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Vous tourne en ridicule


"Et puisque la franchise a, pour vous, tant d'appas,
Je vous dirai tout franc, que cette maladie,
Partout où vous allez, donne la comédie,
Et qu'un si grand courroux contre les mœurs du temps
Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens."
Le Misanthrope, I, 1 (v. 104-108)

L'inadéquation ou le ridicule de celui qui s'obstine, en société, à vouloir appliquer les maximes d'une morale sévère et à se comporter de manière "un peu trop sauvage", est soulignée

  • par La Mothe le Vayer, dans son petit traité “De la flatterie et de la correction” (1) ainsi que dans le dialogue "De la philosophie sceptique" (2)
  • par le chevalier de Méré (3)
  • par Saint-Evremond (4).


(1)

Il n’y a rien de si odieux à l’égal de ces personnes qui font profession de censurer tout le monde et qui recherchent avec importunité les occasions […] et de semblables affectations sont toujours mal reçues, et l’usage trop fréquent de cette manière de mortification [..] les rend infructueuses, comme nous expérimentons que les meilleurs remèdes ne servent de rien quand on les réitère trop souvent.
(La Mothe le Vayer, Petits traités en forme de lettres, Lettre XXXIX : “De la flatterie et de la correction”, Oeuvres, VI, 1, p. 355)

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(2)

[C]ette éminence et pureté d'esprit [...] nous nuit, et nous préjudicie bien plutôt dans le cours de la vie civile, et parmi la société des hommes, qu'elle ne nous y sert et profite, étant certain, que comme le nombre des fols est partout infini, et celui des hommes raisonnables plus rare que des monstres [...], telles sociétés et polices ne sont autre chose qu'un amas et multitude d'esprits populaires, impertinents et mal faits. Le gentilhomme, l'artisan, le prince, le magistrat, le laboureur, ne sont à cet égard qu'une même chose. [...] Or ayant à vivre et converser parmi eux, mille rencontres vous obligeront, ou de participer à leurs sottises en y acquiesçant, qui est la plus grande calamité qui puisse arriver à un esprit de cette trempe, ou de vous raidir contre leurs sentiments, et vous opposer à leurs façons de faire, d'autant plus affectionnées et opiniâtrées par eux, qu'elles sont injustes et déraisonnables : auquel cas vous voilà dans cette envie et haine publique, dont Socrate et ses semblables ne sont sortis que par le glaive, le feu, et la ciguë : car la médiocrité que les sages ont voulu prescrire en ceci, donnant l'extérieur au peuple avec réservation du dedans, est chose plutôt imaginaire que possible et pratiquable dans le train et commerce ordinaire de la vie, m'assurant qu'il n'y a homme de sentiment autre que le vulgaire, lequel n'avoue que son éclaircissement et sa connaissance lui ont toujours été plutôt ruineux et préjudiciables qu'avantageux et profitables.
(La Mothe le Vayer, "De la philosophie sceptique", dans Dialogues d'Orasius Tubero, t. I, p. 58-60)

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(3)

[J]e remarque […] que les gens si concertés, qui jamais ne relâchent de leurs maximes, quoiqu’elles soient pleines d’honneur, sont souvent tournés en ridicule comme l’était Caton d’Utique, le plus grave et le plus vertueux de son temps.
(Antoine Gombault, chevalier de Méré, Oeuvres complètes, Paris, F. Roches, 1930, III, p. 91-92)

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(4)

Tant qu’on est engagé dans le monde, il faut s’assujettir à ses maximes, parce qu’il n’y a rien de plus inutile que la sagesse de ces gens qui s’érigent d'eux-mêmes en réformateurs. C’est un personnage qu’on ne peut soutenir longtemps sans offenser ses amis et se rendre ridicule.
(Saint-Evremond, Œuvres mêlées, I, 3, éd. de 1706, p. 113)




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