont dans la violence. Le repos seulement est capable de nous guérir dans le commencement des maladies. "A quoi donc, me dira-t-on, pourra servir votre remède, s'il ne guérit qu'une passion qui se guérit d'elle-même" ? Premièrement il fait en sorte qu'elle s'évanouit plus tôt, ensuite il empêche qu'elle ne revienne, et d'ailleurs il trompera cette première impétuosité qu'il n'oserait adoucir. Il éloignera tous les instruments de la vengeance. Il feindra lui-même de la colère, afin que comme s'il en était le compagnon, et qu'il voulût la secourir, ses raisons et ses conseils aient plus de force et d'autorité. Il retardera le mal, et différera une vengeance en feignant d'en rechercher une plus grande et plus rigoureuse. Enfin il mettra tout en usage pour donner du repos à cette furie. Si elle est trop violente, ou l'on fera de la honte, ou l'on donnera de la crainte à celui qui n'y saurait résister. Si elle est faible ? on lui tiendra des discours qui ne lui déplairont pas; et sous prétexte de vouloir apprendre la vérité, on la divertira peu à peu.
[...]
Chap II.
Il y a des maux que l'on guérit en les trompant. Vous direz à l'un : "Prenez garde que votre colère ne soit les délices de vos ennemis". Vous direz à un autre : "Prenez garde qu'on ne perde la bonne opinion qu'on a de la grandeur de votre courage, et de la force de votre esprit". "Véritablement je suis fâché de l'injure qu'on vous a faite, et j'en ai de grands ressentiments ; mais il faut attendre le temps, et l'on en aura la vengeance. Gardez cela dans votre esprit, vous vous vengerez quand vous pourrez, mais vous en ferez bien payer l'usure". Car c'est irriter celui que vous voyez en colère que de vouloir le châtier, et lui faire quelque résistance. Vous l'attaquerez doucement, et de diverses façons.
(III, 39, trad. P. Du Ryer, 1669, p. 440 et suiv.)

Un principe semblable est émis dans les Discours sur la première décade de Tite-Live de Machiavel :

XXXIII
Quand un mal naît et croît dans une république, il vaut mieux temporiser que de le choquer avec une violence précipitée
(Oeuvres de Machiavel, Paris, 1664, Seconde partie, p. 131)




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