[retour à un affichage normal]

Accueil > Outils > On sait tout chez moi hors ce qu'il faut savoir

Content-Type: text/html; charset=UTF-8

On sait tout chez moi hors ce qu'il faut savoir


"[...] l'on sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoir.
On y sait comme vont lune, étoile polaire,
Vénus, Saturne, et Mars, dont je n'ai point affaire;
Et dans ce vain savoir, qu'on va chercher si loin,
On ne sait comme va mon pot dont j'ai besoin.
Mes gens à la science aspirent pour vous plaire,
Et tous ne font rien moins que ce qu'ils ont à faire;"
Les Femmes savantes, II, 7 (v. 588-594)

La même situation était déplorée dans L'Académie des femmes (1661) de Chappuzeau :

Une femme qui lit et qui lit Campanelle
Que c'est un beau moyen de gâter la cervelle,
Et que tandis qu'elle a cette démangeaison,
Un mari passe bien son temps à la maison.
Quand sur tous ces auteurs son faible esprit travaille,
Que des valets en bas ont beau faire gogaille,
Et qu'on a souvent tort d'imputer au cerceau
Que le vin va trop vite et s'enfuit du tonneau.
Une bonne quenouille dans la main d'une femme
Lui sied bien et la met à couvert de tout blâme,
Son ménage fleurit, la règle va partout
Et de ses serviteurs elle vient mieux à bout.
(I, 5, p. 14)

Les idées que Molière met dans la bouche de Chrysale correspondent à celles que formulait Bossuet, au début de son "Sermon sur la mort", prêché lors du Carême du Louvre en 1662 :

Mais parmi ces vastes désirs d'enrichir notre entendement par des connaissances nouvelles, la même chose nous arrive qu'à ceux qui jetant bien loin leurs regards, ne remarquent pas les objets qui les environnent; je veux dire que notre esprit s'étendant par de grands efforts sur des choses fort éloignées et parcourant pour ainsi dire le ciel et la terre, passe cependant si légèrement sur ce qui se présente à lui de plus près, que nous consumons toute notre vie toujours ignorants de ce qui nous touche, et non seulement de ce qui nous touche, mais encore de ce que nous sommes.

Elles étaient également énoncées à l'orée de la Logique de Port-Royal (1662) :

Non seulement ces sciences ont des recoins et des enfoncements fort peu utiles; mais elles sont toutes inutiles si on les considère en elles-mêmes et pour elles-mêmes. Les hommes ne sont pas nés pour employer leur temps à mesurer des lignes, à examiner les rapports des angles, à considérer les divers mouvements de la matière. Leur esprit est trop grand, leur vie trop courte, leur temps trop précieux pour l'occuper à de si petits objets. Mais ils sont obligés d'être justes, équitables, judicieux dans tous leurs discours, dans toutes leurs actions et dans toutes les affaires qu'ils manient.
(p. 7)




Sommaire | Index | Accès rédacteurs