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Pompeux galimatias


"Le plus grand faible des hommes, c'est l'amour qu'ils ont pour la vie, et nous en profitons nous autres, par notre pompeux galimatias"
L'Amour médecin, III, 1

"Ils savent la plupart de fort belles humanités; savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir, et les diviser; mais pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent point du tout. - Mais toujours faut-il demeurer d'accord, que sur cette matière les médecins en savent plus que les autres. - Ils savent, mon frère, ce que je vous ai dit, qui ne guérit pas de grand-chose, et toute l'excellence de leur art consiste en un pompeux galimatias, en un spécieux babil, qui vous donne des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets."
Le Malade imaginaire, III, 3

La dénonciation de la fausse science des médecins, reposant uniquement sur un usage fallacieux du langage, en particulier des langues latine ("ils vous diront en latin") et grecque ("nommer en grec toutes les maladies"), figurait parmi les idées de

  • Pline, au livre XXIX de son Histoire naturelle, ainsi que le présente Bezançon dans ses Médecins à la censure (1677) (1)
  • La Mothe le Vayer, dans le Doute sceptique : si l'étude des belles-lettres est préférable à toute autre occupation (1667) (2)
  • Rohault, dans un chapitre de la Physique (1671) (3)
  • Sorbière, dans la Relation d'un voyage en Angleterre (1666) (4).

Dans le traité De l’éducation des dames (1674) de Poullain de la Barre étaient formulées les mêmes réserves à propos des "femmes savantes" (5).


(1)

On ne s’élève en médecine qu’à proportion qu’on sait bien jaser ; voyez les plus fameux, toutes langues dorées, qui savent l ‘entretien. Pline l’a remarqué dans ceux de son temps : « Sitôt, dit-il, qu’entre les médecins il s’en trouve quelqu’un qui parle agréablement, il devient à l’instant le maître absolu de notre vie et de notre mort. Ut quisque inter medicos loquendo pol et illico imperator vitae nostrae necisque sit. Plin. proem l. 29
(p. 213)

(2)

A la vérité, il n'y a point aujourd'hui de profession où les belles-lettres paraissent avec plus d'éclat que dans celle qui reconnaît Hippocrate pour son génie tutélaire.
[...]
Pétrarque remontrait à un médecin de ses amis qu'il avait tort de faire parade de son éloquence dans l'exercice de sa charge, herbis enim non verbis opus est, ou comme parlait un autre, gramine, non carmine. [...] Cependant les plus grands causeurs, et ceux qui savent le mieux babiller au chevet des malades, surtout à celui des dames, sont presque toujours les plus employés, les autres demeurant la plupart du temps sans pratique.
(éd. des Oeuvres de 1756, V, 2, p. 381sq)

(3)

Ils s'accoutument à parler sans fin, et après avoir longtemps discouru, il se trouve qu'ils n'ont rien dit que ce que tout le monde savait déjà, si ce n'est peut-être qu'ils se sont exprimés dans un certain jargon qu'ils affectent, qui peut bien à la vérité leur acquérir quelque estime auprès des ignorants, mais qui ne saurait leur attirer que le mépris de ceux qui ont le goût assez fin pour discerner ce qui n'est que verbiage d'avec ce qui part du fond d'une véritable doctrine.
(p. 725) (1)

(4)

Il faut bien que les plus habiles médecins, en dépit qu'ils en aient, emploient quelque galimatias, et se fervent de quelque innocent stratagème pour faire avaler courageusement leurs médecines. Une méthode tout à fait ingénue, et telle que je l'ai décrite ailleurs, en parlant d'un de mes amis qui était de cette profession, ne serait pas fort achalandée et l'on ne parvient guère de bonne heure à la grande pratique, que par un procédé hardi, et qui a quelque chose d'extraordinaire.
(p. 165)

(5)

On en doit avoir moins d’éloignement que de nos savants ordinaires et de profession. Des gens à qui l’étude n’a servi qu’à faire de leur tête une forteresse contre le sens commun, où la raison ne peut plus entrer sans brèche, qui croient être aussi habiles que tous les Grecs et tous les latins, lorsqu’ils ont étudié la langue ; qui ne prononcent pas seulement d’un ton d’oracle, mais qui s’en attribuent l’infaillibilité, qui veulent que tout le monde se soumette à leurs décisions, qu’on les écoute et les respecte comme des dieux sur terre.
(p. 10)

Comme ces gens-là, poursuivit-il, agissent plus par mémoire que par jugement et qu’ils n’entendent pas même la langue dont ils se servent, ils se paient mieux de mots que de raisons ; ils ne veulent rien que de mystérieux et de caché ; ils ne sont jamais plus contents que lorsqu’ils ont de ces termes fastueux et consacrés qui, remplissant la bouche et l’oreille, laissent l’esprit dans un vide et dans une inanition continuelle.
(p. 70)


(1) source : L. Drach, Das medizinische Vokabular Molières, 1970, p. 181




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