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Les proscriptions


"Par une antipathie ou juste, ou naturelle,
Nous avons pris chacune une haine mortelle
Pour un nombre de mots, soit ou verbes, ou noms,
Que mutuellement nous nous abandonnons;
Contre eux nous préparons de mortelles sentences,
Et nous devons ouvrir nos doctes conférences
Par les proscriptions de tous ces mots divers,
Dont nous voulons purger et la prose et les vers.".
Les Femmes savantes, III, 2 (v. 899-906)

Dans son traité des Nouvelles Observations sur la langue française (1668), Marguerite Buffet avait procédé à de telles proscriptions :

PREMIERE PARTIE
Pour la correction des termes barbares et anciens et de ceux dont il faut se saisir dans le bel usage.
[...]
Je ne veux m'attacher qu'aux fautes les plus ordinaires, afin d'y remédier autant que je pourrai. On en fait encore un si grand nombre d'autres contre la langue française qui ne dépendent point des verbes en se servant des mots barbares et anciens et en n'évitant point les superflus ni les mots corrompus et mal prononcés
(p. 26-27)

De manière générale, les "proscriptions" des grammairiens sont condamnées ou tournées en dérision dans :

  • le Doute sceptique si l'étude des belles-lettres est préférable à toute autre occupation (1668) de La Mothe le Vayer (1)
  • la "Dissertation sur le mot de vaste à Messieurs de l'Académie française" de Saint-Evremond (publiée dans les Oeuvres mêlées de 1689) (2)
  • La Comédie des Académistes (vers 1650) de Saint-Evremond (version publiée de 1706, sc. III, 3, p. 32 et suiv.)
  • Le Parnasse alarmé (1649), satire de Ménage


(1)

Peut-on avoir trop de mépris pour de certains critiques, qui sont néanmoins des héros parmi les grammairiens, quand ils se vantent de voir dans des auteurs ce que personne n'y trouve qu'eux, putantque sub omni, quot aiunt, lapide scorpium latere. Le grammarien Nicanor trouvait tant de corrections à faire sur tous les livres qu'il en fut surnommé Stygmatias, parce qu'ils étaient pleins de ses ratures, comme d'autres autant de stygmates, lorsqu'ils sortaient de ses mains.
(éd. des Oeuvres de 1756, V, 2, p. 362)

(2)

On peut disputer à Messieurs de l'Académie le droit de régler notre langue comme il leur plaît. Il ne dépend pas des auteurs d'abolir de vieux termes par dégoût et d'en introduire de nouveaux par fantaisie : tout ce qu'on peut faire pour eux, c'est de les rendre maîtres de l'usage, lorsque l'usage n'est pas contraire au jugement et à la raison. Il y a des auteurs qui ont perfectionné les langues, il y en a eu qui les ont corrompues; et il faut revenir au bon sens pour en juger.
(éd. de 1706, p. 320)




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