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Les rieurs sont pour vous


"Les rieurs sont pour vous, Madame, c'est tout dire ;
Et vous pouvez pousser, contre moi, la satire."
Le Misanthrope, II, 4, v. 681-682

Le héros de l'"Histoire de l'amant jaloux" du Grand Cyrus (1649-1653) est confronté à une situation semblable à celle que vit Alceste dans le salon de Célimène :

Je vous laisse donc à penser ce que je souffris ce jour-là quand Polycrate l’entretenait : je ne pouvais l’endurer et il me semblait que la joie qu’elle en avait la faisait paraître plus belle. Si elle regardait Timésias, je croyais que c’était pour le rengager plus fort qu’auparavant, et si elle se tournait vers Théanor, je craignais que ses regards ne l’empêchassent de guérir de son amour, comme il m’avait dit en avoir le dessein. Quand Polycrate parlait à Ménéclide qui était chez Alcidamie, je croyais que c’était par finesse et comme à la confidente de sa passion, et si Alcidamie me voulait faire quelque civilité et m’engager dans la conversation générale, je la regardais comme une personne qui me voulait tromper et je lui répondais avec chagrin. Enfin, je vous le confesse, j’eusse voulu qu’Alcidamie n’eût paru belle qu’à mes yeux ou qu’elle eût été invisible à tout le reste de la terre. Je voulais pourtant qu’on l’estimât et sa gloire ne m’était pas indifférente, mais, après tout, je ne voulais point qu’on l’aimât et je pense que j’eusse même plutôt souffert qu’on l’eût haïe .
La conversation fut tout ce jour-là fort agréable pour toute la compagnie, excepté pour moi : le prince Polycrate, me raillant de mon chagrin, dit que j’étais sans doute très propre à être un amant discret, puisqu’il n’eût pas été aisé de deviner, à me voir si mélancolique, que j’avais le portrait d’une des plus belles personnes du monde.
(p. 1662)

Dans la préface de L'Ecole des femmes, Molière écrivait, à propos de sa comédie : "les rieurs ont été pour elle".




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