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Le Roi glorieux au monde


Pierre ROULLÉ, Le Roi glorieux au monde, ou Louis XIV, le plus glorieux de tous les rois du monde, s. l., 1664

Un passage de ce petit livre de 91 pages, qui constituait l’appendice d’un traité panégyrique intitulé L’Homme glorieux ou la Dernière Perfection de l’homme, achevée par la gloire éternelle (Paris, Gilles Gourault, 1664; achevé d’imprimer le 1er août), accuse Le Tartuffe, dans la version jouée lors des Plaisirs de l'Ile enchantée, d'avoir tourné en dérision "ce qu'il y a de plus saint dans l'Eglise".


[p. 45]
Je passe promptement et sans presque rien dire de la persécution que Louis XIV fait à toutes sortes de vices : il a grand soin de les exterminer et éloigner bien loin de sa Personne et de la Cour, et de toutes les Provinces de son Etat. Il a renouvelé de temps à autre les Edits rigoureux /46/ contre ceux qu’on sait être blasphémateurs, et il s’est déclaré publiquement l’ennemi capital et juré des homicides volontaires et Duellistes. Il a pitié de tous les misérables, il ouvre ses entrailles à leurs plaintes, et il ressent par compassion leurs maux ; mais il est entier et tout à fait inexorable pour le pardon des sacrilèges et des blasphèmes, de l’athéisme et des duels. Il est au-dessous de Dieu le Maître de la vie et de la mort de ses Sujets : mais il n’a pas de Lettres de rémission pour ces meurtriers agréables, qui allant sur le pré, ou se trouvant au lieu-dit de rencontre, prostituent la noblesse de leur sang, et l’honneur de leur vie avec leur salut. Il a volontiers les oreilles ouvertes pour écouter les plaintes des malheureux ; mais il est sourd pour les médiateurs de ces impies et /47/ abominables athées, de ces innovateurs de religion, inventeurs de magie et sortilèges, et tels autres criminels de lèse-majesté divine, parce qu’ils sont aussi perturbateurs du repos public, et des troubles d’État, tant il craint les remords infaillibles, pressants et importuns de son intérieur qui le gênerait sans cesse, s’il laissait être ces crimes impunis.

Sa Majesté est maintenant en son Château Royal de Fontainebleau, qu’elle a pris très grand soin elle-même qu’il fût fait beau, délicieux, agréable, parfait, et accompli de toutes parts, sans que rien n’y manque pour sa gloire : mais il n’y est allé qu’après une action héroïque et Royale, véritablement digne de la grandeur de son cœur et de sa piété, et du respect qu’il a pour Dieu et pour l’Église, et qu’il rend volontiers /48/ aux Ministres employés de leur part pour conférer les grâces nécessaires au salut. Un homme, ou plutôt un Démon vêtu de chair et habillé en homme et le plus signalé impie et libertin qui fut jamais dans les siècles passés, avait eu assez d’impiété et d’abomination pour faire sortir de son esprit diabolique une pièce toute prête d’être rendue publique, en la faisant monter sur le Théâtre, à la dérision de toute l’Église, et au mépris du caractère le plus sacré et de la fonction la plus divine, et au mépris de ce qu’il y a de plus saint dans l’Église, ordonné du Sauveur pour la sanctification des âmes, à dessein d’en rendre l’usage ridicule, contemptible, odieux. Il méritait par cet attentat sacrilège et impie un dernier supplice exemplaire et public, et le feu même, avant-cou/49/reur de celui de l’Enfer, pour expier un crime si grief de lèse-Majesté divine, qui va à ruiner la Religion catholique, en blâmant et jouant sa plus religieuse et sainte pratique, qui est la conduite et direction des Ames et des familles par de sages Guides et Conducteurs pieux. Mais sa Majesté après lui avoir fait un sévère reproche, animé d’une juste colère, par un trait de sa clémence ordinaire, en laquelle il imite la douceur essentielle à Dieu, lui a par abolition remis son insolence, et pardonné sa hardiesse démoniaque, pour lui donner le temps d’en faire pénitence publique et solennelle toute sa vie. Et afin d’arrêter avec succès la vue et le débit de sa production impie et irréligieuse, et de sa Poésie licencieuse et libertine, Elle lui a ordonné sur /50/ peine de la vie d’en supprimer et déchirer, étouffer et brûler tout ce qui en était fait, et de ne plus rien faire à l’avenir de si indigne et infamant, ni rien produire au jour de si injurieux à Dieu et outrageant l’Église, la Religion, les Sacrements et les Officiers les plus nécessaires au salut, lui déclarant publiquement et à toute la terre qu’on ne saurait rien faire ni dire qui lui soit plus désagréable et odieux, et qui le touche le plus au cœur, que ce qui fait atteinte à l’honneur de Dieu, au respect de l’Église, au bien de la Religion, à la révérence due aux Sacrements, qui sont les canaux de la grâce que JÉSUS-CHRIST a méritée aux hommes par sa mort en la Croix, à la faveur desquels elle est transfuse et répandue dans les Ames des Fidèles qui sont saintement /51/ dirigés et conduits. Sa Majesté pouvait-elle mieux faire contre l’impiété et cet impie, que de lui témoigner un zèle si sage et si pieux, et une exécration d’un crime si infernal ? Elle n’a pas moins de haine pour l’Hérésie, ni d’aversion pour l’erreur, que pour ces vices exécrables, et ces crimes griefs, d’autant plus odieux à Dieu qu’ils détruisent la vérité comme ils diffament la beauté de la Religion. Sa Majesté voudrait bien les bannir tous de son Royaume, et n’être point obligée à entretenir le Traité de ses Prédécesseurs, touchant la liberté de conscience : Elle ne voudrait avoir que des sujets fidèles et bons serviteurs de Dieu ; il s’agit de la gloire de Dieu, il y va de la sienne. On ne peut pas ignorer premièrement ce qu’il a fait pour la démolition de Temples en /52/ certains lieux de son Royaume, au pays de Getz et autres : Secondement les Édits de son Conseil d’Enhaut, contre ceux qui ayant une fois renoncé à l’erreur et quitté l’Hérésie y rentrent par un retour funeste qui les fait être des relaps, qui font une rechute bien pire que leur première erreur. Tiercement, les Conversions signalées qu’il procure par les Missionnaires et autres ouvriers spirituels qu’il y a envoyés et y envoie. Enfin le peu ou point d’emploi qu’il donne à ceux qui professent cette fausse Religion avec attache opiniâtre et sans vouloir connaître aucunement de bonne foi la vérité qui la détruit. Toutes ces choses sont des marques évidentes et des preuves pressantes de la haine qu’il a de ce parti ennemi de Dieu et de la vérité : et cette ini/53/mitié très juste, et fondée sur ce qu’il a de l’amour et du zèle pour la gloire de Dieu, qu’il est le Fils aîné de l’Église Catholique, Apostolique et Romaine, et qu’à l’exemple de Dieu il ne veut point la mort des pécheurs volontaires et errants obstinés ; mais seulement qu’ils se convertissent et qu’ils vivent éternellement en la gloire par une sainte et bonne conversion de cœur.




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