Content-Type: text/html; charset=UTF-8

Pour Monsieur de ..., à Mademoiselle de ...


Pour Monsieur de ***
A Mademoiselle de ***

Ne croyez pas votre colère,
Philis n’écoutez pas votre ressentiment ;
Un baiser volé finement,
Est une faute bien légère.

Reprenez un peu vos esprits,
Et ne me faites point d’outrages,
Considérez qu’au lieu d’un baiser que j’ai pris,
Mon cœur demeure pour les gages.

Cependant, belle que j’adore,
Si pour un baiser excroqué,
Mon cœur que je vous ai troqué,
Ne vous satisfait pas encore.

Me voici dans votre maison ;
Ce baiser que j’ai pris, venez me le reprendre,
J’entends bien, quand je veux, et parle bien raison,
Je suis tout prêt de vous le rendre.

Et même je serais content,
Tant j’ai crainte de vous déplaire,
Ou d’irriter votre colère,
Au lieu d’un que j’ai pris, de vous en rendre cent.

Brébeuf

(Délices de la poésie galante, 1663, p. 194)




Sommaire | Index | Accès rédacteurs