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Le rang où le ciel m'a fait naître


"Si ce n'était le rang où le Ciel m'a fait naître, je puis vous dire que cette passion n'aurait pas été malheureuse, et que cent fois je lui ai souhaité l'appui d'une fortune, qui pût mettre pour elle en pleine liberté les secrets sentiments de mon âme."
Les Amants magnifiques, IV, 4.

Dans L'Esprit de cour (1662), René Bary conteste cette impossibilité: « De la roture. Aristide flatte Messene, qui est noble, sur ce qu’elle aime un homme qui n’est pas gentilhomme »:

Il ne faut point éplucher un homme en son origine, il le faut éplucher en ses moeurs. Je ne connais que de réputation celui dont vous approuvez la recherche. Mais si la voix publique n'est point menteuse, l'ont peut dire qu'il est plein d'esprit, qu'il est plein de coeur, et que s'il n'est né gentilhomme, il fait ce que les gentilshommes doivent faire.
(p. 168).

Un argument semblable avait été développé au tome VI de la Clélie des Scudéry :

Je ne crois point que l’inégalité de la condition, quand il n’y a rien de honteux à la naissance de la personne qu’un homme aime, soit un des plus grands obstacles que l’amour puisse vaincre. Car enfin, un homme qui aime un peu fortement peut aisément imaginer que cette différence de rang que la fortune a mise entre tous les hommes est une chose qui n’a rien d’effectif, et que la véritable distinction que les sages en doivent faire, ne doit être que par le mérite seulement
(p. 918)

Dans le tome III du même roman, une conversation avait pris pour sujet l'interrogation suivante :

On mit en question si un homme obligeait davantage une femme en l'aimant, quoiqu'elle fût d'une qualité infiniment au-dessous de la sienne, qu'en l'aimant constamment, bien qu'elle fût infiniment au-dessus de lui.
(éd. C. Morlet-Chantalat, p. 322-324)

La politique de Louis XIV était de reconnaître le mérite de ses officiers, ce qui se traduisit par un achat de charges massif, que mentionne l'ambassadeur de la cour de Savoie, le marquis de Saint-Maurice:

Depuis près de quatre ans que je suis ici, le Roi a avancé tous ses premiers gentilshommes de la chambre, capitaines des gardes du corps et de la porte, tous les maîtres de la garde-robe par des remuements de charges à force d'argent, car elles se vendent et tout cela à ses frais et dépens, en quoi il a employé assurément plus de quatre millions ; il a aussi fait quantité de remuements dans les troupes de sa maison de cette nature où les moindres charges valent des cent mille écus […].
(Lettres sur la cour de Louis XIV, 1667-1670, Calmann-Lévy, 1911-1912, lettre CLXXX, 26 décembre 1670, p. 536)




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