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Un quart d'heure à le faire


"[...] Au reste, vous saurez,
Que je n'ai demeuré qu'un quart d'heure à le faire."
Le Misanthrope, I, 2, v. 313-314

L'excuse du "quart d'heure à le faire" et de la précipitation sont des topos de la création impromptue mondaine, ainsi que l'attestent deux occurrences dans le recueil Divers Portraits, dit "de Mademoiselle", publié en 1659 :

Il serait criminel, Mademoiselle, de celer en ce lieu que le plus long de ces ouvrages n'a jamais coûté à votre Altesse plus d'un quart d'heure.
(n.p.)

Il fut pensé et écrit en un quart d'heure, comme il est aisé de le voir.
(préface, n. p.])(1)

Dans son roman d'Alcidamie (1661), Mlle Desjardins consacrera un développement, sous forme de conversation, aux problèmes que soulève cette conception de la création littéraire :

- Ce n’est d’ordinaire que dans les grands ouvrages que cette délicatesse de langue est à observer ; car, pourvu que quatre petits vers faits avec tant de promptitude que ceux dont il s’agit se doivent faire, aient un sens agréable, du feu et des rimes justes, on n’examine guère s’il y a dedans des mots impropres ou non. – Ce que dit le prince de Fès me ferait renoncer pour jamais à faire des vers impromptus, quand je serais capable d’en faire, interrompit Philimène ; car, si les vers qu’on fait ne valent rien, on ferait beaucoup plus sagement de n’en point faire ; et, s’ils sont bons, il est impossible d’empêcher qu’ils ne soient vus par d’autres gens que par ceux devant lesquels ils se font. Comme il ne se rencontre pas toujours des personnes qui puissent dire : « C’est un impromptu, je l’ai vu faire, et l’auteur l’ a fait dans un moment », on l’examine avec la même rigueur que s’il avait été longtemps rêvé et l’on en condamne sévèrement les fautes, sans s’informer si quelque chose les peut rendre excusables.
(Oeuvres, 1720, p. 345)

Plus haut, Oronte employait un autre lieu commun de la création poétique des milieux mondains ("ce ne sont point de ces grands vers pompeux").


(1) Source : M. Gerlach-Nielsen, "Le Misanthrope et l'anthropologie classique", Revue Romane X, p. 352.




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