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Un chagrin qui n'a nul fondement


"Les querelles, procès, faim, soif et maladie,
Troublent-ils pas assez le repos de la vie,
Sans s'aller, de surcroît, aviser sottement,
De se faire un chagrin qui n'a nul fondement."
Le Cocu imaginaire, sc. XVII, v. 453-456

Dans son petit traité « Des adversités » (Opuscules et petits traités, 1643) La Mothe le Vayer décrit la manière dont les hommes

ne trouveront rien d’intolérable à la vie, quand ils auront fait les réflexions convenables sur la nécessité de tant d’événements fâcheux, dont il est impossible que nous puissions nous défendre
(Oeuvres, 1756, II, 2, p. 379-380)

la plupart des choses qui nous affligent et que nous prenons pour de grandes infortunes n’ont rien en elles-mêmes qui nous dût déplaire, si nous ne les envisagions du mauvais côté et si nous n’étions prévenus de cette opinion erronée contre qui les philosophes déclament sans cesse
(p. 383)

ce ne sont pas les choses considérées nuement et en elles-mêmes qui nous touchent, c’est la façon dont nous les prenons et cette résistance que nous apportons de note côté à les bien recevoir. Sans mentir tout dépend de là, et il n’y a point d’adversité tellement au-dessus de nos forces que nous ne la puissions surmonter ou même nous y accoutumer en la prenant du bon côté et avec une modération d’esprit qui se soumette à tout ce que le Ciel ordonne.
(p. 385)

Des réflexions semblables avaient été menées par Pierre Charron dans son traité De la sagesse (1601) :

Les adversités sont de deux sortes : les unes sont vraies et naturelles, comme maladies, douleurs, la perte des choses que nous aimons ; les autres fausses et feintes par l'opinion commune ou particulière, et non en vérité. Qu'il soit ainsi, l'on a l'esprit et le corps autant à commandement comme auparavant qu'elles advinssent. A celles-ci n' y a qu'un mot : ce de quoi tu te plains n'est pas douloureux ne fâcheux, mais tu en fais le semblant, et tu te le fais croire.
(éd. de 1797, p. 325-326)

Tout réside finalement dans "la façon de recevoir la chose", ainsi que l'affirmera Chrysalde dans L'Ecole des femmes (IV, 8), à propos du cocuage précisément.

L'idée sera reprise dans la quatorzième des conférences recueillies par Richesource dans son second tome ("Si celui qui est cocu sans qu'il le sache est plus malheureux que celui qui passe pour tel sans qu'il le soit", 1664):

Puisque notre imagination est ingénieuse à former des maux qui ne le sont pas en effet, c'est d'elle aussi que nous devons emprunter les remèdes pour les guérir [...] N'est-il pas vrai que les richesses superflues, la gloire et l'honneur ne sont que des illusions, et que tous ces biens qui excitent tant de mouvements en nous sont hors de nous et résident dans la pensée, et le plus souvent dans la bouche d'autrui ? Il faut donc conclure de ce principe que les maux opposés à ces biens imaginaires sont hors de nous et dépendent d'autrui.
(p. 153-154).

Puis, par La Fontaine, dans le conte de "La Coupe enchantée" :

Pauvres gens, dites-moi, qu'est-ce que cocuage ?
Quel tort vous fait-il ? Quel dommage ?
Qu'est-ce enfin que ce mal dont tant de gens de bien
Se moquent avec juste cause ?
Quand on l'ignore, ce n'est rien
Quand on le sait, c'est peu de chose.
(Contes et nouvelles en vers. Troisième partie, 1671).




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