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La quantité des sottes visites


"La quantité des sottes visites qu'il vous faut essuyer parmi les autres, est cause bien souvent que je prends plaisir d'être seule. - La délicatesse est trop grande, de ne pouvoir souffrir que des gens triés. - Et la complaisance est trop générale, de souffrir indifféremment toutes sortes de personnes."
La Critique de L'Ecole des femmes, sc. I

Dans la troisième partie (1657) de la Clélie de Madeleine de Scudéry, une discussion s'engageait de la même façon sur la question de savoir s'il faut souffrir les visites fâcheuses (1).

La question de l'attitude à adopter face aux "visites importunes", pour laquelle une solution est proposée un peu plus loin ("qu'on aille dire que je n'y suis pas"), sera à nouveau abordée dans Le Misanthrope ("à recevoir le monde toujours prête", "que me veut cette femme?").

Dans L'Ecole des femmes, Arnolphe, conformément à toute une littérature morale, condamnait l'aspect pernicieux des visites ("que visiteraient marquis et beaux esprits").


(1)

Mélisère [...], étant venue la [Lindamire] voir, se mit à lui faire ingénieusement la guerre de ce qu'elle souffrait trop facilement que toutes sortes de gens la visitassent.
- Eh ! bons dieux, lui dit-elle agréablement en entrant, qu'on est heureux de ne trouver qu'un honnête homme avec vous, et de ne vous voir point environnée de cent personnes dont on ne se soucie point, dont vous ne vous souciez pas vous-même, et que vous endurez sans en pouvoir dire une bonne raison. [...]
- [...] étant de la condition dont je suis, il n'est pas aisé que j'empêche qu'on ne me cherche.
- Il est vrai, reprit Mélisère, mais vous pourriez très souvent si vous vouliez empêcher qu'on ne vous trouvât.
- Pour moi je vous confesse, répliqua Lindamire, que je n'ai pas l'inhumanité de faire des rudesses à des gens qui me viennent voir, car ne sont-ils pas assez malheureux de n'être point aimables, de n'être point aimés, d'être rebutés partout, sans que je les accable encore ? et il me semble que j'ai bien plutôt fait de les laisser là par pitié, que de me donner la peine de les chasser pour les envoyer en quelque autre lieu où ils incommoderaient encore plus qu'ils ne m'incommodent.
(Madeleine de Scudéry, Clélie, Troisième partie, livre 2, p. 888-889)




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