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Ni saint, ni Dieu, ni loup-garou


"Tu vois en Dom Juan, mon maître, [...] un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou. "
Don Juan ou le Festin de pierre, I, 1

La croyance au loup-garou est lieu commun des textes comiques et burlesques des années 1650, dans lesquelles elle est associée aux fantasmes entourant le Moine Bourru.

On la retrouve, par exemple, dans

  • la lettre "Sur les sorciers" (Oeuvres, 1662) de Cyrano de Bergerac (1)
  • Le Pédant joué (1654) du même Cyrano (à deux reprises) (2)
  • L’Ovide bouffon (1650) de Louis Richer (3)
  • L'Ovide en belle humeur (1650) de D'Assoucy (4)

Elle est prise comme exemple de croyance populaire ridicule assimilable à celles qui entourent les pouvoirs de la magie dans

  • le traité De l'instruction de Monseigneur le Dauphin (1640) de La Mothe le Vayer (5)
  • le "petit traité "De quelques créances mal fondées" (Nouvelle Suite des petits traités, 1659) du même (6)
  • La Recherche de la vérité (1674) de Malebranche (7)

Elle avait fait le sujet d'une conférence du Bureau d'adresses résumée dans le recueil de 1666 ("De la lycanthropie, Recueil général des questions traitées dans les conférences du bureau d'adresse, 1666, XXXIVe conférence).


(1)
Je guéris les malades du loup-garou leur donnant un coup de fourche justement entre les deux yeux, je fais sentir les coups aux sorciers pourvu qu'on les batte avec un bâton de sureau. Je délie le moine bourru, aux avents de Noël, lui commande de rouler comme un tonneau, ou traîner à minuit les chaînes dans les rues, afin de tordre le col à ceux qui mettront la tête aux fenêtres.
(p. 90-91)

(2)

GRANGER.

Baste, baste, faîtes grâce à ce pauvre vieillard.

GENEVOTE.

Or écoutez le plus plaisant. Ce Goûteux, ce Loup-Garou, ce Moine Bourru...

GRANGER.

Passez outre, cela ne fait rien à l'Histoire.
(III, 2, p. 84)

CORBINELLI.

Je suis le grand Diable Vauvert. C'est moi qui fait dire la Patenôtre du Loup : Qui noue l'Aiguillette aux nouveaux mariés : Qui fait tourner le Sas : Qui pétris le gâteau triangulaire : Qui rend invisible les Frères de la Rose-Croix : Qui dicte aux Rabbins la Cabale et le Talmud : Qui donne la Main de Gloire, le Trefle à Quatre, la Pistole volante, le Gui de l'Anneuf, l'Herbe de Fourvoiement, la Graine de Fougère, le Parchemin vierge, les Gamahés, l'Emplâtre Magnétique, l'enseigne la composition des Brevets, des Sorts, des Charmes, des Sigilles, des Caractères, des Talismans, des Images, des Miroirs, des Figures constellées,. Je prêtai à Socrate un Démon familier : Je fis voir à Brutus son mauvais génie : J'arrêtai Drusus à l'apparition d'un Lutin : J'envoie les Démons familiers, les Esprits follets, les Mattinets, les Gobelins, le Moine bourru, le Loup-garou, la Mule ferrée, le Marcou, le Cochemar [sic.], le Roi Hugon, le Connétable, les Hommes noirs, les Femmes blanches, les Ardents, les Lémures, les Farfadets, les Ogres, les Larues, les Incubes, les Succubes, les Lamies, les Fées, les Ombres, les Mânes, les Spectres, les Fantômes ; Enfin je suis le Grand Veneur de la Forêt de Fontainebleau.
(IV, 1, p. 100-101)

(3)

Ah ! qu’il en sera bien plus gras,
Quand la terre, ainsi désertée,
Sera seulement habitée
Par des malencontreux hiboux,
Moines bourrus et loups garoux
(p. 27) (source : indication aimablement fournie par F. Rey)

(4)

Heureux temps, heureuse saison,
Où n'était porte ni cloison […]
Moine-bourru ni loup-garou.
(éd. de 1653, p. 17) (source : indication aimablement fournie par F. Rey)

(5)

tout ce qui se compte de nos loups-garoux et beaucoup de choses semblables qui ont cours parmi le peuple, n'a point ordinairement d'autre fondement, si tant est qu'on y trouve parfois quelque chose de plus que l'imposture toute pure.
(p. 360)

(6)

A ce que je puis voir, le bruit de la Bête, qui dévore les gens en ces quartiers, est venu jusqu'à vous, et vous avez été informé de ce qui ne se dit pas simplement à Fontainebleau, mais de ce qui s'y voit et aux environs, où beaucoup de femmes et d'enfants ont été tués, et parfois à demi mangés, par des animaux carnassiers qui ont leur retraite dans la forêt. Cependant, vous feignez de douter, si ce ne sont pas quelques ou Loups-garous , qui font tout ce ravage, comme on vous l'a rapporté, et pour rire peut-être de mes sentiments, vous me priez de vous les communiquer là-dessus. [...] Croirez-vous bien que j'eusse d'autres opinions au sujet de la lycanthropie, que celles, dont je me suis déjà expliqué, et qu'après avoir rapporté ce que Saint-Augustin en a dit, et ce qu'Hérodote à écrit des Neures, dont il se moque, comme Platon de ce qui se passait en Arcadie au Temple de Jupiter Lyceus, je puisse déférer à une si grande extravagance qu'est celle de la transmutation d'un sorcier en loup.
(éd. des Oeuvres de 1756, VI, 2, p. 329-330}

(7)

Le plus étrange effet de la force de l'imagination est la crainte déréglée de l'apparition des esprits, des sortilèges, des caractères, des charmes, des lycanthropes ou loups-garoux et généralement de tout ce qu'on s'imagine dépendre de la puissance du démon.
(éd. de 1688, II, 3, 2, p. 281)

L'appréhension des loups-garous, ou des hommes transformés en loups est encore une plaisante vision. Un homme par un effort déréglé de son imagination tombe dans cette folie, qu'il se croit devenir loup toutes les nuits. Ce dérèglement de son esprit ne manque pas de le disposer à faire toutes les actions que font les loups, ou qu'il ouï dire qu'ils faisaient. Il sort donc à minuit de sa maison, il court les rues, il se jette sur quelque enfant s'il en rencontre, il le mort et le maltraite, et le peuple stupide et superstitieux s'imagine qu'en effet ce fanatique devient loup, parce que ce malheureux le croit lui-même ; et qu'il l'a dit en secret à quelques personnes qui n'ont pu le taire.
(ibid., p. 285)




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