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Puissance paternelle


"Il n'est puissance paternelle qui me puisse obliger à me marier malgré moi."
Le Médecin malgré lui, III, 6

"ce que je vois de plus redoutable dans ces sortes d'affaires, c'est la puissance paternelle, auprès de laquelle tout mérite ne sert de rien."
Les Fourberies de Scapin, III, 1

Le principe de la "puissance paternelle" (patria potestas), issu du droit romain, régit, au XVIIe siècle, les rapports des pères et des enfants, en particulier sur la question du choix des conjoints, comme le rappellera Claude de Ferrière en 1681 (1).

Il en est, par conséquent, fréquemment question dans la littérature mondaine, à commencer par les romans de la décennie précédente. Ainsi, dans le Grand Cyrus (1649-1653) des Scudéry (2).

Dans la Clélie (1654-1660), le personnage d'Amilcar défend les femmes contre les injustices du droit romain (3).

La question est également discutée par La Mothe le Vayer dans la XIVe de ses Homilies académiques (1666), où elle introduit une discussion du précepte évangélique selon lequel celui qui ne hait pas son père et sa mère n'est pas digne de suivre le Christ (Le Tartuffe, v. 278-279 : "mourir frère, enfants, mère et femme") (4).

Molière se réfère au principe de la "puissance paternelle" à plusieurs reprises dans ses comédies :

Voir aussi:


(1)

Qu’est-ce que la puissance paternelle ?
C’est le pouvoir que les pères ont sur leurs enfants, établi par le droit naturel, et confirmé par les lois de toutes les nations.
[en droit coutumier] Quant au mariage, les enfants ne le peuvent pas contracter sans le consentement de leurs pères et mères ; et au cas qu’ils soient contractés autrement, ils peuvent être cassés à la requête des père et mère, dont le consentement était requis, supposé que ceux qui les ont contractés fussent mineurs de vingt-cinq ans, soient fils ou filles […].
Ce consentement est fondé sur le respect que les enfants doivent à leurs pères et mères, et sur ce qu’il n’est pas juste que des pères et mères puissent avoir des héritiers en ligne directe contre leur volonté […] Quand le père est vivant, son consentement suffit.
[...]
Dans la France Coutumière […] la puissance paternelle finit par le mariage, et par l’âge de vingt-cinq ans accomplis, par quelque charge ou dignité, et par l’émancipation.
(Claude de Ferrière, Le Nouveau praticien contenant l’art de procéder dans les matières civiles, criminelles, et bénéficiales, suivant les nouvelles ordonnances, 1681, p. 3-7)

(2)

D'abord il y eut pourtant quelques personnes qui, encore qu'elles fussent persuadées que Thrasimède méritait mieux Arpalice que Ménécrate, eurent toutefois peine à comprendre qu'il fût permis de n'accomplir pas la volonté d'un Père, qui ordonne quelque chose en mourant ; mais, après avoir entendu parler Cyrus, elles changèrent d'avis, et comprirent que les Mariages doivent être si libres que les Pères, s'ils sont sages, ne doivent pas, même de leur vivant, vouloir contraindre leurs enfants à se marier contre leur inclination.
(Partie VII, Livre 1, p. 4376-4377)

(3)

Il faut que vous sachiez que les Ségorégiens ont une coutume qui leur est très particulière, qui est que ce ne sont pas les hommes qui choisissent celles qu'ils veulent épouser, car ce sont les Filles qui choisissent ceux qui doivent être leurs Maris; et selon les Lois du Pays, un Père ne peut jamais violenter sa Fille. Ces mêmes Lois veulent aussi que les Filles des Rois aient la même liberté que les autres, et que lorsqu'elles ont dix-huit ans accomplis, elles choisissent celui qu'elles veulent épouser, pourvu qu'il soit de condition proportionnée à la leur.
(Partie VIII, Livre 2, "Histoire de Périanus et de la princesse Cléonisbe", p. 5480)

(4)

Pour ce qui touche les préceptes que nous dicte ici la religion, elle a d'autant plus sujet de nous les prescrire que les pères temporels représentent Dieu le Père céleste et de qui toute paternité descend [...]. Et certes, ce devoir des enfants envers leurs parents est si certain, et nous engage si étroitement à son observation, que rien ne peut en dispenser, et qu'il ne peut être surmonté par aucun autre devoir, nonobstant que nous y soyons portés d'une plus forte inclination.
("Des pères et des enfants", Oeuvres, Dresde, 1756, III, 2, p. 207).




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