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Profitons de la leçon


"N'allons point nous appliquer nous-mêmes les traits d'une censure générale ; et profitons de la leçon, si nous pouvons, sans faire semblant qu'on parle à nous"
La Critique de L'Ecole des femmes, sc. VI

Dans la préface de ses Nouvelles nouvelles (achevées d'imprimer le 9 février 1663), Donneau de Visé développe la même idée :

Ceux qui prendront Les Nouvellistes pour une satire ne s'en doivent point fâcher, à moins qu'ils ne veuillent faire voir qu'ils sont du nombre. Pour moi, j'avoue que j'en suis, avec beaucoup d'autres qui ne croient pas en être, mais j'ai cet avantage par-dessus eux que je connais mes défauts et que je tâche à m'en corriger en leur montrant les leurs, et ce sont ces vérités qui rendront cette satire utile, comme le sont d'ordinaire toutes celles qui sont universelles et qui ne désignent personne en particulier. L'on n'a jamais vu de gens qui s'en soient choqués et ceux de qui l'on parle ont toujours accoutumé d'en rire les premiers. La plupart ne s'aperçoivent pas que l'on parle à eux, et ceux qui le connaissent croient que d'autres ont servi d'exemples et que ce n'est pas à eux que l'on a songé. Mais bien qu'ils soient dans cette pensée, ils ne laissent pas que de connaître leurs défauts et de s'en corriger quelquefois, ce qui, loin de devoir faire condamner les satires, lorsqu'elles sont universelles, les doit faire estimer beaucoup, du moins à ce que je m'imagine.
(n. p.)

Dans la préface de son ouvrage satirique Le Voyage de Mercure (1653), Furetière mettait l'accent sur le bénéfice que l'on peut retirer de la satire :

Il ne faut pas qu'on me soupçonne
Que je veuille nuire à personne.
Quand je brocarde j'ai dessein
D'être des moeurs le médecin :
Si ceux qui s'en grattent l'oreille
Me veulent rendre la pareille,
Je tâcherai d'en profiter,
Et croirai loin de m'irriter,
Qu'en m'avertissant de mes vices
Ils me rendent de bons offices.
(Paris, L. Chamhoudry, 1653, p. 7)

De même, dans l'épitre "A tous mes amis" précédant ses Poésies diverses (1655) :

Vous leur pourrez faire voir fort clairement que ces satires ne sont point faites pour faire tort à personne, en leur récitant l'histoire qu'on m'a contée d'un marchand du Pont Notre-Dame, qui ayant eu par hasard une copie de la satire des marchands, la fit apprendre par coeur à ses apprentis : croyant que quelque habile homme dans le commerce l'avait faite à dessein de servir d'une instruction, pour bien vendre.
(p. 9)

Dans sa "lettre à Monsieur Tuffier" (1663), l'abbé Cotin rappelle le lieu commun selon lequel la satire instruit en divertissant :

Il est vrai qu’il y a quelques unes de mes épigrammes qui peuvent tenir lieu de la vraie et de l’agréable satire, dont le but est de corriger en divertissant. […] Un homme qui voudrait prêcher, ferait valoir ici davantage le lieu commun, et dirait plus au long que je ne le fais que la bonne satire, ainsi que l’ancienne comédie, sait l’art de nous tromper utilement : qu’elle fait que chacun se peut instruire soi-même sans être obligé de recourir à des précepteurs incommodes. Il représenterait sur cela l’orgueil, ou la délicatesse de notre âme, qui aime mieux prendre des leçons de ces pièces divertissantes par les conséquences qu’elle en tire, et par l’application qu’elle s’en fait, que de l’autorité et des préceptes d’une austère philosophie. Je ne fais que montrer ces choses, et si je pense y avoir découvert le fin de cette sorte de poésie.
(Cotin, "Lettre à Monsieur Tuffier, Maître des comptes à Paris, sur la satire, et principalement sur le madrigal", Œuvres galantes, Paris, E. Loyson, 1663, p. 451 et suiv.)

Voir aussi "miroirs publics" et "peindre les moeurs"




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