[retour à un affichage normal]

Accueil > Outils > Un enfant tout nouveau-né

Content-Type: text/html; charset=UTF-8

Un enfant tout nouveau-né


"À notre impatience offrez votre épigramme.
– Hélas, c'est un enfant tout nouveau né, Madame.
Son sort assurément a lieu de vous toucher,
Et c'est dans votre cour que j'en viens d'accoucher."
Les Femmes savantes, III, 1 (v. 718-721)

La métaphore de l'enfantement avait été utilisée, pour évoquer la création poétique, dans

  • l'épître dédicatoire du Mont Parnasse, ou De la préférence entre la prose et la poésie , par M. D. S (1663)
Monseigneur,
Voici un enfant trouvé que je vous présente. Il est sans père et sans appui, mais il ne manque point de courage ni de conduite. Ce n'est pas qu'il prétendre être avoué pour vôtre ni faire figure parmi vos productions d'esprit et de galanterie qui font aujourd'hui le divertissement de S. M. et l'admiration de toute la cour.
(n. p.)

  • la préface de la quatrième partie de La Précieuse (1656-1658) de l'abbé de Pure :
Une petite bizarrerie de mon libraire m'empêcha seulement de donner des langes à cet enfant.
(éd. Magne, t. II, p. 194)

  • des stances du recueil Sercy de 1658
A M. D. H.

Savoir ce qu'on enfante
Quand on est gros de voir Amarante.

Stances.

Gros de neuf jours de vous revoir,
Sauf votre honneur, belle Amarante,
Veut-on savoir ce que j'enfante ?
C'est un fils plein de feu, de douceurs, et d'espoir.

Comme mon esprit chaque soir
Couche avec vous, ne vous déplaise,
Qu'il vous caresse, qu'il vous baise,
Vous l'avez engrossé comme vous pouvez voir.

Il en a honte, et voudrait bien
Rendre aussi la pareille aux belles ;
Mais las ! quoiqu'il couche avec elles,
Mon corps n'y couche pas, et sans corps ce n'est rien.

Devant que mettre bas mon fruit,
Mon âme en eut fort la tranchée,
Et dès qu'elle en fut accouchée,
Il voulut malgré moi se coucher par écrit.

Je tremblais même au dernier point,
Lorsque je pensais en mon âme
Qu'on a besoin de sage-femme,
Car j'avais lu moulé qu'il ne s'en trouve point.

Mais c'est bien une autre pitié,
Quand je songe au nom qu'il doit prendre,
Car ma bouche n'ose entreprendre
De le nommer Amour, ni mon cœur Amitié.

Quoi qu'il en soit, le voilà né,
C'est à vous à faire l'office
De gouvernante et de nourrice,
Et le choyer très bien, comme étant notre aîné,

II est si bien fait, que j'ai peur
Que quelqu'un ne vous le dérobe,
Cachez-le-moi sous votre robe.
Ou bien, dans votre sein, car c'est l'enfant du cœur.

Son plus juste et plus grand désir,
C'est de le faire reconnaître,
Montrer que vous l'avez fait naître,
Et puis ne faire plus que croître et qu'embellir.

Il sent son bien, il est mignon,
Il a quelques traits de sa mère,
Et toute la voix de son père;
Pour plaisir, je vous prie, entendez son jargon.

Son humeur, c'est de parler bas,
De conter la douce fleurette,
D'en dire deux mots en cachette,
D'aller vite en besogne; et parler un peu gras.

Il va droit, quoi qu'il n'ait point d'yeux,
Il se conduit selon les vôtres,
Il les aime, et n'en veut point d'autres,
Ce sont ses gardes seuls, ses astres et ses dieux.

De peur d'irriter ses désirs
N'allez pas lui faire la moue,
Donnez-lui vos mains, votre joue,
Ou quelque autre bonbon pour ses menus plaisirs.

Il est plaisant, il est joli,
Mais il crie et se désespère
Et dit qu'il veut avoir un frère,
Qui parle comme vous, et soit fait comme lui.

Faites-en donc un au plus tôt;
Il vous est aisé de le faire,
Cessez pour moi d'être sévère,
Pour peu que vous m'aimez, vous le ferez bientôt.
(p. 205)




Sommaire | Index | Accès rédacteurs