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Le sonnet d'Oronte


L'espoir, il est vrai, nous soulage,
Et nous berce un temps, notre ennui :
Mais, Philis, le triste avantage,
Lorsque rien ne marche après lui !

Vous eûtes de la complaisance,
Mais vous en deviez moins avoir ;
Et ne vous pas mettre en dépense
Pour ne me donner que l'espoir.

S'il faut qu'une attente éternelle
Pousse à bout, l'ardeur de mon zèle,
Le trépas sera mon recours.

Vos soins ne m'en peuvent distraire
Belle Philis, on désespère,
Alors qu'on espère toujours.
Le Misanthrope, I, 2

Le sonnet d'Oronte présente les mêmes caractéristiques que certains sonnets contemporains :

La douleur me rend le teint blême,
Quand on me traite rudement;
Mon inquiétude est extrême
Quand on me traite doucement.

Tantôt ami, tantôt amant,
Je ne me connais pas moi-même,
Et je ne sais pas seulement
Si je souhaite que l'on m'aime.

Souvent je suis las de souffrir,
Et souvent je crains de guérir,
Tant mon incertitude est grande.

Faisant tous les jours mille voeux,
Je ne sais ce que je demande :
Amour, dis-moi ce que tu veux.
(retrouver réf. à partir de Lachèvre)

Chez vous je n'ai jamais été,
J'ai fort bien fait de n'en rien faire ;
Rien n'est si capable de plaire
Que votre charmante beauté.

Je vous le dis en vérité,
Vous n'êtes pas trop mon affaire;
Je n'ai rien qu'une liberté
Et je ne veux pas trop m'en défaire.

Pour vous avoir vue en passant,
Déjà ma raison s'en ressent;
J'irais plutôt voir une laide.

A quoi bon exposer mon coeur
A quelque malheur sans remède,
Vous êtes belle à faire peur.
(Oeuvres, 1666, p. 489)

Deux hémistiches de ce sonnet sont très proches de vers de Don Garcie de Navarre :

C'est un triste avantage, et l'amant généreux
À ces conditions refuse d'être heureux.
(V, 5)

Non, Dom Alvar, ma mort est nécessaire:
Il n'est soins ni raisons qui m'en puissent distraire.
(IV, 9)




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