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La devise royale


Apollon au bruit des trompettes et des violons entre par le portique, précédé de six jeunes gens, qui portent des lauriers entrelacés autour d'un bâton, et un soleil d'or au-dessus avec la devise royale en manière de trophée.
Les Amants magnifiques, Sixième intermède, cinquième et dernière entrée de ballet.

Les commentaires de la devise royale sont nombreux : depuis le carrousel de 1656, le corps de la devise est un soleil dardant et depuis le carrousel de 1662, l’âme en est Nec pluribus impar : « il n’est pas inégal à plusieurs » ou « il pourrait gouverner plusieurs royaumes ».

Cette devise avait été contestée comme appartenant au roi d'Espagne Philippe II dans un ouvrage de Filippo Picinelli, Mondo Simbolico (Venise, 1670), réfuté par Claude-François Ménestrier dans La Devise du Roy justifiée avec un recueil de 500 devises faites pour S. M. et toute la maison royale (1679).

Elle est commentée et expliquée par:

  • Madeleine de Scudéry, La Promenade de Versailles (1669) (1)
  • Dominique Bouhours, Entretiens d’Ariste et d’Eugène (1671) (2)
  • Louis XIV, Mémoires pour l’année 1662 (3)


(1)
…elle me demanda l'explication de la figure du Soleil qu'elle voyait en divers lieux. Je lui dis alors que c'était la devise dont le Roi s'était servi dans un Carrousel qui avait été fort magnifique et fort galant; et qu'en effet, on ne pouvait prendre un corps de Devise plus noble que celui-là pour le Roi, et où il se trouvât plus de choses capables de convenir à un Prince qui était la lumière du monde, et qui avait été donné à la France, pour la combler de gloire.
(p. 26-27)

(2)

Nec pluribus impar.
Cette devise arrêta les yeux d’Eugène, et remplit tellement son esprit, qu’aussitôt qu’ils furent au bord de la mer, il faut avouer, dit-il, qu’il n’appartient qu’à notre auguste Monarque de porter une devise aussi héroïque que celle qu’il porte depuis quelques années. A la vérité, répondit Ariste, ce grand Prince ne pouvait prendre un symbole plus illustre, ni plus digne de lui que le Soleil, ce bel astre est son véritable portrait.
(p. 258-259)

Depuis que le Roi a pris un Soleil pour symbole, et qu’il s’est approprié ce bel astre, pour m’exprimer de la sorte, les personnes un peu éclairées prennent le Soleil pour lui ; on conçoit en même temps l’un et l’autre.
(p. 306)

(3)

Je crus que, sans s’arrêter à quelque chose de particulier et de moindre, elle devait représenter en quelque sorte les devoirs d’un prince, et m’exciter éternellement moi-même à les remplir. On choisit pour corps le soleil, qui, dans les règles de cet art, est le plus noble de tous, et qui, par la qualité d’unique, par l’éclat qui l’environne, par la lumière qu’il communique aux autres astres qui lui composent comme une espèce de cour, par le partage égal et juste qu’il fait de cette lumière à tous les divers climats du monde, par le bien qu’il fait en tous lieux, produisant sans cesse de tous côtés la vie, la joie et l’action, par son mouvement sans relâche, où il paraît néanmoins toujours tranquille, par cette course constante et invariable, dont il ne s’écarte et ne se détourne jamais, est assurément la plus vive et la plus belle image d’un grand monarque.
Ceux qui me voyaient gouverner avec assez de facilité et sans être embarrassé de rien, dans ce nombre de soins que la royauté exige, me persuadèrent d’ajouter le globe de la terre, et pour âme nec pluribus impar : par où ils entendaient ce qui flattait agréablement l’ambition d’un jeune roi, que, suffisant seul à tant de choses, je suffirais sans doute encore à gouverner d’autres empires, comme le Soleil à éclairer d’autres mondes, s’ils étaient également exposés à ses rayons. Je sais qu’on a trouvé quelque obscurité dans ces paroles, et je ne doute pas que ce même corps n’en pût fournir de plus heureuses. Il y en a même qui m’ont été présentées depuis ; mais celle-là étant déjà employée dans mes bâtiments et en une infinité d’autres choses, je n’ai pas jugé à propos de la changer. »
(éd. J. Longnon, Tallandier, 2001, pp. 135-136)




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