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On verra dans peu nos règlements


"Pour la langue, on verra dans peu nos règlements,
Et nous y prétendons faire des remuements.".
Les Femmes savantes, III, 2 (v. 897-898)

La réputation de vouloir régenter la langue était attribuée aux femmes savantes dans La Précieuse (1656-1658) de l'abbé de Pure (1).

Des protestations contre l'autoritarisme linguistique avaient été émises


(1)

Quand je pense à cette fille plus unique en son espèce qu'en sa faiblesse, et que je la vois ériger en maîtresse d'école, et régenter dans les ruelles, il est impossible que je ne m'irrite contre sa vanité ou que je n'éclate de rire de voir cette chimérique philosophie qu'elle enseigne depuis peu et que possible vous ne savez pas, encore que je sois bien avertie qu'elle vous a dit tout au long sa vie, et qu'elle n'ait pas oublié de vous dire ses plus hautes intentions.
[...]
Ainsi, pour se donner du crédit et pour s'établir en titre de savantes, les femmes se sont avisées de faire des leçons à leur guise; de réfuter l'usage reçu en blâmant les formes communes; et pour mieux insinuer leurs pensées, elles ont voulu autoriser un nom nouveau et de majesté qu'ils ont inventé, pour décrier la science et les savants et les traiter de pédants et de pédanterie. Elles ont introduit des philosophes en notre langue, auxquels elles ont donné leurs enfants et les suffrages: Elles ont voulu imiter parmi elles ces illustres et nobles assemblées, où s'agitent les intérêts d'esprit, où l'on rend si solennellement justice aux belles pensées et aux bons mots. Et elles ont inventé un nom d'orgueil et de gloire, pour affecter celle de véritables savantes, et pour s'en attirer du moins quelque rayon et quelque légère partie. Elles s'appellent précieuses, font des cercles, tiennent des assemblées, agitent des questions, jugent des livres, donnent leur sentiment des ouvrages d'autrui, et par une tyrannie sans pareille, elles ne peuvent souffrir de livre qui ne soit pas de leur goût, ni d'esprit qui ne soit pas de leur intelligence.
(éd. Magne, Paris, Droz, 1938, ft. II, p. 313-315)

L'objet principal qui occupe tous leurs soins, c'est la recherche des bons mots et des expressions extraordinaires; c'est à juger des beaux discours et des beaux ouvrages, pour conserver dans l'empire des conversations un juste tempérament entre le style rampant et pompeux. Elles se donnent encore charitablement la peine de censurer les mauvais vers et de corriger les passables; de travailler les dons de l'esprit et de les mettre si bien en oeuvre, qu'ils puissent arrêter les sens, élever le commerce de leurs plaisirs, et les rendre aussi spirituels que sensibles. [...] Mais, pour enchérir encore par-dessus cette pratique, elles en font un cinquième, qui est celui de l'extirpation des mauvais mots.
(éd. Magne, t. I, p. 72)

(2)

Je répondis donc brièvement et succinctement que l'usage était la seule loi du mot qui l'établissait ou le ruinait ; qu'il ne fallait point consulter d'autre règle, ni d'autres oracles. Que les lettres n'avaient point de monarchie, qu'elles avaient de tout temps été république, où le nombre avait plus fait que le particulier, où l'on avait suivi la pluralité des voix, et que sur tout dans le choix des mots on avait toujours parlé le langage de plusieurs, et suivi l' exemple et l'usage.
(t. II, p. 16-17)

(3)

Mais si faut-il confesser que ceux-mêmes d'entre les orateurs qui sont le plus assujettis aux lois de la rhétorique n'ont pas été d'avis qu'on vécût dans une si servile contrainte qu'est celle que beaucoup de personnes s'imposent sur le sujet et qu'ils voudraient encore donner au reste du monde. [...] En vérité, c'est bien se moquer du monde de vouloir faire passer pour bonnes ces observations, et assez d'autres semblables, qui n'ont rien à quoi un esprit autre que fort petit puisse s'arrêter, et qui nous feraient perdre, par un scrupule ridicule,la meilleure partie de notre langage.
(éd. des Oeuvres de 1756, II, 1, p. 206-207)

(4)

Otez-moi donc ces badines qui se veulent mêler d'épurer notre langue, de fabriquer des phrases nouvelles et nous faire parler à la mode ; qu'elles nous rendent notre ancien patois ou, s'il faut changer de méthode, qu'elles laissent à l'usage le soin de nous instruire.
("Si l'étude des sciences et des belles-lettre sied bien aux dames et si elle leur est utile", p. 27)




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