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Trente ans des yeux et des oreilles


"Il semble à trois gredins, dans leur petit cerveau,
[...] qu'en science ils sont des prodiges fameux,
Pour savoir ce qu'ont dit les autres avant eux,
Pour avoir eu trente ans des yeux et des oreilles,
Pour avoir employé neuf ou dix mille veilles
À se bien barbouiller de grec et de latin,
Et se charger l'esprit d'un ténébreux butin
De tous les vieux fatras qui traînent dans les livres;"
Les Femmes savantes, IV, 3 (v. 1361-1375)

Dans la "Relation à Ménandre", Guez de Balzac raconte qu'il a été victime d'une accusation semblable :

Est-ce là ce grand ouvrier qui ne fournit que du fil et des aiguilles pour coudre la pourpre qu'il a dérobée à Horace, à Quintilien, à Sénèque ? Celui qui attache à quelques mauvaises lignes de sa façon de longues et languissantes traductions, des membres à qui il a ôté la vie et le mouvement, les coupant d'un autre corps, et qui paraissent encore tout sanglants et tout écorchés de la violence qu'il leur a faite.

Accordons-lui qu'il sait quelque chose, ajoutent-ils, mais c'est parce qu'il a eu des yeux et des oreilles quarante ans durant. Il entend le latin, le grec et l'hébreu. Mais lorsque ces trois langues étaient des langues vulgaires, n'y avait-il point d'impertinents à Rome, à Athènes, en Jérusalem ? César, Alexandre et Salomon n'avaient-ils que d'honnêtes gens à leur suite ? N'y a-t-il pas autant de différences entre un esprit qui se charge des inventions étrangères et un qui invente de soi-même, qu'entre un vase qu'on a rempli d'eau et une fontaine qui la jette ?
(Oeuvres diverses, éd. de 1664, p. 229)

(voir également "je suis un démon")




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