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Les Divertissements de Versailles (extraits)


Les Divertissements de Versailles, donnés par le Roi au retour de la conquête de la Franche-Comté, en l'année 1674, Paris, J.-B. Coignard, 1674

Cette relation de la fête de Versailles de juillet 1674 évoque brièvement la représentation qui y est donnée du Malade imaginaire.


IIIe JOURNÉE.

Le 19 du même mois LE ROI alla se promener à la MÉNAGERIE, où il donna la collation aux Dames de la Cour. C’est un lieu situé dans le grand Parc de VERSAILLES à l’un des bouts du Canal vis-à-vis de TRIANON. On y voit tout ce qui peut rendre la vie champêtre très agréable et divertissante par la nourriture des Animaux de toutes sortes d’espèces. Au bout d’une longue avenue d’arbres est un petit Palais, dont la principale pièce est un Salon de figure Octogone. Il est environné d’une balustrade tout autour, d’où l’on voit sept cours qui aboutissent à la cour du milieu, et qui en sont séparées par des grilles de fer qui forment une figure semblable à celle du Salon. Toutes ces cours sont remplies d’une infinité d’oiseaux très rares, et d’une quantité incroyable d’autres animaux sauvages.
Après la collation qui fut très magnifique, SA MAJESTÉ étant montée sur le Canal dans des gondoles superbement parées, fut suivie de la Musique, des Violons et des Hautbois qui étaient dans un grand Vaisseau. Elle demeura environ une heure à goûter la fraîcheur du soir, et entendre les agréables concerts des voix et des Instruments, qui seuls interrompaient alors le silence de la nuit qui commençait à paraître.
Ensuite de cela le ROI descendit à la tête du Canal, et étant entré dans sa calèche alla au Théâtre que l’on avait dressé devant la GROTTE pour la représentation de la Comédie du MALADE IMAGINAIRE, dernier Ouvrage du sieur Molière.
L’aspect de la Grotte servait de fond à ce Théâtre élevé de deux pieds et demi de terre. Le frontispice était une grand corniche architravée, soutenue aux deux extrémités par deux massifs avec des ornements rustiques et semblables à ceux qui paraissent au dehors de la Grotte. Dans chaque massif il y avait deux niches, où sur des piédestaux on voyait deux figures représentant d’un côté Hercule tenant sa massue et terrassant l’Hydre, et de l’autre côté Apollon appuyé sur son arc, et foulant aux pieds le serpent Python.
Au-dessus de la corniche s’élevait un fronton, dont le tympan était rempli des armes du Roi.
Sept grands lustres pendaient sur le devant du Théâtre qui était avancé au-devant des trois portes de la Grotte. Les côtés étaient ornés d’une agréable feuillée ; mais au travers des portes où le Théâtre continuait de s’étendre, l’on voyait que la Grotte même lui servait de principale décoration. Elle était éclairée d’une quantité de girandoles de cristal posées sur des guéridons d’or et d’azur, et d’une infinité d’autres lumières qu’on avait mises sur les corniches et sur toutes les autres saillies.
La table de marbre qui est au milieu était environnée de quantité de festons de fleurs et chargée d’une grande corbeille de même.
Au fond des trois ouvertures l’on voyait les trois grandes niches où sont ces groupes de Figures de marbre blanc, dont la beauté du sujet, et l’excellence du travail font une des grandes richesses de ce lieu.
Dans la niche du milieu Apollon est représenté assis et environné des Nymphes de Thétis qui le parfument ; et dans les deux autres, sont ses chevaux avec des Tritons qui les pansent.
Du haut de la niche du milieu tombe derrière les Figures une grande nappe d’eau qui sort de l’urne que tient un Fleuve couché sur une roche ; Cette eau qui s’est répandue au pied des Figures dans un grand bassin de marbre, retombe ensuite jusqu’en bas par grandes nappes, partie entières et partie déchirées ; Et des niches où sont les chevaux, il tombe pareillement des nappes d’eau qui font des chutes admirables. Mais toutes ces cascades étant alors éclairées d’une infinité de bougies qu’on ne voyait pas, faisaient des effets d’autant plus merveilleux et plus surprenants qu’il n’y avait point de goutte d’eau qui ne brillât du feu de tant de lumières, et qui ne renvoyât autant de clartés qu’elle en recevait.
Ce fut à la vue d’une si agréable décoration que les Comédiens de la Troupe du Roi représentèrent le MALADE IMAGINAIRE, dont leurs MAJESTÉS et toute la Cour ne reçurent pas moins de plaisir qu’elles en ont toujours eu aux pièces de son Auteur.




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