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Savoir que vous êtes aimé


"Mais, moi, que vous blâmez de trop de jalousie,
Qu'ai-je de plus qu'eux tous, Madame, je vous prie ?
- Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.
- Et quel lieu de le croire, a mon cœur enflammé ?
- Je pense qu'ayant pris le soin de vous le dire,
Un aveu de la sorte, a de quoi vous suffire."
Le Misanthrope, II, 1 (v. 501-506)

Au livre VI du Grand Cyrus des Scudéry, Arpalice explique pourquoi l'aveu d'amour qu'une femme fait à un homme est "le dernier terme jusqu'où la modestie et la vertu permettent d'aller" (1).

La question de l'aveu féminin est également abordée dans d'autres textes de la littérature mondaine :

  • dans une pièce du recueil Sercy de 1663 (2)
  • dans une "loi d'amour" d'un Recueil contenant les maximes et lois d’amour paru en 1666 (3).

Plus bas, Célimène fera valoir la difficulté, pour un coeur féminin, à "se résoudre à confesser qu'il aime".

Dans Don Garcie de Navarre, Done Elvire, étonnée que Don Garcie, informé qu'"il peut bien se flatter du bonheur d'être aimé", soit néanmoins si jaloux, lui reproche d'ignorer les règles de la pudeur féminine ("on ne montre jamais tout ce que l'on ressent"), et d'exiger un aveu trop clair ("en des termes exprès, dire que je vous aime").


(1)

Je pressai donc un jour Arpalice (qui m'était venue voir parce que je me trouvais mal) de vouloir effectivement parler à Thrasimède : non seulement comme à un homme dont elle croyait être aimée, mais encore comme voulant bien qu'il crût qu'elle ne le haïssait pas. En effet, lui disais-je, puis que cela est, quelle si grande difficulté faites vous de le lui avouer ? et pourquoi vous obstinez-vous à lui refuser une satisfaction extrême, qui ne vous coutera que quatre ou cinq paroles favorables ? Ces quatre ou cinq paroles, reprit-elle, sont de plus grande conséquence que vous ne pensez : je ne vous réponds pourtant pas que je puisse éternellement m'empêcher de les dire : mais si je suis toujours maitresse de ma raison, je ne les dirai qu'à l'extrémité. Car enfin, poursuivit elle, ces quatre ou cinq paroles, dont vous parlez comme d'une chose si peu importante, sont pourtant le dernier terme jusques où la modestie et la vertu permettent d'aller. En effet tant qu'un amant ne demande qu'à être simplement aimé, j'avoue que l'amour n'a rien qui m'épouvante, ni qui blesse mon imagination : tout ce que la plus violente passion peut faire dire, ne me choque point du tout : au contraire, je trouve quelque chose de beau, dans toutes les plaintes d'un amant, à qui on n'a point dit ces quatre ou cinq paroles favorables. Je trouve même que ces plaintes sont glorieuses, à la personne qui est aimée, et qui n'a point avoué qu'elle aime : elle tient alors véritablement en sa puissance le bonheur ou le malheur de son amant : et c'est proprement en ce temps-là qu'elle est maitresse, et qu'il est esclave. Il ne demande encore que ces quatre ou cinq paroles, et il les demande même comme une grâce, et mon pas comme une dette. Ou au contraire, dès que ces favorables paroles ont passé de l'oreille dans le cœur d'un Amant ; le son n'en est pas plutôt dissipé, que ce même Amant ne pouvant plus désirer ce qu'il possède, désire ce qu'il n'a point ; c'est à dire des preuves de cette affection qu'on lui a dit avoir pour lui. De sorte qu'après cela, n'agissant plus en esclave, il demande ce qu'il pense lui être du ; et ne le demande plus avec la même soumission. Enfin, ma chère Candiope, je vous le dis encore une fois ; tous les désirs d'un amant, au delà de ces quatre ou cinq paroles favorables que vous voulez que je die à Thrasimède, me semblent tous si criminels, et me choquent tellement l'imagination ; que pour l'empêcher de les avoir, je veux lui refuser ces quatre ou cinq paroles, qu'en effet je pourrais lui accorder innocemment.
(Livre VI, p. 4190-4191)

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(2)

Je consentirais qu’une dame,
Dont le cœur serait plein d’amour,
Fit des avances de sa flamme,
Pourvu qu’elle eût jusqu’à ce jour
Eté fière à toute la cour ;
Mais je la tiendrais pour infâme,
Si d’autres gens avaient déjà touché son âme.
(Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps, Paris, Sercy, 1663 t. V, p. 401)

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(3)

Loi troisième. Comme doivent agir les conditions différentes.
[…]
Je le veux et l’ordonne ainsi
Qu’aux soumis les plus belles dames,
Fassent un débit de leurs flammes,
Alors pour noyer leur souci,
Le soumis tout rempli de gloire,
Fera connaître chaque jour
Qu’il n’est point plus douce victoire
Que celle que donne l’Amour.
(Les Lois d'amour, dans Recueil contenant les maximes et lois d’amour, Rouen, Jean Lucas, 1666, éd. dans le Recueil contenant un dialogue du mérite et de la fortune, Les Maximes et lois d’amour, Plusieurs lettres, billets doux et poésies, Rouen, Jean Lucas, 1667, p. 156)




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