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Le...


"- Ne vous a-t-il point pris, Agnès, quelque autre chose ? (La voyant interdite) Ouf ! - Hé ! il m'a... - Quoi ? - Pris...- Euh ! - Le... - Plaît-il ? - Je n'ose, Et vous vous fâcherez peut-être contre moi."
L'Ecole des femmes, II, 5 (v. 571-573)

Une équivoque sur le "le.." agrémentait le "Prologue de Rien", recueilli dans les Fantaisies de Bruscambille (1615) (1)

Le "le.." d'Agnès est abondamment commenté

L'auteur des Observations sur une comédie de Molière intitulée Le Festin de Pierre (1665) y fera encore allusion (5)


(1)

Rien, rien, je ne le ferai pas, je n'y suis pas tenu, bien que pour ce faire je sois fourni de fil et d'aiguille. Voulez-vous savoir, Mesdames, le sujet de ma juste colère ? C'est que mes confrères soutiennent, par une infinité de beaux arguments, que je suis tenu de vous le faire, que ma qualité m'y oblige, bref qu'il faut que je vous le fasse. Eh bien, il n'y a remède, puisque votre mérite et mon devoir me sollicitent de vous le faire pour la décharge de ma conscience, je vous le ferai donc !
Que la sueur ne vous monte point sur le front, Mesdames, j'entends le prologue, pource que, n'ayant pas assez de matière, pour le reste il faudrait coter en marge déficit et peut-être qu'à la fin je serais contraint de renoncer à faute de triomphe.
(p. 48)
(indication aimablement fournie par Luke Arnason)

(2)

Donneau de Visé, Zélinde (1663) :

ARGIMONT :
Enfin nous voici à ce mot de deux lettres, qui a fait tant de bruit, à ce le...
ORIANE :
Vous pourriez passer dessus.
ARGIMONT :
Ce le...
ORIANE :
Laissez ce le.
ARGIMONT :
Je prétends faire voir, par les grimaces d'Arnolphe, par les vers qui précèdent ce le, par ceux qui le suivent, et par vingt circonstances que...
ORIANE :
C'est assez, je n'en veux pas savoir davantage, et si...
ARGIMONT :
Ah ! Madame, excusez, ce le me faisait oublier que je parlais à vous.
à part.
La rougeur qui lui est monté au visage fait assez voir que ce le a perdu sa cause.

(sc. III, p. 33-34)

ZELINDE
Je ferai voir que son Ecole des femmes est la plus méchante pièce qui ait jamais été faite, et que sans ce le, cet impertinent le qu'il a pris dans une vieille chanson, l'on n'aurait jamais parlé de cette comédie. Il aurait été bien fâché que l'on ne l'eût pas pris dans le sens qu'on a fait, mais si ce le est cause que l'on a tant parlé de la pièce, il a pour le mettre été obligé de faire une faute considérable, puisque ce le est cause qu'Horace dément son caractère. C'est un jeune homme qu'il dépeint fort amoureux ; il rencontre une niaise, qui lui laisse baiser ses mains et ses bras, et qui avoue qu'elle lui en eût accordé davantage, s'il lui eût demandé ; cependant, au lieu de pousser sa fortune, il se contente de lui prendre un ruban. L'on connaît bien par là que l'auteur a plus regardé le jeu que ce le faisait au théâtre, que la vraisemblance.

(sc. VIII, p. 104-105)

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(3)

Boursault, Le Portrait du peintre (1663) :

LE COMTE :
[...] Tout exprès
La marquise y courait pour voir le le d'Agnès
ORIANE :
Je l'ai vu, que je l'aime, et que j'en suis contente :
Ce le, c'est une chose horriblement touchante ;
Il m'a pris le... Ce le fait qu'on ouvre les yeux.
LE COMTE :
Oui ce le, Dieu me damne, est un le merveilleux :
Quand je vis que l'actrice y faisait une pause
Je crus que l'innocente allait dire autre chose.
Et le ruban, ma foi, je ne l'attendais pas.
ORIANE :
Et ce le, pour Madame eût-il beaucoup d'appâts ?
AMARANTE :
J'en dirais mon avis, ne pouvant m'en défendre,
Mais qui s'en resouvient prit plaisir à l'entendre,
Et moi de qui l'esprit s'en est peu soucié,
A peine l'eus-je appris que je l'eus oublié.
ORIANE :
A le revoir pour moi je serais toute prête,
Ce le toute la nuit m'a tenu dans la tête
Ma chère ; aussi ce le charme tous les galants.
LE COMTE :
En effet, j'en vois peu qui ne donnent dedans,
La beauté de ce le n'eût jamais de seconde.
CLITIE :
Il est vrai que ce le contente bien du monde,
C'est un le fait exprès pour les gens délicats.
AMARANTE :
Elle est maligne, au moins, ne vous y fiez pas,
Car je sais que ce le lui paraît détestable.
CLITIE :
Il est vrai, ma cousine, il me semble effroyable,
Mais ce le par Madame est si bien appuyé
Que je meurs de regret qu'il nous ait ennuyé.

(sc. IV, p. 13-14)

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(4)

La Croix, La Guerre comique (1664) :

ALCIPPE.
Est-ce point ce "le..." Que Monsieur veut dire ? Vous ne répondez pas. Est-ce ce "le..." Qui blesse vos oreilles chastes ?
ROSIMON.
Mon silence fait connaître assez que je n’ose le nommer.
ALCIPPE.
Parbleu voilà bien de quoi ! Un mot de deux lettres vous fait peur, que deviendrez-vous donc s’il y en avait davantage ?
ROSIMON.
Cela est infâme, cela est épouvantable, on ne peut souffrir des choses si déshonnètes.
PHILINTE.
Vous avez donné des mémoires pour faire le Portrait du Peintre.
ROSIMON.
Moi Monsieur ?
PHILINTE.
Ce que je dis n’est pas sans apparence, car ce "le..." y est expliqué en termes fort intelligibles, et en même sens que vous faites.
ALCIPPE.
Ma foi ces Vers du Portrait du Peintre me plaisent fort. Ils sont naturels au dernier point ; Et
Il est vrai que ce "le..." charme tous les galants.

CLÉONE.
Alcippe, je vous prie…
ALCIPPE.
Ce "le..." ne doit pas vous déplaire.
En effet j’en vois peu qui ne donnent dedans.

MÉLASIE.
Alcippe m’obligerait s’il voulait se taire.
ALCIPPE.
Vous auriez grand tort Madame de vous offenser d’une chose si charmante.
La beauté de ce "le..." n’eut jamais de seconde.

CLÉONE.
Fi donc Alcipe, fi, voyez-vous pas que cela est infâme ?
ALCIPPE.
Ma foi quoi que vous puissiez dire contre lui.
Il est vrai que ce "le..." contente bien du monde.

MÉLASIE.
Vous êtes insupportable Alcippe.
CLÉONE.
Mais Alcippe, taisez-vous donc.
ALCIPPE.
Faites moins la sucrée, il n’a que des appas,
C’est un "le..." fait exprès pour les gens délicats.
(Dispute deuxième, p.55-59)

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(5)

Observations sur une comédie de Molière intitulée Le Festin de Pierre (1665):

Quelquefois c’est une innocente qui tourne par des équivoques étudiés l’esprit à de sales pensées, et Molière le fidèle Interprète de sa naïveté tâche de faire comprendre par ses postures, ce que cette pauvre Niaise n’ose exprimer par ses paroles.
(p. 15-16)




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