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Le Ciel n'est pas si exact


"J'espérais toujours de votre salut, mais c'est maintenant que j'en désespère, et je crois que le Ciel qui vous a souffert jusques ici, ne pourra souffrir du tout cette dernière horreur. - Va, va, le Ciel n'est pas si exact que tu penses; et si toutes les fois que les hommes..."
Don Juan ou le Festin de pierre, V, 4

Le retardement de pénitence est décrit et condamné entre autres dans

  • La Guide des pécheurs (1556) de Louis de Grenade (1)

  • le "Premier sermon pour le premier dimanche de l'Avent", prêché par Bossuet le 29 novembre 1665 au Louvre (2)

  • L’Impie malheureux ou les trois malédictions du pécheur (1673) du Père Texier (3)


(1)
Il y a donc de certaines gens qui disent qu’on ne peut nier que tout ce que nous avons proposé ne soit fort véritable, qu’il n’y a point de parti plus assuré que celui de la vertu, et qu’ils sont absolument résolus de le suivre, mais qu’ils ne le peuvent présentement, qu’ils trouveront du temps pour le faire mieux et plus aisément à l’avenir. Saint Augustin écrit de soi-même que c’était ce qu’il répondait à Dieu avant sa conversion : « Attendez un peu, mon Dieu, disait-il, et encore un peu, je m’en vais quitter le monde tout à cette heure, je m’en vais me retirer du péché ». C’est ainsi que les méchants traitent avec Dieu, prolongeant de jour en jour le terme de leur conversion, sans y pouvoir jamais arriver. […] Vous dites que ce sera dans peu que vous vous convertirez ; et moi je dis qu’il le faut faire présentement ; vous dites qu’à l’avenir il vous sera plus facile de le faire, et moi je dis qu’il le faut à cette heure même. […]
La seule pensée de cette témérité mérite très justement cette punition (afin que le fol apprenne à devenir sage par son propre châtiment) de n’avoir plus de temps pour faire pénitence, ayant si mal usé de celui que Dieu avait tant de fois prolongé.
(traduction de G. Girard, 1664, p. 397-399)

(2)

Si Dieu se tait quelque temps, il ne se taira pas toujours : «Je veillerai, dit-il, sur les pécheurs pour leur mal et non pour leur bien : » Vigilabo super eos in malum et non in bonum. « Je me suis tu, dit-il ailleurs, j'ai gardé le silence, j'ai été patient, j'éclaterai tout à coup, longtemps j'ai retenu ma colère dans mon sein, à la fin j'enfanterai, je dissiperai mes ennemis et les envelopperai tous ensemble dans une même vengeance : » Tacui semper, silui, patiens fui, sicut parturiens loquar, dissipabo et absorbebo simul. Par conséquent, chrétiens, ne prenons pas son silence pour un aveu, ni sa patience pour un pardon, ni sa longue dissimulation pour un oubli, ni sa bonté pour une faiblesse. Il attend parce qu'il est miséricordieux ; et si l'on méprise ses miséricordes, souvent il attend encore et ne presse pas sa vengeance, parce qu'il sait que ses mains sont inévitables. [...] Les pécheurs sont sous ses yeux et sous sa main. Il sait le temps qu'il leur a donné pour se repentir, et celui où il les attend pour les confondre.
(éd. de 1862, t. IX, p. 98)

Mais je n'ai pas dit encore ce que les pécheurs endormis ont le plus à craindre. Pour eux ils n'appréhendent que la mort subite; et comme ils veulent se persuader, malgré l'expérience et tous les exemples, que leur vigueur présente les en garantit, ils découvrent toujours du temps devant eux. Mortels téméraires et peu prévoyants, qui croyons que la justice divine n'a qu'un moyen de nous perdre ! Non, mes frères, ne le croyez pas. Nous sommes souvent condamnés et souvent punis terriblement, avant que la vengeance se déclare, avant même que nous la sentions.
(p. 107)

(3)

Je ne veux point rechercher maintenant d’où vient cette insensibilité de conscience, qui fait que quelques pécheurs n’ont point de crainte des menaces de Dieu, et que même ils osent avoir une espérance certaine de leur salut ; mais après avoir montré que leur foi est maudite, je dis seulement que leur espérance l’est aussi ; et de quelque part que vienne ce repos, c’est l’extrémité des malheurs de l’impie, parce que c’est la marque assurée de sa perte et de sa damnation éternelle […] cette fausse espérance montre que l’impie n’a point la crainte de Dieu et par conséquent que son état est formellement opposé aux premières grâces du Ciel, nécessaires pour sa conversion.
(in Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés publiés par l'abbé Migne, 1844-1866, t. VI, p. 882)

La fausse confiance, accompagnée de présomption, ne garde point cet ordre ; elle est toute dans l’avenir, et ne pense point à réparer le passé, ni à bien régler le présent. Ecoutez ce pécheur, il dit que Dieu lui donnera dans quelques années des grâces fortes et victorieuses pour se convertir ; que Dieu l'assistera à l'heure de sa mort et qu'il lui fera dire le bon peccavi. Cependant il ne se met point en peine de réparer les injures qu'il a faites à Dieu, il ne règle point ses passions, il ne corrige point ses vices.
(ibid., p. 889)




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