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La première nuit de nos noces


"C'est bien à toi, vraiment, à te plaindre de cette affaire: devrais-tu être un seul moment, sans rendre grâces au Ciel de m'avoir pour ta femme, et méritais-tu d'épouser une personne comme moi ?
- Il est vrai que tu me fis trop d'honneur: et que j'eus lieu de me louer la première nuit de nos noces. Hé! morbleu, ne me fais point parler là-dessus, je dirais de certaines choses..."
Le Médecin malgré lui, I, 1

De nombreuses plaisanteries sur la vertu douteuse des jeunes épousées (voir aussi Georges Dandin: "j'y ai déjà été attrapée") circulaient dans les recueils plaisants des années 1640 à 1660 :

Plaisant discours d’un jeune homme qui pensait épouser une pucelle ; et de la gausserie qui lui fut faite le jour de ses noces par sa fiancée.

Une bonne rusée du pas de mouche, s’étant en harnachée avec un borgne qui la croyait pucelle, ne se put jamais retenir de rire le jour de ses noces, et chanter à tous propos, mon Dieu qu’il y en aura de bien trompés. […] Enfin le bon jobe de mari qui n’entendait pas le sens des paroles de sa chanson lui répliqua vous serez la première trompée (mon cœur) en perdant votre pucelage, la bonne bête de fille, qui y avait prévu de bonne heure, entendant ce mot de pucelage pensa pâmer de rire […]. Mais il trouva véritablement l’effet de la chanson, en ce que pensant avoir seul la clef de la pudicité de sa femme, il rencontra une serrure que l’on avait souvent crochetée, tellement que ne sachant comme quoi digérer cette pilule, lui dit à demi en colère, comment mon cœur est-ce cela la foi que m’aviez promise, faites vous si peu d’état de moi, n’avez-vous point honte de me donner le reste des autres […] Toutefois craignant le scandale passa le tout sous silence, aimant mieux porter les cornes d’une coudée de haut, que de déclarer sa femme de mauvaise vie.
(Le Facétieux Réveil-matin des esprits mélancoliques ou Remède préservatif contre les tristes, Leyde, 1643, p. 178-182)

Tromperie d’une épousée

Un nouveau marié, la première nuit de ses noces louant sa maîtresse de ce qu’elle n’avait jamais voulu condescendre à ce qu’il lui avait demandé durant leurs fiançailles, jusques à ce qu’ils fussent épousés, elle lui répondit franchement, je n’avais garde de me laisser aller à vous, bien que je vous aimasse beaucoup, car on m’y a trop souvent affinée.
(Les Divertissements curieux, ou Le Trésor des meilleures rencontres et mots subtils de ce temps, Lyon, Jean Huguetan, 1650, p. 35)

D’une nouvelle mariée

Une jeune fille le jour qu’elle fut mariée, eut quantité de conviés à ses noces, comme l’on dansait un des parents du marié, bon compagnon et qui aimait à rire, entretenant la mariée de ce qui devrait arriver la nuit, comme on a accoutumé de faire à toutes les filles qui sont en pareil état, en riant lui va dire, ma cousine (car il l’appelait ainsi, puisqu’elle avait épousé son cousin) attend que je mesure la grosseur de ton col, je te dirai si on te fera bien du mal cette nuit, oui ce dit-elle, je pense que vous êtes un grand devineur, en disant cela il lui mesure la grosseur de son col, et la longueur de sa tête, et lui dit, ma foi, cousine, on ne te fera point de mal, à quoi le voyez-vous, lui dit-elle, je le vois en ce que je connais que tu n’es point pucelle, et que mon cousin est cocu en vert, il disait cela par raillerie, faisant semblant de s’y connaître, mais la jeune épousée, ne le prenait point de pire moquerie que le vrai, cela la piqua, de sorte qu’après lui avoir conté mille injures, elle se mit à pleurer, dont ses parents la voulant consoler lui dirent qu’il ne l’avait dit que par risée, et qu’il ne s’y connaissait pas : Il ne l’a point dit pour riren dit-elle, il s’y connaît fort bien, et c’est ce qui m’en fâche. A votre avis ne valait-elle pas bien deux témoins.
(Les Récréations françaises, ou nouveau recueil de contes à rire, Rouen, Pierre Ferrand, 1665, t. I, p. 125-126)

[Autre plaisanterie sur le même sujet : Les Récréations françaises, ou nouveau recueil de contes à rire, Rouen, Pierre Ferrand, 1665, t. II, p. 296-297]




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