Content-Type: text/html; charset=UTF-8

Qui dans le cœur d'un roi montrent de la faiblesse


Et cessez d'honorer mon destin par des pleurs,
Qui dans le cœur d'un Roi montrent de la faiblesse.
Psyché, acte II, scène 1, vv. 571-572.

L’idée que la peur de la mort n’épargne pas les rois est soulignée par Lucrèce dans le De natura rerum :

quapropter quoniam nihil nostro in corpore gazae
proficiunt neque nobilitas nec gloria regni,
quod super est, animo quoque nil prodesse putandum;
si non forte tuas legiones per loca campi
fervere cum videas belli simulacra cientis,
subsidiis magnis et opum vi constabilitas,
ornatas armis statuas pariterque animatas,
his tibi tum rebus timefactae religiones
effugiunt animo pavidae mortisque timores
tum vacuum pectus lincunt curaque solutum.
quod si ridicula haec ludibriaque esse videmus,
re veraque metus hominum curaeque sequaces
nec metuunt sonitus armorum nec fera tela
audacterque inter reges rerumque potentis
versantur neque fulgorem reverentur ab auro
nec clarum vestis splendorem purpureai,
quid dubitas quin omnis sit haec rationis potestas,
omnis cum in tenebris praesertim vita laboret?
(II, 37-52)

Puisqu’il est donc vrai que les plus grandes richesses ne servent de rien à notre corps non plus que la Noblesse, ni la gloire de l’Empire, ce qui reste ne doit aussi profiter de rien à l’esprit, si d’aventure quand vous voyez vos légions à la campagne s’allumer pour le combat, ou votre flotte armée s’écarter en mer, vous présentant l’image de la guerre, les appréhensions qu’apporte la religion timide et l’horreur de la mort, ne s’éloignent de votre esprit en ces rencontres, pour vous laisser la tête et le cœur exempts de peine et de soucis. Que si nous voyons ces choses sont ridicules et des objets inutiles, et qu’en effet la crainte et les inquiétudes se trouvent parmi les armes, et parmi les dards cruels, se fourrent hardiment parmi les Rois et les Puissants, et ne renversent pas l’éclat qui vient de l’or, ni la somptueuse splendeur de quelque vêtement de pourpre, doutez-vous encore que ce ne soit pas un grand manquement de raison, vu principalement que toute la vie se passe laborieusement dans les ténèbres.
(trad. par Michel de Marolles, seconde édition, Guillaume de Luyne, 1659, p.50 (pagination erronée)-53)

Une attitude stoïque est recommandée au prince par Sénèque dans la lettre Ad Polybium :

Enfin beaucoup de choses ne vous sont pas permises qui sont néanmoins permises aux moindres des hommes. Une grande fortune est une grande servitude. Vous n’avez pas la liberté de rien faire à votre fantaisie. Il faut que vous entendiez des milliers d’hommes, et comme les affaires viennent en foule de tous les côtés de la terre, il faut que vous répondiez à une infinité de demandes et de requêtes. Il n’appartient qu’à un esprit tranquille et qui est maître de soi-même de faire la charge et la fonction d’un grand Prince, sans confusion et sans désordre. Non, non, il ne vous est pas permis de pleurer, si vous voulez entendre ceux qui viennent pleurer devant vous ; Et vous devez essuyer vos larmes, si vous voulez que celles de ces malheureux qui sont en péril de la vie, et qui veulent exciter la compassion de l’Empereur, leurs soient utiles par votre entremise. Ce vous serait un autre remède de vous souvenir de l’Empereur, si vous étiez proposer de mettre en oubli toutes choses. Considérez, je vous prie, combien vous devez de diligence, et combien de fidélité à l’affection qu’il a pour vous. Ainsi vous reconnaîtrez qu’il ne vous est non plus permis de ployer sous votre fardeau, qu’à celui qui soutient tout le monde sur ses épaules, s’il est vrai néanmoins qu’il y ait quelqu’un qui le soutienne. Bien que toutes choses soient permises à l’Empereur, il n’y en a néanmoins qui ne lui sont pas permises par cette raison.
(VI, 1-4, Les Œuvres de Sénèque, trad. Pierre Du Ryer, 1658, t. 2, p.387-388)




Sommaire | Index | Accès rédacteurs