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Sûr de tuer son homme


" De cette façon donc un homme, sans avoir du cœur, est sûr de tuer son homme, et de n'être point tué."
Le Bourgeois gentilhomme, II, 2

La même idée était formulée dans l'essai II, 27 de Montaigne :

L'honneur des combats consiste en la jalousie du courage, non de la science; et pourtant ay-je veu quelqu'un de mes amis, renommé pour grand maistre en cet exercice, choisir en ses querelles des armes qui luy ostassent le moyen de cet advantage, et lesquelles dépendoient entierement de la fortune et de l'asseurance, affin qu'on n'attribuast sa victoire plustost à son escrime qu'à sa valeur; et, en mon enfance, la noblesse fuyoit la reputation de bon escrimeur comme injurieuse, et se desroboit pour l'apprendre, comme un mestier de subtilité, desrogeant à la vraye et naifve vertu.

Elle est examinée dans Le Maître d'armes libéral (1653) de Charles Besnard :

Mais il me semble que j'entends déjà quelques-uns de ces généreux personnages qui disent [...] qu'il n'est besoin d'adresse et qu'il ne faut qu'avoir du coeur et de la générosité pour vaincre et renverser tous les adroits qui n'en ont point. [...] Je soutiens donc que le coeur ne guide ni ne conduit en aucune façon l'adresse et que c'est l'oeil et le jugement [...] Or la raison pourquoi un homme sans adresse, à qui le coeur ne manque point, mais plutôt le jugement, emporte souvent l'avantage l'épée à la main, sur un autre qui en battrait cent comme lui au fleuret l'un après l'autre. C'est que cet homme adroit, en faisant du fleuret, n'a aucune crainte ni appréhension, sachant bien qu'il n'y a de péril et par ce moyen possède entièrement un jugement qui le guide en cet exercice, et qui lui fait faire des merveilles.
(p. 24-25)

Elle reflète les mêmes valeurs que défendait Don Pèdre dans Le Sicilien ("me battre avec mon homme, ou bien le faire assassiner").

Dans son traité De l'instruction du Dauphin (1640), La Mothe le Vayer avait émis de fortes réserves sur la pertinence de l'escrime dans la formation du prince, en se fondant sur les mêmes critères :

Il semble qu'on n'apprenne guère aujourd'hui à faire des armes que pour s'en prévaloir aux duels et, par conséquent, que la condition des rois les exemptant de cette sorte de combats, il ne soit pas besoin qu'ils sachent un métier qui enseigne à tuer artificieusement des hommes.
[...]
Je ne voudrais pas pourtant le [= le prince] rendre compétiteur de la gloire d'un infâme gladiateur, ni faire que sa vaillance consistât en un mouvement de poignet, ou en quelque tour d'escrime étudié sous un maitre du métier dont nous parlons.
("Du maniement des armes", éd. des Oeuvres de 1756, I, 1, p. 226-228)




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