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M'inspire pour la vaincre une adresse nouvelle


"Je vois trop que son cœur s'obstine à dédaigner
Tous ces profonds respects qui pensent la gagner,
Et le dieu qui m'engage à soupirer pour elle
M'inspire pour la vaincre une adresse nouvelle"
La Princesse d'Elide, I, 4 (v. 319-322)

Dans l'Almahide (1661) des Scudéry était soulevée la question suivante: « Lequel augmente le plus l’amour, ou les faveurs d’une dame, ou son dédain modéré ? » :

Le moyen [reprit le roi] de recevoir une faveur, quelque petite qu’elle soit, et de n’en avoir pas de la reconnaissance ? et comment peut-on avoir de la reconnaissance sans sentir un redoublement de tendresse et une augmentation d’amour ? […] Mais il n’en va pas de même de ces dédains dont la reine vient de parler ; car quelques petits qu’ils soient, l’âme qui est fort sensible, le cœur qui est infiniment délicat, les sent aussi infiniment : et comme l’on ne peut souffrir un outrage sans colère, il est fort difficile d’aimer encore ce qui nous aurait outragé. […] Pour moi, reprit la feinte reine […], mon sentiment serait tout contraire au vôtre : car enfin, seigneur, j’ai, ce me semble, entendu dire, que le désir fait vivre l’amour, et que la fin de ce désir le fait mourir. En effet, je suis persuadée que l’inquiétude qui accompagne cette passion qui désire, en réveillant l’âme, réveille l’amour ; en piquant le cœur, en redouble l’inflammation ; et que tant que l’on ne possède point un bien, l’on fait tout ce qu’on peut pour le posséder. L’on se le figure même plus grand, avant que l’avoir obtenu, que l’on ne le trouve quand on l’obtient […] D’ailleurs, comme l’esprit est naturellement superbe, il estime ce qui lui résiste, et se pique de vaincre ce qu’un autre n’a pas vaincu. Ainsi voyant toujours à désirer, il aime toujours : et les obstacles l’excitent, au lieu de le rebuter. Véritablement il ne faut pas que le dédain dont je parle soit excessif : il lui faut savoir donner des bornes, pour en tirer l’effet que je dis.
(Almahide, 1661, VII, p. 156-160)




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