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Petits corps


"Est-il de petits corps un plus lourd assemblage!
Un esprit composé d'atomes plus bourgeois!"
Les Femmes savantes, II, 7 (v. 616-617)

La notion de "petits corps" est utilisée dans

  • les Principes de la philosophie (1647) de Descartes (1)
  • les Entretiens sur la philosophie (1671) de Rohault (2)
  • le Traité de physique (1671) de Rohault (3)
  • le traité De la Recherche de la vérité (1674) de Malebranche (4)
  • l'Abrégé de la philosophie de Gassendi (1678) de Bernier (5)
  • le Discernement de l'âme et du corps (1666) de Géraud de Cordemoy (6)


(1)
20. Qu'il ne peut y avoir aucuns atomes ou petits corps indivisibles
Il est aussi très aisé de connaître qu'il ne peut y avoir des atomes ou parties des corps qui soient indivisibles, ainsi que quelques philosophes l'ont imaginé. D'autant que, si petites que soient ces parties, néanmoins pource qu'il faut qu'elles soient étendues, nous concevons qu'il n'y en a pas une entre elles qui ne puisse être encore divisée en deux ou plus grand nombre d'autres plus petites, d'où il suit qu'elle est divisible.
(éd. de 1698, p. 91)

On voit tous les jours croître les plantes, et il est impossible de concevoir comment elles deviennent plus grandes qu'elles n'ont été, si on ne conçoit que quelque corps est ajouté au leur : mais qui est-ce qui a jamais pu remarquer par l'entremise des sens, quels sont les petits corps qui sont ajoutés en chaque moment, à chaque partie d'une plante qui croît.
(p. 586)

Peut-être aussi que quelqu'un dira que Démocrite a déjà ci-devant imaginé des petits corps qui avaient diverses figures, grandeurs et mouvements, par le divers mélange desquels tous les corps sensibles étaient composés, et que néanmoins sa philosophie est communément rejetée. A quoi je réponds qu'elle n'a jamais été rejetée de personne, pour ce qu'il faisait considérer des corps plus petits que ceux qui sont aperçus de nos sens, et qu'il leur attribuait diverses grandeurs, figures, mouvements, pour ce qu'il n'y a personne qui puisse douter qu'il n'y en ait véritablement de tels, ainsi qu'il a déjà été prouvé. Mais elle a été rejetée, premièrement à cause qu'elle supposait que ces petits corps étaient indivisibles ; ce que je rejette aussi entièrement. Puis à cause qu'il imaginait du vide entre deux ; et je démontre qu'il est impossible qu'il y en ait. Puis à cause qu'il leur attribuait de la pesanteur ; et moi, je nie qu'il y en ait en aucun corps, en tant qu'il est considéré seul, pour ce que c'est une qualité qui dépend du mutuel rapport que plusieurs corps ont les uns aux autres ; puis enfin, on a eu sujet de la rejeter, à cause qu'il n'expliquait point en particulier comment toutes choses avaient été formées par la seule rencontre de ces petits corps.
(p. 588-589)

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(2)

[...]il a prétendu que nos Esprits n'étaient autre chose que des petits corps, plus subtils et plus délicats que les autres, unis et assemblés d'une certaine façon, et que les diverses pensées de nos Esprits ne consistaient que dans les différents mouvements de ces petits corps ; d'où il s'ensuit qu'il n'y aurait rien de spirituel et d'incorruptible dans le monde, et même que l'Âme Raisonnable périrait par la dissolution des petits corps dont elle serait composée.
(p. 134)

(3)

Mais d'ailleurs, quand on se représente le pouvoir de Dieu, et l'empire absolu qu'il a sur toutes les choses qui sont au monde, on ne saurait douter qu'il ne puisse faire que certaines parties de la matière soient de telle nature, qu'il n'y ait dans tout l'univers aucun agent capable de les diviser, d'où il s'ensuivrait que chacune de ces parties ne différerait en rien des petits corps qu'Epicure appelle des atomes.
(éd. de 1675, p. 51)

(4)

L'âme étant une cause particulière, et qui ne peut savoir exactement la grosseur ni l'agitation d'un nombre infini de petits corps qui se choquent lorsque les esprits se répandent dans les muscles, elle ne pourrait ni établir une loi générale de là communication des mouvements de ces esprits, ni la suivre exactement si elle l'avait établie.

Je vois même très clairement qu'il ne peut y avoir de rapport entre la volonté que j'ai de remuer le bras, et entre l'agitation des esprits animaux, c'est-à-dire, de quelques petits corps dont je ne sais ni le mouvement, ni la figure, lesquels vont choisir certains canaux des nerfs, entre un million d'autres que je ne connais pas, afin de causer en moi le mouvement que je souhaite, par une infinité de mouvements que je ne souhaite point.

(5)

A l'égard de la première demande, je n'oserais pas assurer que cet espace fût absolument vide ; puisqu'en premier lieu la lumière que nous montrerons n'être qu'un tissu de petits corps très subtils pénètre au travers du verre, et se répand dans cette capacité.
De plus, parce que si on faisait l'expérience au fond d'une cave très obscure, soit avec un tuyau de métal,ou de quelque autre matière opaque, soit avec un tuyau de verre, les petits corps de chaleur et de froideur ne laisseraient pas d'y pénétrer, et de s'y répandre comme ils font dans les thermomètres.
(p. 219)

(6)

Cela se peut aussi appliquer à l'Odorat, puisque l'on voit que les petits corps qui exhalent d'une rose ou d'un bourbier étant différents, ils ébranlent diversement les parties du cerveau qui aboutissent à l'os cribreux, et que cet ébranlement passant dans le fond du cerveau, le dispose comme il faut qu'il le soit pour faire que les esprits aillent dans les muscles qui peuvent servir à éloigner le corps du bourbier, ou pour le faire avancer vers la rose, selon que les odeurs sont utiles ou nuisibles au Cerveau : Et l'on conçoit aisément que toutes ces choses pouvant arriver quand il n'y aurait que le corps, tout cela se ferait fans perception sans sentiment et sans choix.
(édition de 1679, p. 232)




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