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Rien qu'hypocrisie


"Il passe pour un saint dans votre fantaisie;
Tout son fait, croyez-moi, n'est rien qu'hypocrisie."
Le Tartuffe, I, 1, (v. 69-70)

L'idée selon laquelle le comportement dévot recouvre en fait des agissements contraires à la vertu se retrouve dans plusieurs textes contemporains :


(1)

J'ai dit je ne sais quoi de pareil d'un certain dévot à la mode :

Faire leçon d'impiété
Et passer pour pilier d'église ;
Ne prêcher que sobriété
Et voir toujours la nappe mise ;
Etre grand porteur de poulets
Et grand diseur de chapelets
Faire le franc, être hypocrite,
Et canoniser le péché,
N'est-ce pas vivre en bon ermite,
Fort dévot et fort débauché.
(p. 143)

(2)

Un Vert-Galant de septante ans,
À qui défaut, outre les dents,
D’autres choses de conséquence,
Mais, au reste, homme d’importance
Et, bonne foi, cousu d’écus
Ainsi que l’était feu Crésus,
Prit, sur la fin de l’autre Année,
Pour mieux borner sa Destinée,
Une assez passable Dondon,
Par les Yeux de qui Cupidon
Avait féru sa Seigneurie,
Par une pure momerie.
Lorsqu’il fallut s’aller coucher,
La Belle, sans s’effaroucher,
Entre en la Chambre nuptiale ;
Mais, à l’approche Conjugale,
On entend de loin une voix
Laquelle, jusques à trois fois,
Apostrophant le charmant Couple :
« À l’ordre du Ciel, d’un cœur souple, »
Ce leur dit-elle, « obéissez
» Et pas plus outre ne passez.
» Si par l’Hymen il vous assemble,
» C’est pour chastement vivre ensemble
» Et seulement dessus le pied
» D’une sainte et pure Amitié,
» Sans qu’entre vos Sens il s’exerce
» Aucun voluptueux Commerce.
» En Lit à part retirez-vous,
» Et craignez le divin Courroux
» Si vous osez action faire
» Qui soit à cet Ordre contraire. »
Ayant dit, avec un grand bruit,
La Voix se retire et s’enfuit,
Laissant bien surpris le bon Homme,
Que, par respect, point je ne nomme,
De voir, à contre temps, le Ciel
Contre lui si rempli de fiel.

Pour la belle Dame Consorte,
Il n’en alla pas de la sorte,
Car elle connaissait la Voix
Et de son Esprit, fin matois,
C’était un tour d’Espièglerie
Pour laisser, par cette industrie,
Le Pénard tout seul s’ébaudir,
Et planté là pour reverdir.

Pour mieux pousser son stratagème,
Elle feint un regret extrême
D’être obligée à le quitter,
S’efforçant de lui protester
Que cet Obstacle l’embarrasse ;

Mais là-dessus, c’est votre grâce,
Elle va coucher plaisamment,
Dedans un autre Appartement,
Avecque cette Voix céleste,
Laquelle, ainsi qu’on me l’atteste,
Avait un corps de chair et d’os,
Étant un Galant, très dispos,
Que la femelle, bonne et sage,
Avait avant le Mariage,
Et qui, toujours son Favori,
Est encor son Vice-Mari.

Mais elle voile ce Mystère
(En vrai Tartuffe de Molière)
D’un beau semblant de Piété,
Adroitement d’Elle affecté,
Et parlant souvent de l’Oracle,
Qu’elle oppose comme un Obstacle
Quand son Époux sent dans ses Sens
Quelques rebelles mouvements.
Souvent le pauvre Homme en murmure
Et maudit sa triste Aventure,
D’avoir acheté chèrement
Ce qui ne lui sert nullement,
Ayant à sa Sainte-nitouche,
Qui dédaigne si fort à sa Couche,
Fait un avantage très grand ;
Mais c’est en vain qu’il s’en repent.




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