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Serrez ma haire


""Laurent, serrez ma haire, avec ma discipline."
Le Tartuffe, III, 2 (v. 852)

Dans Le Cercle des femmes (1656) de Chappuzeau, le personnage d'Emilie fait une entrée semblable, par certains aspects, à celle de Tartuffe ("Second entretien", p. 13)

L'usage des instruments de mortification est recommandé, entre autres, dans Le Combat spirituel (1589) de Lorenzo Scupoli (1) et dans L'Introduction à la vie dévote (1609) de saint François de Sales (2). Leur danger est reconnu dans certains textes religieux, tels que Le Directeur des consciences (1633) de Jean-François de Reims (3)

Il fait partie des stéréotypes sur la dévotion que véhiculent de très nombreux textes, par exemple

  • la satire de Claude d'Esternod intitulée "L'Hypocrisie d'une femme qui feignait d'être dévote et qui fut trouvée putain" (L'Espadon satirique, 1619) (4)
  • un passage du conte "L'Ermite" (Recueil contenant quelques discours libres et moraux, 1667) de La Fontaine (5)
  • le scenario de commedia dell'arte "Il dottor bacchetone" (fin du XVIIe siècle) (6)

Il fait l'objet de la critique de Charron dans son traité De la sagesse de Charron (7)

(voir également "mortifiez vos sens")


(1)

Chapitre XI: De la façon de combattre le vice de la chair
Le corps ne se châtie que par les jeûnes, par les disciplines, par les cilices, par les veilles, et par le reste des austérités et des mortifications de la chair, pourvu qu'on les pratique dans les bornes de la discrétion et de l'obéissance.
(Le Combat spirituel, composé en italien, par un serviteur de Dieu, et traduit en français, par un autre serviteur de Dieu, Paris, P. Le Petit, 1664, p.66)

(2)

La discipline a une merveilleuse vertu pour réveiller l'appétit de la dévotion, étant prise modérément. La haire mate puissamment le corps ; mais son usage n'est pas pour l'ordinaire propre ni aux gens mariés, ni aux délicates complexions, ni a ceux qui ont à supporter d'autres grandes peines. Il est vrai qu'ès jours plus signalés de la pénitence, on la peut employer avec l'avis du discret confesseur."
(III, 23, "Des exercices de la mortification extérieure")

(3)

Quant aux jeûnes, disciplines, cilices, ceintures et autres semblables austérités que les vers conseillent d'user pour réprimer l'insolence de la chair, ceux qui sont expérimentés en la conduite des âmes ne sont pas de cet avis qu'il les faille conseiller à toutes personnes généralement, vu qu'il y en a qui se sentent plutôt incitées à la lubricité par quelques-unes de ces choses que d'en recevoir du soulagement dans leurs tentations. Il ne faut donc pas conseiller ces choses légèrement, mais avec une grande prudence et jamais ne les entreprendre de son propre mouvement, mais toujours par le conseil de son directeur qui ne doit pas les accorder sans avoir des conjectures probables qu'elles profiteront.
(II, 3, p. 673) (source : G. Couton, Molière. Oeuvres complètes, 1971, t. I, p. 1352)

(4)

Il est bon de porter la haire et le cilice
Pourvu que sous tel fard l'on ne cache son vice,
Sa carcasse mater, discipliner sa chair,
Pourvu qu'on touche fort et qu'on ne fouette l'air.
("Satire XV", in F. Fleuret, L. Perceau, , Paris, Garnier, 1923, t. I, p. 104)

(5)

Notre cagot s'était mis aux aguets,
Et par un trou qu'il avait fait exprès
A sa cellule, il voulait que ces femmes
Le pussent voir comme un brave soldat
Le fouet en main, toujours en un état
De pénitence, et de tirer des flammes
Quelque défunt puni pour ses méfaits,
Faisant si bien en frappant tout auprès,
Qu'on crut ouïr cinquante disciplines.
"L'Ermite"

(6)

L'entrée en scène du "Dottor bacchetone" reproduit le jeu de scène par lequel commence la scène III, 2 du Tartuffe :

esce discorrendo delle cose del mondo per salute dell'anima e della brutezza del peccato.
(I, 5)

Le même personnage évoque ailleurs son usage de la discipline pour combattre les tentations de la chair :

se avesse portato il cilizio come era solito, che questo non lui saria successo ; circa li stimoli della carne, che vuol fare questa sera una bona disciplina, con quella fatta di cordina
(III, 1)

(7

Toutes [les religions] croient que le principal et plus grand service à Dieu et le plus puissant moyen de l'apaiser, et pratiquer sa bonne grâce, c'est de se donner de la peine, se tailler, imposer, se charger de force besogne difficile et douloureuse, témoin par tout le monde et en toutes religions, tant d'ordres, compagnies, confréries, destinés à certains et divers exercices, fort pénibles et de profession étroite, jusques à se déchirer et découper leurs corps, et pensent par là mériter beaucoup plus que le commun des autres, qui ne trempent en ces afflictions et tourments comme eux, et tous les jours s'en dressent de nouvelles, et jamais la nature humaine ne cessera, et ne verra la fin de s'inventer de la peine et du tourment; ce qui vient de l'opinion que Dieu prend plaisir et se plaît au tourment et défaite de ses créatures.
(éd. de 1662, p. 286)




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