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Votre religion est donc l'arithmétique


" Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit. - La belle croyance, que voilà ! Votre religion, à ce que je vois, est donc l'arithmétique? "
Don Juan ou le Festin de pierre, III, 1

La Mothe le Vayer réitère à plusieurs reprises son dédain des mathématiques :

  • dans l'"homélie académique" "Des monstres" (Homélies académiques,1664) (1)
  • dans la Prose chagrine (1661) (2)
  • dans le "petit traité "De la connaissance des choses divines" (Derniers Petits Traités, 1660) (3)
  • dans le "petit traité "De l'étude des mathématiques" (Derniers Petits Traités, 1660) (4)
  • dans le Discours pour montrer que les doutes de la philosophie sceptique sont de grand usage dans les sciences (1669) (5)
  • dans les Soliloques sceptiques (1670) (6)
  • dans le Petit discours chrétien sur l'immortalité de l'âme (1637) (7)


(1)
Mais quoi, nous avons honte de notre faiblesse, et nous craignons de passer pour des ignorants, si nous hésitons tant soit peu à rendre raison de toutes les merveilles que nous lisons dans le grand code de cette même nature. Après avoir établi de certaines maximes plus subtiles que réelles, nous voulons que toutes ses opérations s'y rapportent, comme s'il lui était impossible de passer les bornes que notre esprit lui a prescrites. Et sur l'imagination de beaucoup plus d'ordre qu'elle n'en veut vraisemblablement observer, encore qu'elle soit très ordonnée partout, nous cherchons des certitudes mathématiques, et des régularités invariables aux choses matérielles, qui ne se trouvent jamais qu'en celles qui sont délivrées de toute matière, comme le premier de tous les dogmatiques est contraint de l'avouer au dernier chapitre du second livre de sa Métaphysique.
(éd. des Oeuvres de 1756, III, 1, p. 184)

(2)

L'on peut prononcer sans mécompte de la plupart de nos novateurs, la même chose qu'Aristote impute à d'autres au dernier chapitre du premier livre de sa Métaphysique, qu'ils ont voulu faire des belles mathématiques une fort laide et fort mauvaise philosophie. Car comme il ajoute si bien à la fin du second livre, les évidences et les certitudes de la mathématique ne doivent être exigées qu'aux choses qui sont dépouillées de toute matière : c'est pourquoi ceux qui veulent être trop mathématiciens dans la physique, prennent un très mauvais chemin et qui n'est pas naturel.
(éd. des Oeuvres de 1756, III, 1, p. 251)

(3)

Ce qui concerne la religion et le culte divin a presque toujours je ne sais quoi qui excède les capacités de l'entendement humain. Vouloir comprendre les choses de cette nature, et en rendre un compte aussi exact que l'on peut faire des physiques, des morales, ou des mathématiques, c'est proprement s'opiniâtrer à presser l'eau avec la main pour la mieux prendre et pour s'en prévaloir.
(éd. des Oeuvres de 1756, VII, 2, p. 251-252)

(4)

Il est à craindre que la coutume des démonstrations évidentes, comme sont celles des mathématiques, ne nous fasse rejeter dans la physique, dans la morale, ou ailleurs, des conclusions, qui pour n'avoir pas tant de clarté, ne laissent pas d'être bonnes et recevables. C'est ce qui a fait quelquefois nommer odieuse la conversation de certains géomètres, qui voulaient qu'on leur rendît tout ce qu'on leur disait aussi apparent qu'Euclide a fait ses propositions.
(éd. des Oeuvres de 1756, VII, 2, p. 208-209)

(5)

En vérité, il faut avouer que la subtilité de la nature dans toutes ses opérations surpasse de beaucoup celle de l'esprit humain ; et que nous ne commettons pas une petite faute, quand nous la voulons assujettir aux règles des mathématiques ou aux fines conclusions de la logique, comme depuis peu l'on a tâché de le faire inutilement.
(éd. des Oeuvres de 1756, V, 2, p. 51-52)

(6)

L'homme n'est pas capable de savoir la raison d'autre chose que de ce qu'il exécute à sa mode, ni comprendre d'autres sciences que celles dont il fait soi-même les principes; ce qui se peut facilement prouver en considérant de bonne sorte les mathématiques.
(p. 19)

(7)

Comme Aristote dit lui-même en ce dernier chapitre du second livre de sa Métaphysique que nous avons déjà allégué, et qui ne peut être trop considéré vu son excellence, il ne faut pas exiger en toutes choses des preuves semblables à celles qu'on donne dans les pures mathématiques, pour ce que ce serait vouloir forcer la nature, qui ne permet pas qu'on en puisse apporter toujours de si concluantes, quand il se trouve de la répugnance de la part du sujet.
(éd. des Oeuvres de 1756, III, 1, p. 454-455))




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