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N'allez point tenter sur l'avenir


"N'allez point tenter* sur l'avenir les résolutions de mon cœur; ne fatiguez point mon devoir par les propositions d'une fâcheuse extrémité dont peut-être n'aurons-nous pas besoin ; et s'il y faut venir, souffrez au moins que j'y sois entraînée par la suite des choses."
Monsieur de Pourceaugnac, I, 2

Le refus de Julie d'envisager les événements fâcheux avant qu'ils ne soient survenus correspond à l'attitude qu'adopte Scapin ("les menaces ne m'ont jamais fait mal") et à celle que recommande La Mothe le Vayer dans son "petit traité" "Des adversités" (Opuscules ou petits traités, 1643):

Je suis menacé de tous côtés de calamités inévitables. Hé ! qui m'a fait si savant dans l'avenir, pour me rendre misérable avant le temps ? Les prédictions qui se font sur des maladies aiguës ne sont jamais certaines. Le vent d'un chapeau peut détourner le plus grand coup de foudre. Que nous sommes ingénieux à nous faire du mal en le prévenant! La crainte d'un déplaisir futur nous peine souvent plus qu'il ne ferait en présence, et s'il était arrivé. C'est ressentir une affliction beaucoup plus qu'il ne faut, que d'en être touché plus tôt qu'il ne faut, plus dolet quam necesse est, qui ante dolet quam necesse sit. Voulons-nous comprendre combien il importe d'éloigner de notre entendement cette peur avancée de ce qui n'est pas encore ? considérons qu'elle est le plus grand de tous les maux, puisqu'il n'y en a point qui ne soit borné, et que celle-ci est sans limites.
(éd. des Oeuvres de 1662, p. 188).




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