Content-Type: text/html; charset=UTF-8

Toutes les tendres manières


"Madame, je ne suis point pour me flatter, j'ai fait ce que j'ai pu pour toucher le cœur de la princesse Ériphile, et je m'y suis pris que je crois de toutes les tendres manières, dont un amant se peut servir. Je lui ai fait des hommages soumis de tous mes vœux; j'ai montré des assiduités; j'ai rendu des soins chaque jour; j'ai fait chanter ma passion aux voix les plus touchantes, et l'ai fait exprimer en vers aux plumes les plus délicates ; je me suis plaint de mon martyre en des termes passionnés, j'ai fait dire à mes yeux aussi bien qu'à ma bouche le désespoir de mon amour; j'ai poussé à ses pieds des soupirs languissants; j'ai même répandu des larmes, mais tout cela inutilement, et je n'ai point connu qu'elle ait dans l'âme aucun ressentiment de mon ardeur."
Les Amants magnifiques, acte I, scène 2.

En suivant le protocole amoureux à la lettre, le prince se comporte comme un soupirant à l'ancienne. La mode est désormais à la simplicité en la matière, comme le rappelle Le Misanthrope ("ce n'est point ainsi que parle la nature") et comme l'indique une lettre recueillie dans les Œuvres (1666) de Mathieu de Montreuil :

Quand on a le cœur touché, les plus belles lettres sont les plus amoureuses ; et l’on doit faire plus de cas d’une once de tendresse, que de toute l’éloquence du monde.
(p. 141).




Sommaire | Index | Accès rédacteurs