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Voilà de mon étoffe


"En regardant l'habit du tailleur.- Ah, ah, Monsieur le tailleur, voilà de mon étoffe du dernier habit que vous m'avez fait. Je la reconnais bien. - C'est que l'étoffe me sembla si belle, que j'en ai voulu lever un habit pour moi."
Le Bourgeois gentilhomme, II, 5

La malhonnêteté des tailleurs fait fréquemment le sujet d'historiettes humoristiques. Ainsi, dans

  • L'Elite des contes (1644) de d'Ouville (1)
  • Le Réveil matin des esprits mélancoliques (1643) (p. 71)
  • Le Courrier facétieux (1668)
    • "D'un maître tailleur et d'un chaussetier", (p. 310)
    • "D'un tailleur qui se dérobait à lui-même" (p. 142)

Un jeu de mots à ce sujet est recueilli dans les Curiosités françaises (1644) d'Antoine Oudin (2).

Dans Les Visions de Quevedo, un diable se plaint qu'on l'invoque à propos des tailleurs larrons (3).


(1)

"D'un tailleur"

Un bourgeois de Paris voulant faire faire un habit de drap, prit avis d’un sien compère qui était tailleur (mais qui pour son âge ne travaillait plus de son métier, et cetui-ci en voulait un plus expert, et qui travaillât mieux à la mode) combien il lui fallait d’aunes de drap, sachant qu’il ne le tromperait pas. "Monsieur, lui dit-il, il vous en faut tout au juste, ni plus, ni moins ; si vous y en employez moins, votre habit sera gâté, et si vous en baillez davantage, le reste sera pour le profit de votre tailleur, qui vous voudra bien soutenir, pour avoir lieu d’en dérober, qu’il vous en faut davantage, mais ne le croyez pas, dites-lui que vous savez bien qu’il ne vous faut que cela". Le bourgeois achète autant d’étoffe que son compère lui avait dit, l’apporte à son tailleur pour lui couper son habit en sa présence ; qui l’ayant mesurée par son bras, lui dit qu’il n’en avait pas assez pour y trouver son compte : mais ce bourgeois lui soutenant le contraire, voulut qu’il taillât son habit devant lui : il étend cette étoffe sur une table, prend sa croie, marque le corps, les manches, et les basques, et n’y réussissant point par un côté, le tourne plusieurs fois d’un et d’autre, sans mettre les ciseaux dedans : ce que voyant ce bourgeois, il lui dit : "Mais mon ami, pourquoi tardez-vous tant, que ne vous dépêchez-vous ? – Ma foi, lui dit-il, Monsieur, j’ai beau le tourner et retourner, et y prendre toutes mes mesures, j’y perds mon temps, vous avez pris trop peu d’étoffe, je n’en saurais par où prendre : et en effet ses morceaux lui étaient rognés de trop près, il est bien vrai qu’il n’en pouvait avoir par où prendre pour en dérober".
(p. 450-452, deuxième partie).

(2)

Les cordonniers font des souliers et les tailleurs des robes, c'est une sotte allusion du mot des robes à dérobent pour dire que les tailleurs sont larrons.
(p. 96)

(3)

Nous nous plaignons encore davantage de ce qu'en parlant familièrement les uns aux autres, vous dites souvent : "Voyez, je vous prie, comme ce diable de tailleur a mal fait mon habillement, comme il m'a fait attendre, comme il m'a dérobé". Vous nous faites tort de nous comparer aux tailleurs, vu que nous nous en servons de bois en enfer, encore nous faisons-nous bien prier pour les y recevoir, quoiqu'ils nous pussent alléguer la loi de possession. Et parce qu'ils sont en possession du larcin, et de garder plutôt de vos étoffes qui leur sont demandées, que les fêtes qui leur sont recommandées, ils entrèrent, chez nous en grommelant quand nous ne leur ouvrons pas la porte toute arrière parce qu'ils croient être légitimes enfants de la maison.
(trad. de La Geneste, 1656, p. 10)




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