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Mariez-vous donc


"Et moi, je vous dis que je suis résolu de me marier; et que je ne serai point ridicule en épousant la fille, que je recherche. [...] Oui, c'est un mariage, qui se doit conclure ce soir; et j'ai donné parole. - Oh! mariez-vous donc. Je ne dis plus mot. [...] Vous avez raison: je m'étais trompé. Vous ferez bien de vous marier. [...] Il n'y a rien de plus agréable que cela; et je vous conseille de vous marier le plus vite que vous pourrez. [...] Hé! quelle est la personne, s'il vous plaît, avec qui vous vous allez marier? - Dorimène.- Bon parti! Mariez-vous promptement."
Le Mariage forcé, sc. I

Le chapitre IX du Tiers Livre de Rabelais avait développé le motif de la consultation sur le bien-fondé du mariage. L'injonction "mariez-vous" y figurait (1).

La scène avait été reprise dans le Ballet de l'oracle de la Sybille de Pansoust (1645) (2).

Le "Contrasto de tor, e no tor moier, de Pantalon e Zan Capella" constitue une des scènes types de Pantalon, recueillie dans les Capricii et nuove fantasie alla venetiana du Pantalon de' Bisognosi (1601) (3).

On trouve également une interrogation semblable dans un poème du recueil de La Muse folâtre (1611) (4).

Une conversation sur les avantages et les désavantages du mariage, du point de vue masculin, était menée au livre II, 6 du roman Tarsis et Zélie (1665) de Le Vayer de Boutigny (5)

La question "Lequel vaut mieux, se marier ou ne se marier point" avait été traitée dans le Recueil des conférences du bureau d'adresses de 1666.


(1)

Voire, mais, dit Panurge, voudriez-vous qu'ainsi seulet je demeurasse toute ma vie sans compagnie conjugale ? Vous savez qu'il est écrit : Vae soli. L'homme seul n'a jamais tel soulas, qu'on voit entre gens mariés. Mariez-vous donc de par Dieu, répondit Pantagruel.
(Les Oeuvres de M. François Rabelais, Bruxelles, 1659, chap. 9, "Comment Panurge se conseille à Pantagruel pour savoir s'il se doit marier", p. 337)

(2)

Quatrième entrée :

Panurge avec deux de ses compagnons consultant les Docteurs s'il se doit marier, ou non/

Monsieur de Sainte-Frique, les Sieurs Souville, Salon.

Je ne sais si le mariage
Est le parti qu'il me faudrait,
Les uns l'appellent une cage,
D'autres le nomment tout à droit
Le grand chemin du cocuage :
Il n'est rien tel que le ménage,
Dit l'un ; l'autre : romps-toi le cou
Plutôt que d'entrer en servage ;
Si je me lie ou me dégage,
A votre avis, serai-je fou ?
A votre avis, serai-je sage ?

Cinquième entrée

Les Docteurs Esope, Cujas et Gallien consultant pour Panurge.

Monsieur de Clinchant, les Sieurs Montesquiou, Beaubrun.

La question est grande, et pour y pouvoir mordre
Le philosophe est trop fluet,
Et voilà sur ce point dont l'on fait un jout
La Jurisprudence en désordre
Et la Médecine au rouet.

Réponse de l'Oracle à Panurge

Si ta maîtresse est jeune et belle,
Tâche de n'en pas mal user :
Mais te mariant avec elle,
Garde-toi bien de l'épouser.

(3)

le "Contrasto de tor, e no tor moier, de Pantalon e Zan Capella" dans les Capricii et nuove fantasie alla venetiana du Pantalon de' Bisognosi (1601) :

PANTALONE
No pensé de tor mogier
Senza dota e bona intrada
O con borsa ben serrada
D'adempirighe el so voler.
No pensé

ZAN CAPELLA
Toli pur presto mogier
Che le donne ha larga intrada
E tegnila accarezzada,
Se gran spasso voli aver.
Toli pur.

PANTALONE
Co'l prim'anno l'intra in casa
La par bona, e mansueta,
E v'abbrazza, strenze e basa,
Co una rara gratieta
Che a vardarla sempre stretta
La voressi posseder.
No pensé

ZAN CAPELLA
Stand isci soletti a casa
Fé sta tutti in gran suspett,
El voi di, ma è mei che tasa
Perque brami riga drett,
Ol potacchio co'l guacet
L'è pur bo al me parer.
Toli pur.
[...]

PANTALONE
Se con ella sen' intriga
Un che dorma a mo marmotta,
E che n'usa arte, e fadiga
A stagnar la barca rotta
L'è bandio da la pissotta
E dal colfo del quarner.
La gazola cria
No pensé

ZAN CAPELLA
Co'l marido attende a un banco
Per sborsar danari via,
Perque mai no'l venga manco
La gh'averze la partia
E despenna de dre via
Tutto'l conto de l'haver.
Toli pur.

PANTALONE
Le so barche per natura
Vuol da ogni hora el timon dretto.
E chi è debel de zontura,
No senetta un tal effetto
Che'l dirà sia maledetto
A no esser bon nocchier.
No pensé

ZAN CAPELLA
La ve scusa per massera
Da sgurarve ogni lavor,
E ve serve per stagiera
Da giustar el vostro honor,
E saltandove l'humor
Montè in cima del figher.
Toli pur.

PANTALONE
El besogna per finirla
Chi l'ha ricca sopportarla
Chi l'ha povera vestirla,
Chi l'ha bona accarezzarla
Chi cattiva castigarla
Con un baston de cornoler.
No pensé

ZAN CAPELLA
La mogier tegnil'amad
E fuzzi da la puttana
Che co astuzie, e falsitad
La ve dà la mal stemana
E ve fa cazzer la lana
Che no se pol mai rihaver.
Toli pur.
((in V. Pandolfi, La commedia dell'arte, Firenze, Sansoni, 1958, t. I, p. 317-319)

(4)

D'UN QUI DEMANDAIT AVIS S'IL DEVAIT ETRE MARIÉ.

Prenez-la, ne la prenez pas;
Si vous la prenez, c'est bien fait;
Si vous la laissez, en effet,
Ce sera ouvrer ses compas;
Galopez, allez l'entrepas.
Différez, entrez-y de fait
Désirez sa vie ou trépas.
Prenez-la, ne, etc.

Jeûnez, prenez double repas,
Refaites ce qui est défait.
Défaites ce qui est refait
Désirez sa vie ou trépas. '
Prenez-la, ne, etc.
(p. 90)

(5)

— Pardonnez-moi, Agamée, si je vous dis qu’un exemple particulier ne conclut rien en des choses si générales, et que si nous avions à combattre d’exemples sur le sujet de ma douleur, je vous ferais voir des femmes qui vivent si bien avec leurs maris, et des mariages assortis dans une si parfaite concorde, que vous m’avoueriez vous-même que des personnes qui vivent ainsi surpassent en félicité tout le reste de la terre, et que qui perd une maîtresse capable de lui donner ces contentements perd tout ce qu’il y a de plus rare et de plus précieux au monde.
— Vous dites fort bien, Tarsis, reprit l’Aréopagite, c’est tout ce qu’il y a de plus rare. Car, je vous prie, où sont ces maîtresses, et qui se peut assurer d’en trouver une ? Vous voyez assez de belles femmes, vous en voyez même de douces et de complaisantes pour leurs maris ; mais les belles sont coquettes, les spirituelles glorieuses ou bizarres, les douces et les complaisantes ont d’autres défauts qui ne sont pas moindres et qui font acheter bien cher leur vertu. Jamais un mari ne leur rend, à leur gré, la complaisance qu’elles ont pour lui, et comme celles-là sont d’ordinaire attachées à leur ménage, elles voudraient aussi qu’un homme y eût la même attache qu’elles. Il lui ruine, à ce qu’elles disent, s’il fait la moindre dépense ; il faut qu’il renonce à ses amis, à ses connaissances, et, pour ainsi dire, à soi-même, pour s’attacher tout entier à sa femme et à son ménage, ou toute leur douceur et leur complaisance se tourne en aigreur et en opiniâtreté. Or, Tarsis, je sais bien que l’on croit toujours mieux rencontrer que son voisin, et moi-même je le pensais le premier, et le pensais, ainsi que vous avez pu voir, avec assez d’apparence ; cependant j’ai été trompé comme les autres, et je puis dire que beaucoup d’autres le sont et le seront comme moi.
— Je n’irais pourtant pas loin, répliqua Tarsis, pour vous chercher un exemple de ces bons mariages dont je parle. Je ne voudrais que celui de Télamon, que vous voyez, avec Philiste ; et ce mariage, Agamée, me donnait lieu de prétendre à un semblable bonheur, car Zélie était sœur de Philiste, elles sont de même sang, elle ont eu même éducation, et leurs inclinations et leurs mœurs avaient une sympathie encore plus que fraternelle.
— Il est vrai, poursuivit Ergaste, que je n’ai jamais eu envie de me marier que quand j’ai vu Télamon et Philiste dans leur ménage. Cette douceur gaie, cette familiarité respectueuse et cette complaisance mutuelle qu’ils ont l’un pour l’autre me les a fait prendre cent fois pour le modèle de deux personnes heureuses, et je crois que s’il y a de la félicité au monde, elle est dans un mariage comme le leur.
— Ergaste ! reprit Télamon en riant, vous ne vous souvenez plus de ce qu’Agamée vous a dit tantôt, qu’il ne se faut pas fier aux apparences. Pensez-vous que nous allions, Philiste et moi, montrer notre mauvaise humeur devant vous ?
— Sérieusement, ajouta Célémante, je croirais Télamon et Philiste heureux, si on le pouvait être dans le mariage. Mais je suis du côté d’Agamée ; non pas toutefois par les mêmes raisons que lui, car je ne crois pas qu’il soit si malaisé qu’il le fait de trouver des femmes sages et de bons mariages ; mais ce que je soutiens, c’est que les douceurs même des meilleurs mariages sont des peines incompatibles avec le repos et le plaisir. Je ne parle point de ce qu’il faut qu’un homme qui veut bien vivre en cet état renonce, comme il a dit, à ses amis, à sa liberté et à soi-même, pour se donner tout entier à une femme, quoique ce soient là les raisons ordinaires ; car je conçois fort bien que quand on aime fort une femme, on quitte volontiers le reste pour elle, parce qu’avec elle on se passe facilement de tout le reste. Mais ce que je crois, c’est que cette même amour et cette même amitié que vous appelez le bonheur des mariages, sont elles-mêmes la plus grande misère du monde. Voyez, je vous prie, deux personnes qui s’aiment, comme Télamon et Philiste. L’un des deux est-il malade ? il faut que tous les deux souffrent, l’un de son mal, l’autre de celui de son compagnon. Car l’amour et l’amitié ont cela de mauvais qu’elles vous font assez malade de la maladie de ceux que vous aimez ; mais si vous êtes malade vous-même, elles ne vous font jamais sain de leur santé. Bien pis : tous les deux se portent-ils bien ? vous les voyez toujours dans l’appréhension que l’un des deux ne retombe. L’un est-il plus rouge qu’à l’ordinaire ? L’autre lui semble-t-il plus pâle ? dort-il, ou bâille-t-il à contretemps ? Voilà l’inquiétude qui prend celui qui s’en aperçoit, et les voilà tous deux malades de leur folie, quand ils ne le sont pas d’un autre mal. Tarsis, il vaut bien mieux faire comme moi : vivre à soi seul, non seulement exempt d’amour, mais exempt même de toute amitié, si ce n’est de cette amitié simple qu’on appelle bienveillance, qu’il faut avoir pour la bienséance et pour la société civile.
(éd. de 1720, p. 326 et suiv.)




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