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Un attentat sur ses lumières


"Eh ! mon Dieu ! il y en beaucoup que le trop d'esprit gâte, qui voient mal les choses à force de lumière, et même qui seraient bien fâchés d'être de l'avis des autres, pour avoir la gloire de décider. - Il est vrai. Notre ami est de ces gens-là, sans doute. Il veut être le premier de son opinion, et qu'on attende par respect son jugement. Toute approbation qui marche avant la sienne est un attentat sur ses lumières dont il se venge en prenant le contraire parti."
La Critique de L'Ecole des femmes, sc. V

Le même comportement est stigmatisé dans le "petit traité" "De la censure des livres" (Nouveaux petits traités, 1659) de La Mothe le Vayer :

C'est le défaut ordinaire de la plupart des hommes savants, non seulement de préférer leurs lumières et leurs connaissances à toutes celles des autres, mais encore d'être fièrement persuadés que rien n'échappe à leur vue et que ce qu'ils ne découvrent pas n'est connu de qui que ce soit. [...] s'ils entreprennent de réfuter quelque ouvrage, non contents d'y reprendre ce qui peut raisonnablement recevoir la correction, ils le censurent sur tout.
(VII, 1, p. 225)

ainsi que dans les Entretiens d'Ariste et d'Eugène (1671) du P. Bouhours :

je vous avoue que je ne hais rien tant que certains esprits qui s'en font extrêmement accroire. Ils ont dans leur mine, dans leurs gestes, et jusques dans le ton de leur voix un air de fierté et de suffisance, qui fait juger qu'ils sont fort contents d'eux-mêmes. Ils font profession de n'estimer rien, et de trouver à redire à tout. Il ne se fait pas un ouvrage d'esprit qui ne leur fasse pitié : mais en récompense, ils ne font rien qu'ils n'admirent.
(p. 205)

Cette attitude sera à nouveau raillée dans Le Misanthrope ("il regarde en pitié tout ce que chacun dit").




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