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La campagne de Flandre dans les Continuateurs de Loret en 1667


La campagne de Flandre est menée durant les mois qui précèdent et qui suivent la création d'Amphitryon. La comédie de Molière fait plusieurs allusions subtiles à ce contexte.

Le reflet des épisodes militaires qu'offrent les gazetiers nous permet de saisir à quel point ces circonstances sont présentes à l'esprit du public de Molière.


Lettre du 15 mai 1667, par Robinet.

-La guerre est en vue (guerre de dévolution) :

Mais, à propos de Tambour, Qu’est-ce
J’ois sans cesser battre la Caisse,
Je ne vois qu’Armes et Drapeaux,
Que Fantassins et que Chevaux,
Lesquels partent de cette Ville,
Remplis d’une guerrière Bile,
Et LOUIS même, avec sa COUR,
S’en va partir au premier jour :
Ce n’est pas pour tirer aux Merles
Et ni pour enfiler des Perles,
Je le gagerais, ma foi, bien ;
Mais ne disons encore rien.

Lettre du 22 mai 1667, par Robinet.

-La guerre :

Mais n’en parlons pas davantage,
Il est dispensé du Voyage
Que fait la REINE, en bel arroi,
Sur la FRONTIÈRE, avec le ROI,
Car, enfin, ce digne Monarque,
Où tant de Hauteur on remarque,
S’en va s’avancer, à grands pas,
Dans le fin cœur des PAYS-BAS,
Précédé de la RENOMMÉE
Et même suivi d’une ARMÉE
De soixante mil COMBATTANTS,
Qui sont tous de terribles Gens.

Mais, quoi ? le Grand Porte-Couronne
Ne veut faire mal à Personne
Et ne marche, il est bien certain,
À si grand bruit et si beau Train,
Comme Foi de Prince il l’atteste
Lui-même, par maint Manifeste,
Que pour forcer quelque ILION
Dont la louche REBELLION
Fermerait la Porte à la REINE,
Méconnaissant sa Souveraine,
Et qui dénierait en un mot,
Dans le BRABANT, dans le HAINAUT
Et dedans les autres PROVINCES,
Tant les grosses comme les minces,
Ce qui, selon toute équité,
Appartient à sa MAJESTÉ,
Comme clairement on le prouve
Dans l’Impression toute neuve
Des TRAITÉS donnés ric à ric,
Même en trois Langues au Public.
[XXX.]

Mais quels Peuples, d’âme tigresse,
Ne recevraient pas la PRINCESSE
Et, de bon cœur, ne rendraient pas
Hommage à tant de grands Appâts
Qui, joints à la Haute Naissance,
Font voir, avec trop d’évidence,
Qu’on ne peut en plus belles Mains
Mettre l’Empire des Humains ?

Aussi LOUIS, et bon et sage,
Avant qu’aller à son Voyage,
Lui remit, avec grand éclat,
Les Soins du dedans de l’État,
Lui laissant la pleine Puissance
De la Souveraine RÉGENCE,
Et SA MAJESTÉ mêmement
Le fit savoir au PARLEMENT,
Ainsi qu’à la CHAMBRE DES COMPTES
(Ce que je dis ne sont point contes),
Et je dois ajouter ici :
À la COUR DES AIDES aussi.

Sur cela, cette REINE illustre
Reçut, en son royal Ballutre,
Les Respects de leurs DÉPUTÉS,
Qui furent d’aise transportés
À l’aspect de telle RÉGENTE,
Également sage et charmante.

Au reste, il n’est rien de pareil
À notre Guerrier Appareil ;
On dirait qu’il est fait pour peindre,
Mais il n’en est pas moins à craindre.

Tous ces riches Accoutrements,
Tous ces lestes Ajustements ;
Ces superbes Orphévreries,
Ces Plumes et ces Broderies,
Qu’on voit jusques aux Gens de Pied,
Sont pour protester amitié,
D’une façon plus solennelle
Et plus éclatante et plus belle,
Avecque Messieurs les FLAMANDS,
S’ils ont pour nous des Sentiments
De chers et bon Compatriotes,
Ennemis de toutes Riotes.
Mais s’ils ne parlent pas Français
Et s’ils paraissent discourtois,
Cette même Magnificence
Servira, comme je le pense
(Et je le pense tout de bon),
À les réduire à la Raison
D’une façon plus solennelle,
Et plus éclatante et plus belle,
Car nos Gens, bien certainement,
Sont des Gens Braves doublement
Et qui joindront, sans raillerie,
La Bravoure à la Braverie.

Lettre du 29 mai 1667, par Robinet.

-La guerre :

Mais, quant à nous, avec l’ESPAGNE
Je vois qu’on parle de CAMPAGNE
Et que chacun, de son côté,
Remet la Rapière au côté.

Qui rompt donc ? Ce n’et pas la FRANCE,
Et la Chose est en évidence :
Elle demande seulement,
Justement, équitablement,
Les DROITS de son aimable REINE,
De son auguste Souveraine,
Et l’on les lui refuse : ERGO,
N’en déplaise à DOM RODRIGO,
C’est l’ESPAGNE, je l’en assure,
Qui seule fait cette Rupture.

Ce GOUVERNEUR des PAYS-BAS
Ces raisons-là ne goûte pas
Et, craignant fort qu’on lui démembre
De son Régime quelque Membre,
Se trémousse par Monts, par Vaux,
Et dans ses Postes principaux
Essaye de mettre tel Ordre
Que le FRANCAIS n’y puisse mordre.

Il n’omet rien enfin, mais quoi ?
Que fera-t-il contre un grand ROI
Couvert de splendeur et de gloire,
Qu’a toujours suivi la VICTOIRE
Aux Lieux où sa MAJESTÉ va
Et qu’il aurait conquis déjà
Si l’AMOUR, par de divins Charmes,
N’eût de ses mains fait choir les Armes,
En lui faisant voir les beaux Yeux
De THÉRÈSE, FILLE DES DIEUX.

Ce majestueux et beau SIRE,
Digne d’un MONDE pour EMPIRE,
Ayant, avec sa grande COUR,
Fait dans AMIENS quelque Séjour,
Est venu gîter vers PÉRONNE,
Et partout ses Ordres il donne
Avecque tant d’activité
Qu’on admire sa MAJESTÉ.

-Alors que le roi son père est en campagne, le Dauphin prend ses quartiers à Compiègne :

Notre DAUPHIN, plus beau qu’un Ange
Et digne de haute louange,
Avecque sa brillante Sœur,
Qui règnera sur maint grand Cœur,
À COMPIÈGNE, honorable Ville,
A fait choix de son Domicile,
Où le LIEUTENANT GÉNÉRAL
Lui fit un Compliment royal,
Auquel sa digne GOUVERNANTE,
Maréchale illutre et charmante,
Avecque grâce, avec esprit,
Et du fort bel air répondit.

Cet HÉRITIER de la COURONNE,
Que déjà la Gloire environne,
Ayant passé par CHAMPLÂTREUX,
UN PRÉSIDENT des plus heureux
L’y régala de belle sorte,
Ainsi qu’une Lettre le porte,
Comme il avait aussi traité
Et l’une et l’autre MAJESTÉ,
Avecque leur SUITE, à trois TABLES,
Où les Mets les plus manducables [sic.]
Furent servis profusément
Et même aussi très galamment.

-Monsieur en est également :

Le beau PREMIER MONSIEUR DE FRANCE,
Prince d’une rare excellence,
Impatient de prendre part
Aux Travaux de notre CÉSAR,
Partit, JEUDI, dès que l’AURORE
Par ses pleurs vint enrichir FLORE,
Pour aller, en guerrier état,
Joindre l’auguste POTENTAT

Deux jours auparavant, ses Pages,
Bien morigénés et bien sages,
Tous à l’avantage ajustés
Et, qui plus est, très bien montés,
Ses cent Hommes à Hallebardes,
Ou cent Suisses, et ses cent Gardes
(Ceux-ci sur de bons Destriers,
De haute mine et fort guerriers),
Avaient pris cette route même,
Montrant une Liesse extrême ;
Et, parmi cet assez beau Train,
Étaient force Chevaux de Main,
Conduits par leurs Valets d’Étrilles,
Qui tous paraissaient de bons Drilles,
IDEM, quantité de Mulets,
Que leur Carillon rendait gais,
Nonobstant la pesante Charge
Qui couvrait leur Échine large,
Et, pour tout dire en peu de mots,
Grand attirail de Chariots,
Pleins de Tentes et d’Ustensiles
Pour gîter au Camp fort utiles.

Lettre du 5 juin 1667, par Robinet.

-Nouvelles de la guerre :

Mais, des Nouvelles Étrangères,
Passons enfin à nos Affaires
Et discourons un peu du ROI :
Il le mérite bien, ma foi,

Cet illustre AMANT de la GLOIRE,
Ce FAVORI de la VICTOIRE,
Suivant leurs ravissants Appas,
Nuit et jour s’avance à grands pas
Dans les Routes que ces deux Frères
Ouvrent à ses Ardeurs Guerrières,
Et conduites par l’Équité,
Sa magnanime MAJESTÉ,
Sans se rapporter à Personne,
Incessamment les ordre donne,
Pose les Gardes, fait les Camps
Et règle les Détachements,
Si bien que, Seule à Soi semblable,
On ne voit qu’Elle infatigable.

Les dernières Nouvelles sont
Qu’ayant fait prendre, à VILLEPONT,
Du Pain pour cinq ou six journées
À ses TROUPES bien ordonnées,
Et distribuer aux Cavaliers
Des Outils jusqu’à dix milliers,
Elle était de ce Lieu partie
Pour une importante PARTIE,
En son Chemin côtoyant MONTS,
Dans un Pays tout plein de Monts ;
D’où je conçois de grandes Choses,
Mais ce sont encor Lettres closes.

Cependant force jeunes Gens,
Et mêmement des premiers Rangs,
Bon gré, mal gré notre MONARQUE,
Désirant donner quelque marque
Qu’ils sont pourvus d’un noble Cœur
Et qu’enfin ils aiment l’Honneur,
Vont chercher comme VOLONTAIRES
Des Occasions militaires,
Et MONSIEUR LE DUC en est un
Qui n’est point du tout du commun ;
ITEM, est en Ligne de compte
De SAINT PAUL, cet aimable COMTE,
Et d’ARMAGNAC pareillement,
Autre COMTE encor si charmant,
D’AUVERGNE, lequel tout de même
Est un COMTE qu’aussi l’on aime ;
ITEM, notre DUC de BOUILLON,
PRINCE friand du beau RENOM,
S’il en est un dans la Nature,
Sans à nul autre faire injure,
Et, bref, le COMTE de NOGENT,
Qui sera toujours diligent
À manifester son Courage
Contre qui voudra, je le gage.

Ce que je dis là ne plaît pas
AU GOUVERNEUR des PAYS-BAS,
Et, comme il prévoit des Disgrâces
Pour ses plus importantes Places,
Il en fait démolir plusieurs,
Pour unir ses forces ailleurs,
Entre autres ainsi, la BASSÉE
Est une Ville délaissée,
Comme aussi CONDÉ, SAINT-GERMAIN,
Démantelés rez le Terrain.
Mais on s’est saisi d’ARMENTIÈRE[S],
Se trouvant encor toute entière,
Et l’on dit que les HABITANTS
En ont tous paru bien contents.

-La reine a rejoint le Dauphin à Compiègne :

Ayant parlé de notre AUGUSTE,
Il est, ce me semble, bien juste
De mettre quelque chose Ici
De sa divine ÉPOUSE aussi.
Sachez donc que cette PRINCESSE
Remplit COMPIÈGNE d’allégresse,
Et qu’on est en cette CITÉ
Ravi de voir sa MAJESTÉ,
Qu’accompagne MADEMOISELLE,
Pour qui j’eus toujours un grand zèle.
Comme, en maints Chapitre divers,
Je l’ai témoigné par mes Vers.

Lettre du 12 juin 1667, par Robinet.

-Charleroi est tombée :

D’abord, deux OBJETS glorieux
Attirent nos Soins devers EUX
Et veulent nos premières Rimes,
Avec nos Respects légitimes :
C’est notre charmant COURONNÉ,
Notre grand HÉROS, DIEUDONNÉ,
Et MONSIEUR, son UNIQUE FRÈRE,
Qui le suit dans cette Carrière
Où la VICTOIRE avecque MARS
Marchent dessous nos Étendards.

C’est l’Article aussi que je pense
Qu’avec le plus d’impatience
À présent le Lecteur attend ;
Mettons-le donc au premier Rang.

Après une Marche ennuyeuse,
Qu’une Influence pluvieuse
Et même un froid contre Saison,
Dont je ne sais pas la raison,
Rendait incommode, sans doute,
Autant que mauvaise le Route,
Notre Illustre et belliqueux ROI
Arriva dedans CHARLEROI,
De ce Mois courant le deuxième.
Ayant été laissé, de même
Que d’autres Postes importants,
Faute de Cœur ou bien de Gens
Aux ESPAGNOLS, pour les défendre
(Car c’est ce que j’en puis comprendre),
Ledit FORT-CHARLE [sic.] était sans Corps
Et n’avait plus que les Dehors ;
Mais, comme on vit que cet Ouvrage
Serait d’un notable avantage
Pour s’ébaudir dans le Pays,
Il fut résolu par LOUIS,
Lequel dès lors y prit son Gîte,
Qu’il serait refait au plus vite ;
Depuis, MONS, BRUXELLES, NAMUR
Et LOUVAIN tremblent, pour le sûr.

Au reste, il faut que chacun sache
Que tous les PARTIS qu’on détache
Ne trouvent que des Gens de bien,
Qui ne leur disent du tout rien,
Ou qui, d’une humeur très honnète,
Leur font et compliment et fête,
Tant les Peuples, en bonne foi,
Souhaitent de se voir au ROI.
Exceptez-en quelques douzaines,
Ou, tout au plus, quelques centaines,
Lesquels, encor dedans l’erreur
Que LOUIS seul est le ROI leur,
Se croyant à CELUI du TAGE,
Ne montrent pas une Âme sage,
Mais qui, sans doute, en peu de temps,
Reviendront dedans leur bon sens.

Où donc ce Peuple sera Maître,
Notre MONARQUE pourra l’être,
Gagnant de tout chacun le Cœur
Par une obligeante douceur,
Avec laquelle, en conscience,
Sa MAJESTÉ donne audience
Mêmes aux plus chétifs Palots,
Qui, de joie, en chantent son los,
Souhaitant qu’un si charmant SIRE
Les ait bientôt sous son Empire.

Monsieur de CASTEL RODRIGO,
Qui vit, dans BRUXELLE, à gogo,
Ne pouvant le souffrir qu’à peine,
En a, je pense, la Migraine.

Le DUC d’ARSCOT, dans MONS
En est plus jeune que Souci
Et jouera, je vous proteste,
Pour l’empêcher, de tout son reste.

Enfin, le PRINCE de CHIMAY
N’en paraît pas non plus fort gai,
En LUXEMBOURG, je m’imagine,
Et songe avec quelle Machine
Il pourra détourner ce coup ;
Mais on ne les craint pas beaucoup,
Et, s’ils sont trois, notre grand SIRE
Leur peut, ce me semble, bien dire :
« Messieurs, nous sommes trois aussi
« Qui vous feront la Figue Ici, »
Car il a, pour combler sa Gloire,
Avec Lui MARS et la VICTOIRE.

-La reine doit retrouver le roi :

Que dis-je ? il a vraiment bien plus,
Et ces deux lui sont superflus :
Il a notre adorable REINE,
Qui s’en va le rendre, sans peine,
Par ses victorieux APPAS,
Triomphant dans les PAYS-BAS,
Car j’ai su que cette HÉROÏNE,
Par qui la Déesse CYPRINE
Est effacée entièrement,
Allait le joindre promptement
Dans AVESNE, et non dans NIVELLE,
Ainsi qu’en courait la Nouvelle.

Or, alors, le petit AMOUR,
Sortant de ses YEUX, son SÉJOUR,
Et là partout brûlant les Âmes
De ses plus légitimes flammes,
Lui fera rendre, en moins de rien
Et sans coup férir, tout son Bien,
Malgré, ma foi, la vaine Intrigue
De Monsieur de CASTEL RODRIGUE
Et de ses deux autres Suppôts,
Qui n’ont pas beaucoup de repos.

Lettre du 19 juin 1667, par Robinet.

-Le Roi laissant la guerre arrive à AVESNE pour retrouver la reine :

Est-il de plus belle Matière
Pour nous donner ample Carrière,
Par Exemple, que ce que fait
Notre MONARQUE si parfait,
Et par un plus charmant Chapitre
Puis-je initier mon Épître ?
Non, non, il en sera l’ALPHA,
Et je vais débuter par là,
Ainsi que dans ma précédente,
Qui fut trouvée assez coulante.

LOUIS donc, ce merveilleux ROI,
Laissant au Camp de CHARLEROI,
Pour commander en son absence,
L’illustre PHILIPPES de FRANCE,
En partit le huit du COURANT,
Afin d’aller, toujours courant,
À son doux Rendez-vous d’AVESNE,
Pour y voir notre auguste REINE,
QUI, dis-je, toujours courant, car,
Comme à présent ce vrai CÉSAR
Est tout entier à la VICTOIRE,
Où l’emporte la belle GLOIRE,
Il s’y dérobait, en ce jour,
Pour satisfaire à son AMOUR
Et puis pour retourner vers Elle
Lui montrer son belliqueux zèle.

Mais Elle ne l’attendit pas
Et, volant presque sur ses pas,
Elle fut, en ce Lieu d’AVEINE [sic.],
Aux côtés de la belle REINE,
Lui ceindre le FRONT du LAURIER
Que, par les Mains d’un grand GUERRIER,
Et qui sait bien les Villes prendre,
Elle avait cueilli dans la FLANDRE,
Réduisant BERGUE promptement,
Et par PÉLUDE seulement.

Le GOUVERNEUR d’icelle Ville
Tranchait du Fier et de l’habile,
Mais notre MARÉCHALE d’AUMONT
Fit bientôt à ce Rodomont
Changer d’humeur et de langage,
Si bien donc que, pliant Bagage
Et comme un Mouton filant doux,
Il dit que BERGUE était à nous,
Qu’il était tout prêt de la rendre,
Ne pouvant certes le défendre
Contre des FRANCAIS si vaillants
Et si vigoureux Assaillants.

En effet, chacun y fit rage,
À l’envi montrant son courage :
Oui, jusqu’aux moindres Champions
Semblaient là de petits Lions,
Et l’on eût dit que, Chez Mandoce,
Ils allaient vraiment à la Noce,
Comme ils courraient, de l’air qu’il faut
Et tête baissée, à l’Assaut.

Mais, sur tous, le sieur du PASSAGE,
Homme de cœur autant que sage,
À l’Attaque qu’il conduisit,
Fit merveille, ce m’a-t-on dit,
Comme il est aisé de le croire
D’un Brave chérissant la Gloire.

Monsieur le DUC de ROANNEZ,
Qui pour tel aussi je connais,
N’en fit pas moins dedans la sienne :
C’est votre croyance et la mienne,
Car ce DUC à si grands Exploits
Est la FEUILLADE d’autres fois,
Et lequel épousa naguère
Cette belle et sage HÉRITIÈRE,
MAD’MOISELLE [sic.] DE ROANNEZ,
Possédant maints et maints Jaunets.
S’il exploite d’aussi belle erre
En Mariage qu’à la Guerre,
Il faut sur son Front allier
Le Myrthe avecque le Laurier ;
Mais cela c’est une autre Affaire,
Dont, Lecteur, vous n’avez que faire,
Retournons donc à nos Moutons,
Ou, disons mieux, à nos Lions,
Afin de t’achever la Liste
De ceux qui, marchant sur la Piste
De Chefs si braves et si preux,
Y firent en Gens valeureux.
Mais, comme elle est fort ample, en Marge
Je m’en vais la décrire au large :
XXX
Aussitôt que notre LOUIS
Eut tous leurs vaillants Faits ouis,
Il tint, dit-on, CONSEIL de GUERRE,
Et puis, en divers Lieux sur Terre.
On commanda plusieurs PARTIS
De bons Soldats, tous assortis,
Qui sauront, à coups de Rapières,
Comme on dit, tailler des Croupières
À tous ceux qu’ils rencontreront,
Qui le PAS leur disputeront.
Mais il ne s’en rencontre guères,
Car les ESPAGNOLS Adversaires
Se tiennent de tous les Côtés
À couvert dedans les Cités,
Ordonnant aux Gens des Villages
(Mais qui ne sont pas si mal sages)
De venir de notre Courroux,
Pour leur Nez, essuyer les Coups,
Vu même que notre Grand SIRE
Leur Bonheur seulement désire.

-Puis vient le temps de la séparation :

Or, après maints ordres donnés,
Les deux illustres COURONNÉS
Partirent et se séparèrent
Et, pour tout dire en bref, tirèrent
Chacun d’un et d’autre côté,
La PRINCIPALE MAJESTÉ
Retournant devers son ARMÉE
Qui de sa Présence est charmée,
Et la REINE, des Cœurs l’Aimant,
Vers COMPIÈGNE pareillement,
Ayant eu toujours avec Elle
L’HÉROÏNE MADEMOISELLE.

-La reine trouve son fils malade de la petite vérole :

Mais, justes Cieux, à son retour
Audit COMPIÈGNE, son Séjour,
Que trouva la belle PRINCESSE,
Et lors quelle fut sa tristesse ?

Elle y trouva le Teint de Lys
De notre DAUPHIN, son cher FILS,
Caché sous un malin nuage
Qui couvrait tout son beau Visage,
Et qu’avaient formé ces deux Sœurs [la Rougeole et la Petite Vérole.]
Dont partout l’on craint les laideurs,
Notamment chez le charmant SIRE,
Qui, par là moins beau, moins nous vexe.

Vous en sentez, il est certain,
Des craintes pour ce grand DAUPHIN,
Et je crois que toute la FRANCE,
Le sachant, en serait en trance.

Mais allez, calmez vos soucis :
Vous reverrez ce jeune LYS,
Ce mignard AMOUR, ce bel ANGE,
Si digne de notre Louange,
Plus brillant qu’il ne fut jamais ;
Pour le sûr je vous le promet,
Et de COMPIÈGNE l’on nous mande
Que son Mal tout à fait s’amende.

Du même Lieu l’on mande aussi
Que rien n’est pareil au souci
Qu’en prend l’illustre MARÉCHALE
Dans cette Occasion fatale,
Et qu’il ne faut sinon la voir,
Toutes les fois qu’on veut savoir
L’état du susdit jeune SIRE
Dont la santé chacun désire,
Se peignant si bien dans ses Yeux
Que c’est là qu’on le connaît mieux,
Soit par les traits de la Tristesse,
Soit par les Traits de l’Allégresse.

Terminant ce Chapitre-ci,
D’illec encor j’apprends ceci
Que MADAME, sa belle TANTE,
Pour qui présentement je chante,
Ayant envoyé tendrement
Et par un souci bien charmant
Apprendre là de ses nouvelles,
En paroles à peu près telles,
Il répondit à l’ENVOYÉ,
Paraissant lors tout enjoué :
Qu’il rendait de toute son Âme
Grâces de ces soins à MADAME,
Ajoutant à ce Compliment
Celui-ci, des plus joliment :
Qu’il était de MADEMOISELLE,
Sa jeune COUSINE, si belle,
Entièrement le SERVITEUR
Et qu’il l’aimait de tout son cœur,
Dieu sait, comme elle est bien apprise,
Si sans vert il peut l’avoir prise.

-Retour de la guerre :

Mais retournons à CHARLEROI.
Pour le remettre en bon arroi,
Dix mille hommes, non de main
Y travaillent de belle sorte,
Et trois fois mille Cavaliers
Apportent à ces Ouvriers
Des Palissades et Fascines,
Car, pour le surplus, les Ruines
Ont fourni les Matériaux
Nécessaires à nos Travaux,
De manière que le FORT-CHARLE [sic.]
Aussi vrai comme je vous parle,
Se relève encor aux Dépens
De l’ESPAGNOL, bien en suspens
De voir qu’un Poste qui lui coûte
Sept millions, sans aucun doute,
Ne sert (ô, pour lui que d’hélas !)
Qu’à nous ouvrir les PAYS-BAS.

Présentement, FURNES est battue,
Ou déjà peut-être abattue,
Et nous verrons au premier jour
Qu’une autre Place aura son tour ;
Mais faisons sur d’autres Manières
Rouler nos Rimes Gazetières.

Lettre du 26 juin 1667, par Robinet.

-Des nouvelles :

On comprend bien, comme je crois,
Que ces NOUVELLES sont du ROI,
Et, certe[s], l’on devine juste,
Car c’est d’abord de cet AUGUSTE
Que je veux, de belle hauteur,
Entretenir notre Lecteur.

SA MAJESTÉ si magnanime,
Qu’une ardeur équitable anime,
Ayant enfin vu CHARLEROI
En état de donner la Loi
À plusieurs Places ses Voisines,
Qui ne seront pas ses Cousines
Si ce n’est que, bien sagement,
Elles se rendent doucement,
A décampé le dix-septième, [Le 17 du mois de Juin.]
Avec une allégresse extrême.
Laissant dans ce Poste Royal,
Pour GOUVERNEUR, le sieur MONTAL,
Avec maint autre excellent Homme.
Le sieur de MONTAL en qualité de Lieutenant du Roi, XXX
Et bonne Garnison, en somme,
Si bien qu’on n’y trouve à qui parler.

À ce départ, la belle ARMÉE,
Merveilleusement animée,
Se munissant contre la Faim,
Pour huit jours, dit-on, prit du Pain,
Sans qu’on sut lors, sinon par doute,
Quelle devrait être sa route.

Mais, ayant çà de là tourné,
On l’arrêta devant TOURNAI,
Afin de sommer cette Ville
De vouloir être assez civile
Pour y laisser entrer nos Gens,
Et, comme le Coc de Léans
Y répondit par négative,
Étant de nature rétive,
On fit ce qu’on fait en tel cas,
Et, pour moi, je ne doute pas
Qu’à Jubé l’on ne le réduise
Et que la Place ne soit prise,
Voire que bien d’autres après
Ne suivent son Destin de près.

Cependant, ce que je puis dire
Et très certainement écrire
Est que, tout depuis DARIUS,
Bien moins méchant qu’OLIBRIUS,
On ne peut avoir vu d’Armée
Si pompeuse et si bien armée,
Et qu’enfin il n’est rien si beau
Lorgné du sublime Flambeau,
Dedans ses Routes éclatantes,
Que le PARC de nos riches TENTES.

Mais il faut ajouter ceci
Qu’ALEXANDRE est en celle-ci,
Et que Soldats et Volontaires
Y sont tous de grands Militaires.

D’autre côté, chaque OFFICIER
Si fort s’applique à son MÉTIER
Qu’en Botte (c’est sans menterie)
On n’en voit nul d’Infanterie,
Et que tous, à leur Poste allant,
Ainsi qu’en état d’Assaillants,
Ont un Valet avec la Pique,
Et cela pour faire la nique
À qui, croyant par trop en l’air,
Croirait les surprendre sans vert.

Au reste, c’est une merveille
Qui n’a pas non plus sa pareille
De voir comme, pour les Soldats
Et les plus fieffés Goujats,
Le Butin a si peu de Charmes
Qu’ils laissent jusques sous leurs Armes
Venir paître Brebis et Bœufs,
Et les Poules faire leur œufs,
Sans regards de concupiscence,
Non plus, en saine Conscience,
Que si c’étaient Dépôts sacrés
Et pour les Autels consacrés ;
Tellement que, d’un bout à l’autre,
L’ordre est tel dans ce bel OST nôtre
Que c’est, à dire la vérité,
La même Régularité.

Encor un mot de notre SIRE,
Dont jamais trop on ne peut dire.

Il n’est Mortel si vigoureux
Que ce MONARQUE généreux.
Il est, dès le point de l’Aurore
Jusqu’où l’on voit le Jour se clore,
Sans relâche sur son Cheval,
Plus fier cent fois qu’un Bucéphale,
Et, s’il faut qu’enfin il sommeille
Après une trop longue veille,
Cet infatigable HÉROS
Comme un Soldat prend son repos
Et sur la Paille, en grand volume.
Se couche, ainsi que sur la Plume ;
Si qu’alors chacun est, ma foi,
Couché de même que le ROI.

Mais qu’est-ce qu’on m’a dit encore ?
MONSIEUR, qu’après lui l’on adore,
Se mêle aussi semblablement
D’agir infatigablement,
Afin qu’en tout on le remarque,
Au second Rang, près du MONARQUE.

Après cela, que dirait-on
Si quelqu’un chantait sur le ton
De B mol [sic.] en cette Rencontre,
Et, bref, s’il ne faisait pas montre
D’une mâle et forte Vertu ?
Ah ! d’Honneur il serait perdu !

De FURNE, en mon autre Écriture,
Je devinai bien l’Aventure.
Depuis six jours, cette Cité
Était à notre MAJESTÉ,
Et le FORT de SAINT FRANCOIS même,
Tant, avec diligence extrême,
D’AUMONT sait, en expert Guerrier,
Cueillir un belliqueux Laurier.

Mais, à propos d’Exploits de Guerre,
Sur la Mer et non sur la Terre,
Le sieur CHEVALIER de CICÉ, [Chevalier de XXX.]
Au Métier de Mars très versé,
Avait, naguère, avecque gloire,
Réduit presque sous sa Victoire
Un Navire de Guerre Anglais,
Mieux monté que le Sien trois fois ;
Mais une insolente Grenade
Lui vint, par un coup trop maussade,
Emporter la Main et les Yeux
(Ô quel accident, justes Cieux !),
Puis une Balle meurtrière,
Ne pouvant lui rompre en visière,
Le frappa tellement au Chef
Qu’il tomba mort de ce méchef.
Jamais l’inhumaine BELLONNE
Traita-t-elle plus mal Personne ?

Le CHEVALIER de VILLEMOR,
Désirant venger cette Mort,
Fit, ce m’a-t-on dit, des Merveilles,
Lesquelles ont peu de pareilles
Et, quoi qu’il fût percé de coups,
Persistant dans son beau courroux,
Il combattit sans nul relâche
(Voyez si c’était être lâche),
Jusques à ce que le Destin
À leur Choc furieux mit fin.

Faute de place, en ma dernière,
Où me surmontait la Matière,
Je n’y pu narrer ces Exploits,
Et j’en rechignai mille fois,
Car c’est à tels Faits pleins de gloire
Qu’on doit un beau Rang dans l’Histoire.

Les TROUPES que le DUC LORRAIN
Envoie à notre SOUVERAIN,
Par zèle, par reconnaissance,
Et comme bon Ami de FRANCE,
Naguère, ont passé par ARRAS,
Et, laissant, de peur d’embarras,
En ce Lieu-là tout leur Bagage,
Qui bien souvent nuit au Courage,
Elles prirent, en bon arroi,
Leur Marche vers le CAMP du ROI.

-Rétablissement du Dauphin :

Le cher DAUPHIN de ce grand SIRE,
Que de plus en plus on admire,
Cet aimable Enfant (que DIEU gard [sic.])
Est à présent sain et gaillard,
Et, d’aise, chacun à la Joie
Abandonne son cœur en proie.
C’est avecque raison aussi,
Car, VERAMENTE, jusqu’ici
On n’a vu nul DAUPHIN en FRANCE
Dont l’on eut plus grande espérance.:

Lettre du 3 juillet 1667, par Robinet.

-La guerre à laquelle le roi participe, en personne :

LOUIS, de mine haute et fière,
Poursuivant sa marche Guerrière
Du FORT CHARLEROI vers TOURNÉ,
Qui sous nos LYS est retourné,
Eut avis que certains CROATES
(Qui sont de terrestres Pirates),
Sortis des Bois des environs,
Voulaient, en plaisants Fanfarons,
Venir charger sur le Bagage,
Pour en faire entre eux le Partage,
Or, pour les arrêter tout court,
Il y dépêcha ROMECOURT, [Lieutenant des gardes du corps.]
Homme de cœur, Homme de mise,
Qu’en son Métier beaucoup on prise,
Et son auguste MAJESTÉ,
Pleine de magnanimité,
Tout ainsi qu’un simple GENDARME,
Courut même au Lieu de l’alarme.
PHILIPPE, ayant oui le bruit,
Quoi qu’à peine il se mit au Lit,
En un tourne-main se rhabille,
Et ce jeune Héros qui brille,
Étant à Cheval remonté,
Aussitôt se vit au côté
Du grand et du martial SIRE,
Prêt à mieux faire encor qu’à dire.

Mais ROMECOURT, par un beau Sort,
Qui le fit louanger bien fort,
Avait, d’une verte manière,
Recogné jusqu’en leur Tanière
Ces grands Affamés de Butin,
Mais, au lieu duquel, le Destin
Les fit frotter d’étrange sorte
Par Gens qui n’ont pas la main morte.

À son arrivé à TOURNAI,
Notre admirable COURONNÉ,
Reconnut lui-même la Place
Avecque une Guerrière audace,
Cette PERLE des MAJESTÉS
Ayant MONSIEUR à ses côtés,
Avec le célèbre TURENNE,
Si sage et si preux CAPITAINE,
Et quelques autres de sa Cour,
Les plus dignes de son amour.

Puis, ayant soupé dans sa Tente
(C’est une chose très constante),
Au lieu de jouer au Triquetrac [sic.]
Ils allèrent au BIVOUAC,
C’est-à-dire faire la Ronde,
Tandis que Phœbus, dessous l’Onde,
Nous dérobait ses Feux brillants,
Pour empêcher les CASTILLANS
D’introduire dedans la Ville
Aucune chose illec utile,
Fut-ce Plomb, Poudre, ou Mèche enfin,
Nécessaire contre la Faim :
Et telle fut la vigilance
De ces Gens de Guet, d’importance,
Qu’ils passèrent, en ce Déduit,
La plus grande part de la Nuit,
Sans fermer qu’un peu la Paupière,
Au rivage de la Rivière,
Dessus un Fagot de Fétus,
Et tous bottés et tous vêtus.
Ah ! quel Lit ! qui le pourra croire,
Sur la Caution de l’Histoire ?

Le lendemain, sur nouveaux Frais,
LOUIS et PHILIPPE, aussi gais
Que s’ils eussent, cette journée,
Dormi la grasse matinée,
Firent, vers le milieu du Jour,
Encor de TOURNAI le contour,
Et la Garnison de la Ville,
Envers le ROI fort incivile,
Tira son Canon dans son GROS,
Mais sans tuer que trois Chevaux
(Tant les Boulet semblèrent sages),
Que, près de lui, montaient ses PAGES,
Dont l’un en reçut, loin du Chef,
Au Talon, un léger méchef,
Encore, ainsi qu’on me le note,
Fut-ce au seul Talon de sa Botte.

Mais laissons raillerie à part ;
Je ne vois rien là de gaillard,
Non plus qu’en ce que je vais dire,
Dont même d’effroi je soupire ;
C’est que ces HÉROS, trop hardis,
Dont les Pareils étaient jadis,
Furent à la TRANCHÉE ensemble.
Ah ! je le répète, j’en tremble,
Car, vrai comme je vous le dis,
C’était mêmes [sic.] en plein Midi.

De GRAMMONT, DUC, sans flaterie,
A Bravoure et Galanterie,
Se trouvant là, des plus avant,
Leur vint prestement au-devant
Et, d’une façon enjouée,
Fit les Honneurs de la Tranchée,
Les menant aux Endroits plus chauds,
Où, néanmoins, ces francs HÉROS
Tenaient la même contenance
Que dans quelque Lieu de plaisance.

MONSIEUR, des Dangers vrai Friant
Alla toucher, en souriant,
Jusqu’au Bois de la CONTRESCARPE
Je deviendrais aussitôt Carpe
Que d’en faire autant, par ma foi,
Et MONSIEUR, vraiment, n’est pas Moi.
Mais, cependant, bien davantage,
Ce beau PRINCE, plein de courage,
Ouit, presque fleur de sa Peau,
Siffler un maudit FAUCONNEAU,
Très homicide Oiseau de Guerre
Et foudroyant comme Tonnerre,
Sans s’en émouvoir aussi peu
Que si c’eût été quelque jeu.

Ah ! que les bons DESTINS les gardent !
Ces PRINCES par trop se hasardent ;
Et la VALEUR du GRAND HENRI,
Dedans leur beau Cœur aguerri,
Selon moi, renaît de la sorte
D’une manière un peu trop forte.

Mais discourons des ASSIÉGÉS.
Étant tout à fait outragés
De voir leur CONTRESCARPE prise,
Afin d’en tenter la Reprise
Et de débusquer, mêmement,
Les Nôtres de leur Logement,
Ils risquèrent une SORTIE,
Des meilleurs Soldats assortie.
Mais, hélas ! elle ne servit
Qu’à croître encore leur dépit,
Car, y perdants et plomb et poudre
Et maints coups de tonnante Foudre
Que l’on tirait de leur Rempart,
Ils se virent, de notre part,
Repoussés de telle furie,
Qu’au Diable donnant la Sortie,
Ils se retirèrent battus,
Et dos et ventre rebattus.

Outre les BATAILLONS des GARDES, [Françaises.]
Qui de coups pires que nasardes
Les chargèrent à qui mieux mieux,
Et leurs Officiers ainsi qu’eux,
Maints VOLONTAIRES d’importance
Et de la plus haute naissance
Y moissonnèrent des Lauriers
Dignes des plus fameux Guerriers.

MONSIEUR le DUC y fit paraître
De quel PÈRE il a reçut l’être,
Et, dans sa Guerrière chaleur,
Chacun reconnut sa Valeur
Du GRAND CONDÉ, que la VICTOIRE
A tant de fois couvert de gloire.
Comment ? au mépris des hasards,
Vouloir surpasser les CÉSARS
Et, dans l’humeur d’aller tout battre,
Se faire là tenir à quatre ;
Que dis-je, à quatre ? à dix, à vingt !
C’est être HÉROS plus que cinq
Et montrer qu’aux ÂMES BIEN NÉES
LA VALEUR N’ATTEND PAS LE NOMBRE DES ANNÉES.

Cela se vit encor à plein
En SAINT PAUL, son jeune Cousin,
Ce COMTE où l’on voit tant de grâce,
Qui, sortant presque encor de Classe,
Fut, bouillant d’un noble courroux,
Partager avec SAINT-SANDOUX [Capitaine des Gardes]
L’honneur d’arracher une PIQUE
(Tant déjà de gloire il se pique)
À l’un des Ennemis plus fiers
Et de leurs meilleurs Officiers,
Qui, de rage, cuida se pendre
D’être obligé d’ainsi la rendre.

L’AÎNÉ du feu COMTE d’HARCOURT,
Qui jamais ne demeura court,
D’ARMAGNAC, qui nous le retrace,
Y montra qu’il chassait de Race,
Courant, ainsi qu’un Daim léger,
Ou paraissait plus de Danger.

Notre GRAND CHAMBELLAN, de même,
Fit voir, par son courage extrême,
Qu’à bon droit il porte ce NOM,
Si pleine de gloire, de BOUILLON.
Le COMTE d’AUVERGNE, son FRÈRE,
Y montra d’une Âme guerrière
La belle ardeur pareillement,
De ses semblables l’Élément ;
Et, qui plus est, dans la TRANCHÉE,
Où la PARQUE était retranchée,
Ils s’étaient signalés tous deux,
Portant aux Lieux plus périlleux
Mainte et mainte grosse FASCINE.
Justes Dieux, que l’Honneur facine
Et leurre bien ces jeunes Cœurs
D’en faire des RICHARDS SANS PEURS,
Comme s’ils n’étaient pas des Hommes
De Chair et d’Os, comme nous sommes !

Mais achevons ; le DUC de FOIX
Augmenta là ses beaux Exploits,
Avecque le COMTE de ROUE,
Courant l’un et l’autre à la joie,
Ainsi que le Duc de CRÉQUI,
Et je ne sais pas encore qui :
Le MARQUIS de BEUVRON, je pense,
Où l’on se cognait d’importance,
De même qu’à quelque TOURNOI ;
Et c’est de quoi l’on nous fait foi.

Or donc, leur verte Répartie,
Faite à Madame la Sortie,
L’ayant contrainte prestement
À rentrer fort honteusement,
La BOURGEOISIE, à cette issue,
De se rendre bien résolue,
Ce fut aussitôt fait que dit,
Et la Ville ainsi se rendit.
TRÉSIGNY, n’en étant pas aise, [XXX.]
En parut plus ardent que braise,
Et, se retirant au CHÂTEAU,
Se mit à jurer bien et beau
Qu’il abandonnerait en proie
Cette Ville au Destin de Troie.
Mais à peine notre CANON,
Des ROIS LA DERNIÈRE RAISON,
Eut tonné contre ses Murailles,
Qu’il en sentît, dans ses entrailles,
Une certaine émotion
De tendresse ou componction,
Surtout, je crois, pour sa Personne ;
Si bien qu’au grand PORTE-COURONNE
Il laissa, dès le lendemain,
Par un sentiment bien plus sain,
Tant ledit CHÂTEAU que la VILLE,
D’une façon toute civile.

Le même jour, ce ROI vainqueur
Y fut rendre, de tout son cœur,
Grâce aux vrai DIEU de la VICTOIRE
Qui le comble de tant de gloire,
Et son auguste MAJESTÉ
Fut reçue en cette Cité
Avec des marques d’allégresse
Et de cordiale tendresse,
Qui lui montraient bien que les LYS,
Qui furent illec si chéris
Sous FRANCOIS PREMIER, notre SIRE,
Y reprenaient tout leur Empire
Et qu’à ses Aspects éclatants
Ils y rentraient en leur Printemps.

JEUDI, l’on fit ici la FÊTE
De cette célèbre CONQUÊTE,
Et le TE DEUM LAUDAMUS,
Avec même quelque OREMUS,
En fut chanté dans NOTRE DAME,
Je vous jure, en moult bonne Gamme.
Là, se trouva le PARLEMENT,
Lors, en son rouge Accoutrement,
Avec les AIDES et les COMPTES,
Où l’on voit des Marquis et Comtes,
Et le CORPS de la VILLE, enfin,
Que le brave MONSIEUR DU PIN,
En qualité d’un des GÉNIES
De nos grandes CÉRÉMONIES,
Avait été, de par le ROI,
Convier en un digne arroi.

D’ailleurs, l’ARSENAL, la BASTILLE
Et même aussi l’HÔTEL DE VILLE
Firent, en ce Jour de renom,
Cent Bou-dou-dous [sic.] de leur Canon,
Et partout, dans notre LUTÈCE,
Ce ne fut que Feux d’allégresse
Jusques dans l’Air épanouie,
Avec mille VIVE-LOUIS
Et des Souhaits que ce beau SIRE,
Étendant toujours son Empire,
Nous donnât de semblables Feux
Souvent les Sujets glorieux.

Je ne sais si l’on goguenarde,
Mais l’on dit partout qu’OUDENARDE
A donné ses Clefs, pour le vrai,
Et que l’on tient aussi COURTRAI.
Toujours sais-je bien la nouvelle
Que Messieurs les GENS de NIVELLE
Vinrent, sur la Marche du ROI,
L’assurer de leur ferme Foi,
Comme pareillement ceux d’ATHE,
À qui DIEU sauve Foi et Rate,
Car ces chers et nouveaux Amis
Ont à sa MAJESTÉ promis,
L’ayant même écrit sur un Livre,
De fournir, pour un sol la livre,
Des Miches de Munition
Du plus excellent Blé, dit-on,
Et blanches comme de la neige.
Après cela que vous dirai-je,
Et que me direz-vous aussi ?
Rien, si ce n’est que jusqu’ici
On n’a jamais, dans notre Barque,
Pu voir un semblable MONARQUE.

Lettre du 10 juillet 1667, par Robinet.

-La guerre, toujours la guerre :

On s’équivoque, pour le vrai,
Parlant, l’autre jour, de COURTRAI ;
Mais cette erreur-là fut semée
Sur ce que la ROYALE ARMÉE
Avait fait semblant, en effet,
D’aller là, planter le Piquet
Et puis, par une contre-marche,
Devers DOUAI repris sa marche.

Douai donc connut, en ce jour,
Qu’il devait danser à son tour
Et, par un charmant Privilège,
Avant COURTRAI souffrir le SIÈGE.

Or ce fut l’autre VENDREDI
Qu’au matin, ou l’après-midi,
Des FRANCAIS il eut cette Aubade
Ou, ne m’importe, Sérénade.
LOUIS, qu’on peut nommer le GRAND,
Voulut voir faire encor le Camp ;
Et, selon son belliqueux style,
Faire aussi le tour de la Ville
À la distance du Mousquet :
Vous voyez par là s’il risquait.

Ensuite, ce DIEU de la FRANCE
Monta dessus une Éminence
Pour observer les ENNEMIS,
Lesquels, en tête s’étant mis
De se défendre avec furie,
Firent, par leur Cavalerie,
Une Irruption dessus nous,
Toute pleine d’ardent courroux.

Les FRANCAIS, civils à merveille,
D’une allégresse nonpareille,
Allèrent vite au-devant d’eux,
Et, d’un air des plus belliqueux,
De part et d’autre, la BOURRÉE
Se dansa, c’est chose assurée.

Les Nôtres, à se battre ardents,
Pour lors à la Grappe mordants
D’avoir rencontré des semblables,
Voulaient (et ce ne sont point Fables)
Accompagner jusque chez eux
Des Ennemis si valeureux ;
Mais le MONARQUE, comme sage,
Reconnaissant que leur courage
Allait alors un peu trop loin,
De le modérer prit le soin
Et les fit, malgré leur Amorce,
Retournons dans le Camp par force.

Ah ! que, depuis qu’ils sont aux mains,
Ce sont de terribles Humains,
Et que c’est une étrange peine
De faire qu’aucun d’eux rengaine !
Tel est leur Penchant aux Combats
Et pour eux ils ont tant d’Appas,
Qu’ils s’y portent sans reconnaître.

Naguère, ils le firent paraître,
Allant, suivant l’ordre du Roi,
Par le Feu mettre en désarroi,
Ce dit-on, les FAUBOURGS de l’Île,
Autre belle et très riche Ville.
Les deux RÉGIMENTS commandés, [Les Régiments de la Reine et d’Aumont.]
Par chemins différents guidés,
S’étant rencontrés à la Brune,
Pendant un sombre clair de Lune,
Sur le QUI-VIVE, ces Messieurs,
Sans du tout faire les Rieurs,
Se firent sentir, n’en déplaise,
Comment l’on dourde à la Française.

Ô voyez quelle brusque ardeur !
Il n’en faut pas douter, leur cœur
Prend feu tout ainsi que la Poudre
Et, sans cesse, veut en découdre.

Mais retournons devant DOUAI,
Où l’on a su si je dis vrai,
La Nuit, donc, qui mène au DIMANCHE,
Jour à prendre Chemise blanche,
On fit sentir aux Assiégés,
Que l’on avait si bien chargés,
Le cuisant mal de la TRANCHÉE,
Où souvent CLOTON est nichée,
Et, depuis, nos braves Guerriers,
Qui sont plus friands de LAURIERS
Que d’Anémones ni de Roses,
Ont à tel point réduit les Choses
Qu’on a su positivement
Qu’on tien DOUAI présentement.
Car, quoi que cette docte Ville
Eut quelque martiale Bile,
Le DROIT-CANON, en vérité,
De sa belle UNIVERSITÉ
Ne valait pas, pour le bien dire,
Celui de notre puissant SIRE ;
Mais, à présent, avec le sien,
Il pourra bien ne craindre rien.

Au reste, nos GENS VOLONTAIRES,
En Valeur de beaux Exemplaires,
Ont en ce SIÈGE de DOUAI,
Ainsi qu’à celui de TOURNAI,
Fait foi de leur noble Prouesse,
Allant se promener sans cesse
À la TRANCHÉE, ainsi qu’au COURS.
Mais aussi, sans tant de discours,
La chose est convaincante et claire
Qu’ils ne sauraient, ma Foi, moins faire
Quand ils voient sa MAJESTÉ,
Avec MONSIEUR à son côté,
Exposer sa propre PERSONNE
À tous les hasards de BELLONNE.

Ceux du RÉGIMENTS de BOUILLON
Parurent entre tous, dit-on,
Lorsqu’on repoussa la SORTIE,
Qui se fit, de Cavalerie,
Ayant pour Exemple, vraiment,
Le CHEF du susdit RÉGIMENT, [Monsieur le Duc de Bouillon.]
Qui, le fin premier de la Bande,
Fut, à toute Bride, à l’Offrande,
Avec le COMTE de SOISSONS,
Aimable en plus de cent façons,
Et d’AUVERGNE, encor, autre COMTE,
De qui merveille l’on raconte,
Ainsi que du Duc, son AÎNÉ,
PRINCE très sage et très bien né.

-La France prise à revers :

Tandis qu’ainsi, dedans la FLANDRE,
Par bonne Guerre, on tâche à prendre
À peu près un ÉQUIVALENT
Pour nos Intérêts du BRABANT,
Les ENNEMIS sur COLIOURE,
Par astuce et non par bravoure,
Essayent de mettre la Main ;
Mais, comme on a su leur Dessein
Et que la Mèche est éventée,
Je puis douter, sans être Athée,
Qu’ils en viennent à bout meshuy,
En dussent-ils mourir d’ennui.

En recommençant les Pratiques
Chez Eux ci-devant authentiques,
Ils croyaient gagner le MAJOR
Par la grande Règle : HIC DAT OR,
Pour les faire, de bonne grâce
Et sans risque, entrer dans la Place ;
Mais ce MAJOR, nommé le ROI,
Étant sujet fidèle au ROI,
En informa le sieur d’AUSTERRE, [Gouverneur.]
Qui fit mettre à couvert, belle erre,
Un certain Sire ASSEZ Matois,
Lequel, un peu mauvais Français,
Était le Proposant d’Affaire,
Au nom des MINISTÈRES d’ISÈRE,
Et qui pensait bien, ce dit-on,
En toucher maint beau DUCATON,
Mais laissons-là cet honnête Homme,
Et discourons un peu de ROME.

-Un TE DEUM pour les victoires :

Cependant, touchant nos VICTOIRES,
Je trouve en l’un de mes Mémoires
Qu’on en a TE DEUM chanté,
Avec belle solennité,
Et c’est-à-dire d’importance,
DIMANCHE, à SAINT DENIS en FRANCE,
Présent le CLERGÉ Séculier,
Accompagné du Régulier,
En l’Église de l’ABBAYE,
Et qu’après la Cérémonie,
Les HABITANTS firent un Feu
Lequel ne leur coûta pas peu
Et qu’au bruit de mainte Escopette
Et de fanfare de Trompette,
Sans oublier les Violons
Qui produisirent de beaux sons,
Alluma le sieur BAILLI MAIRE,
Qu’en ce Lieu fort l’on considère. [XXX.]

-Pour se délasser des fatigues de la guerre, Louis le Grand :

LOUIS, après tant de Faits d’Armes,
Ayant voulu que ses GENS D’ARMES,
Puissent se rafraîchir un peu,
Pour jouer, après, plus beau jeu,
A pris aussi Campos lui-même,
Et ce grand PORTE DIADÊME,
Laissant là le Guerrier Séjour,
Est venu faire un petit tour
Dans sa ravissante FAMILLE,
Qui, certes, en Grâces fourmille.

PHILIPPES [sic.], par même souci,
Est venu dans la Sienne aussi,
Où l’on voit encor, ce me semble,
Un noble Amas d’Appas ensemble.

Ô que le Rafraîchissement
De ces deux HÉROS est charmant !
Il n’est guère, je crois, de Frères,
Dedans tous les deux Hémisphères,
Qui puissent trouver un CHEZ EUX
Qui soit autant délicieux.

Lettre du 16 juillet 1667, par Robinet.

Tout s’efforce, à Saint Cloud, de plaire à la PRINCESSE :
La Nuit s’y montre à ses beaux yeux
Avec ce que le Ciel a d’Astres radieux
Et, pour Elle, elle en fait de beaux Feux d’allégresse.
Le Jour, en sa naissance et dedans son trépas,
Étale-là tous ses appas
Et lui porte en tribut sa clarté la plus pure ;
Les arbres et les fleurs la charment à l’envi ;
Le Zéphire à l’y suivre en tous lieux est ravi,
Et l’Art y rit enfin, ainsi que la Nature.

Le Dieu dont tous les cœurs ressentent les alarmes,
Lui trouvant plus d’appas qu’à sa Mère cent fois,
Y va lui rendre honneur de ses tendres Exploits
Et mettre à ses beaux pieds la gloire de ses Armes.
Les Jeux et les Plaisirs y semblent prendre exprès,
Pour l’y mieux divertir, leurs plus rares attraits :
Et comme je l’ai dit, tout s’efforce à lui plaire.
Soyons de ce Concert, ô ma chère Clion.
Montrons la même passion.
Ah ! quel Sort plus charmant que de la satisfaire !

Les Dieux veuillent qu’à Valençai
Un illustre Objet que je sais,
Un Objet de qui la naissance,
Les appas et l’intelligence,
Dedans la Prose et dans les Vers,
Fondent les mérites divers,
Lisant ma nouvelle Préface,
La trouve encor faite avec grâce
Et répète les mêmes mots
Qu’il lui plut dire à notre los,
Aussi sur l’un des Préambules
D’une de nos dernières Bulles.
Cette Dame de grand renom
Daigna bien, ce me mande-t-on,
Après en avoir fait lecture,
L’appeler TÊTE EN MINIATURE,
Où l’une de ses blanches mains,
Mieux que pas une des Humains,
Sans rien dire de trop, excelle.
Mon fidèle Auteurs est de CELLE,
Et Personnage, en vérité,
De mérite et d’autorité,
Et dont je dirais mainte chose
Si je n’avais la bouche close
Par sa trop modeste vertu,
Qui veut qu’ici son nom soit tû.
J’aurais aussi bien du me taire,
Dira quelque Censeur austère,
De tout ce qui me touche ici ;
Mais je puis lui répondre aussi
Qu’en cela nos Auteurs j’imite,
Qui font connaître leur mérite
En citant leurs Approbateurs,
Quoi qu’ils soient souvent des flatteurs.
Cela soit dit sans conséquence,
Ou bien HONNI QUI MAL Y PENSE.
Quant à moi, sans plus caqueter,
Je m’en vais vraiment gazeter.

Ce fut de ce mois le septième
Que le Grand PORTE-DIADÈME
Entra dans les murs de DOUAI,
Comme je le crois, d’un cœur gai
De voir cette Ville têtue
Pourtant si promptement rendue,
Quoi que Monsieur son Gouverneur,
Qu’on dit être un galant Seigneur,
Eût juré, foi de Gentilhomme
Et de franc Castillan, en somme,
De tenir illec nos Français
Au filet plus de quatre mois.
Mais, loin qu’ici je le contrôle
De n’avoir pas tenu parole,
Je trouve qu’il s’est parjuré
Fort prudemment, selon mon gré.
Peut-être fut-ce à la volée,
Pour en dire ma ratelée,
Qu’il s’emporta dans tel discours,
Et qu’il songeait à ses amours
Plutôt qu’à ce belliqueux SIRE
Qui, dans six jours, l’en fit dédire.
Puis, eut-on été dans ce lieu
Quatre mois donc sans prier DIEU ?
Car les Pères et Frères Moines,
Ayant cessé leurs Antifoines,
Ne faisaient plus rien là, sinon
Que tirer mousquet ou canon,
Dont, plus meurtriers que les Parques,
Ils imprimaient de tristes marques
Sur maints de nos plus chers Guerriers,
Trop hardis Cueilleurs de Lauriers.

Entre autres, cet assez beau Prince,
COURTENAI, qui n’a rien de mince,
Eut au côté, d’un fauconneau,
Un coup qui n’était bon ni beau.
Un Capitaine dans Navarre,
Très peu de sa bravoure avare,
Eut, par un boulet effronté,
Le pied, sans retour, emporté,
Arrivant-là de l’Amérique
Et prenant à peine une Pique.
L’illustre Prince d’EPINOI,
Des plus zélés pour notre ROI,
Eut le bras cassé vers l’épaule
En poussant son belliqueux rôle.
De BRISSAC, hasardeux Humain, [Lieutenant des Gardes du Corps.]
Pour LOUIS cherchant un chemin,
Eut la cuisse aussi fracassée,
ou du moins, sans doute, percée,
Avec le COMTE de COMBOURG,
Lequel eut son fait, à son tour,
Le MARQUIS de BROUTET, de même,
Dont pour lors il parut tout blême
Et proche du dernier hoquet,
Eut dans l’aine un coup de mousquet.
Le Sieur VOUBART, que fort on loue, [Capitaine de Picardie et Ingénieur.]
En reçut un autre à la joue ;
Le CHEVALIER de MONGERET, [Capitaines des Lyonnais, XXX XXX.]
En eut un dedans le bras droit ;
MAUPSOU, le dernier de sa Race, [Le Chevalier.]
Lequel suivait le Dieu de THRACE,
Se Sentit frapper d’un au chef,
Qui lui causa mortel méchef ;
Le Sieur BALZAC, sans hyperbole,
En eut un fâcheux dans l’épaule,
Et la MADELAINE, un au bras,
Qui le mit en grand embarras.
Le valeureux MARQUIS de TERME,
Ferme aux dangers ainsi qu’un Therme,
Pour un mal de contusion,
Au lieu le plus haut de la cuisse.
Mais, le Sort étant moins propice
Au Seigneur COMTE de BELIN,
Un coup de fauconneau malin,
Vous lui cassa, net comme un verre,
Le Bras à tirer cimeterre.
Mais quoi ? c’est un rare bonheur,
Lorsqu’on va dans ces lieux d’Honneur,
D’en sortir sans avoir taloches
Et sans y laisser ses galoches.

Au reste, outre ces Blessés-là,
Lesquels se signalèrent-là,
De GRAMMONT, en Colonel brave,
Fit voir plus d’effet que de bave,
Dans les Travaux passant les nuits,
Comme en d’agréables déduits.
Le généreux MARQUIS D’HUMIÈRES,
Qui possède et cœur et lumières,
À tous ses semblables fit voir
Comme il faut remplir son devoir
Et de SOISSONS, illustre COMTE
Qui dans l’Honneur cherche son compte,
Allant dans ces lieux comme au Mail,
Poussa tellement le Travail [À la tête des Suisses.]
Qu’il en a mérité la gloire
D’avoir avancé la victoire.

On ajoute que d’APREMONT, [Capitaine du Régiments des Gardes.]
Faisant ce que les Vaillants font,
Y montra si bien son courage,
Passant le fossé même à nage,
Que le MONARQUE, justement,
L’a pourvu du Commandement
De la susdite Place prise,
Ce qui montre comme on le prise.

Dès que cette Ville et son Fort
Eurent subi la loi du Sort,
Qui les range à l’obéissance
Du brillant HÉROS de la FRANCE,
Monsieur le MARÉCHAL D’AUMONT,
Qui, sans faire le Rodomont,
Sait à jubé mettre une Place,
Quoi qu’elle dise et qu’elle fasse,
Alla faire sommer COURTRAY
De vouloir imiter DOUAI,
Non en faisant la meurtrière,
D’une façon aussi guerrière,
Mais en se soumettant au ROI
Prestement et de bonne foi.
Le dix, on ouvrit la Tranchée,
Dont, témoignant être fâchée,
Elle gronda par son canon.
Mais cessa-t-on pour cela ? non.
On continua sa carrière
D’une belle et verte manière ;
Et j’oserais bien protester
Qu’on le fait maintenant chanter,
C’est-à-dire, en style de Guerre,
Parler de se rendre belle-erre.

Peut-être en est-ce déjà fait
Et que, selon notre souhait,
Avant qu’avoir fini ma LETTRE,
J’aurai l’allégresse d’y mettre
Que ces Postes rimant en ai,
Savoir COURTRAI, DOUAI, TOURNAI,
Sont sous le légitime Empire
De notre victorieux SIRE,
En attendant ce bon avis,
Changeons maintenant de devis.

Le CONSEIL du ROI CATHOLIQUE,
De Finance un peu famélique,
Ce qui lui cause en ce temps-ci,
Avec raison, profond souci,
À son recours à Gens de Banque,
Tandis que son Pérou lui manque ;
Et l’on dit que les plus hardis
Quelques millions ont fournis,
Qu’on destine à CASTEL-RODRIGUE,
Afin qu’il puisse, avec l’Intrigue,
Arrêter ces trop vastes Pas
Que nous faisons aux PAYS-BAS.:

Mais je dis que l’on a vu, naguère,
Le sien en noble habit de guerre,
ID EST de pied-en-cap armé,
Il écoute plusieurs Harangues
Qu’on lui fit, en diverses Langues,
Sur sa parfaite guérison :
Mais je puis dire avec raison
Que son beau petit Équipage
N’étonnera pas le courage
Des Nôtres, si loin de MADRID,
Et ce Point est sans contredit.

Lettre du 23 juillet 1667, par Robinet.

-Retour du roi auprès des siens :

Le pénultième Samedi,
Comme l’Astre du Jour, fort loin de son Midi,
Étalait au Couchant beaucoup plus d’écarlate
Qu’il n’en faudrait vraiment à tous les Cardinaux
Pour en couvrir leur omoplate,
Et pour se faire des Chapeaux,
Le brillant Phœnix des Monarques,
LOUIS, qui montre à mille marques
Qu’il est le Fils chéri des Dieux,
Vint voir le beau Philippe et l’illustre Henriette,
Comme aussi l’Héroïne, en Appas si complète,
Qu’on produite leurs nobles Feux.

Leur Palais, dedans ce moment,
Fit voir tous les Plaisirs dont il est l’élément.
Afin d’avoir l’honneur de charmer ce Grand SIRE
Et de ravir son cœur au Démon des Combats,
Qui l’a rangé sous son Empire
Et lui paraît seul plein d’appas.
Le beau Dieu des Cœurs et des Grâces
Semèrent partout sur ses traces
Leurs enchantements plus puissants ;
Mais la GLOIRE, à ses yeux alors toujours présente,
Lui paraissait, hélas ! si belle et si plaisante
Qu’à peine effleuraient-ils ses sens.

Partit de cet ÉDEN, malgré tous ses doux charmes,
Pour aller entasser Lauriers dessus Lauriers,
À la Tête de ses Gens d’armes,
Dont il fait de si grands Guerriers,
Et PHILIPPE, trois jours en suite,
De ce même lieu prit la fuite,
En forçant d’invincibles Nœuds,
Des Nœuds les plus charmants qu’ait formé l’Hyménée,
Pour suivre de LOUIS l’illustre Destinée
Et pour prendre encor part à ses Exploits fameux.

Ce Potentat, qu’il faut qu’on aime ou que l’on craigne,
A fait grand accueil, dans COMPIÈGNE,
A l’ABBÉ ROSPIGLIOSI,
Qui sera Cardinal, sans doute, à bonne enseigne,
Étant digne NEVEU de ce grand PAPE-CI,
Prédit par MALACHE et non par NOSTRADAME [sic.]
Ainsi que je le mis ailleurs, en fausse Game.

Au Cours le ROI le conduisit,
Dans le Carrefour des huit Routes,
Où le Cerf poursuivi n’a, ma foi, pas les goûtes,
Et la Collation royalement s’y fit,
Au son des Instruments dont les fines merveilles
Cependant chatouillaient l’Âme par les oreilles.

Notre excellente REINE était au même Lieu,
Avec son DAUPHIN admirable,
Plus beau que l’Enfant adorable
Qui fait crier les cœurs au feu ;
Et je ne sais combien de Belles,
Qui trouvent peu d’Armes rebelles,
Escortaient ses rares appas.
Ainsi le NEVEUR du PONTIFE
Connut qu’on pouvait dire, et sans être apocryphe,
Que la COUR des FRANCAIS sa pareille n’a pas.

-Retour sur les nouvelles du roi :

Mais revenons à notre AUGUSTE,
À ce cher DIEUDONNÉ, FILS DE LOUIS LE JUSTE,
Avant que retourner en son Camp glorieux,
Il est allé mener dans les Places conquises,
Pour en être deux fois ainsi Victorieux,
Un Objet souverain sur toutes les Franchises
Et qui le rendit de son cœur,
Ci-devant, malgré MARS, le tout puissant Vainqueur.
Vous entendez sans nulle peine
Que je veux dire notre REINE.
Après, il ira, que je crois,
Apprendre aux Gens opiniâtres
Et qui voudraient, comme à COURTRAI,
Faire encor les acariâtres,
Qu’à ses yeux cela n’est pas bon ;
Que l’on peut bien, en son absence,
Faire un peu plus de résistance,
Mais, pour en sa présence, non.

Après cent bizarres Nouvelles,
Qui partageaient maintes cervelles,
On a su qu’enfin, pour le vrai,
Nous avions réduit ce COURTRAI
Et sa CITADELLE si bonne,
Citadelle à la Gassionne,
Ou Sept cent SCARABONBARDOS,
Prenant nos Gens pour des Badauds,
Entreprenaient de se défendre,
Quand la Ville eut daigné se rendre.
Mais notre MARÉCHAL d’AUMONT,
Sur ce Procédé rodomont,
Faisant, de son canon, sortir Boulets et flammes
Et les menaçants mêmement
De faire, en ce moment,
Exposer Mesdames les Femmes
À l’endroit qu’ils tiraient sur nosu,
Aussitôt ils filèrent doux
Et dirent, changeant de langage
Et de leur félon procédé :
« Tenez, nous vous cédons le DÉ,
» Sans le disputer davantage. »
Or le DÉ, sans rien commenter,
Était ladite Citadelle ;
Donc, comme de la Ville, on fut se saisir d’elle,
Et c’est ainsi qu’on vient de me le raconter.
En deux jours, tout au plus, on termina l’Affaire,
Et je blâmais à tort ces Espagnols rendus
D’avoir trop fait les entendus ;
Vraiment, ils ne pouvaient moins faire.

Quant au grand DUC de ROANNEZ,
Qui fait tant parler de ses Faits,
Il n’est pas encor mort une fois en sa vie,
Quoi que déjà deux fois, ce disait un faux ON,
Par une pure calomnie,
Il eut été tué d’un Boulet de canon.
Car, ainsi qu’à COURTRAI, vous savez bien qu’à FURNE
Cet ON voulait encor qu’on préparât une Urne
Pour les Cendres de ce Héros.
Hé ! demeurez donc en repos,
Belle et digne MOITIÉ de ce grand Capitaine,
Car il s’immortalise à tel point par ses Faits
Que c’est une chose certaine
Qu’il ne peut mourir désormais.

Au reste, nos chers VOLONTAIRES,
Friands des hasards militaires
Plus que des douceurs de la Cour,
Les vont rechercher chaque jour.

Le DUC D’ENGUYEN, Guerrier de Tyge,
Et brave au dernier point, vous dis-je,
Comme aussi le Duc de BOUILLON,
Dont le sang bout à gros bouillon
Quand il faut faire un Exploit d’Armes,
Lequel a pour lui mille charmes,
Ayant appris, auprès du ROI,
Qu’on avait de chacun commandé la Brigade,
Ils parurent en désarroi
Et, par une noble boutade,
Ils l’allèrent (je vous dis vrai)
Rejoindre, sans aucun délai.
D’ARMAGNAC, de son Père ayant toujours l’idée,
Quoi que la sienne alors ne fut pas commandée
Partit, avec célérité
Aussi, d’auprès sa MAJESTÉ,
Et ces ardents d’aller, ces Braves pleins de zèle
L’évitèrent, bonne foi, belle.
Ils pensèrent, dit-on, être pris au collet
Par de certains Batteurs d’estrade,
Lesquels auraient pu, sans bravade
Se vanter d’avoir fait un beau coup de filet.

Lettre du 30 juillet 1667, par Robinet.

-Après évocation de la visite de l’Abbé ROSPIGLIOSI, aux Gobelins notamment, Robinet évoque la guerre :

Laissons-là ces laids Musulmans ;
Discourons d’Objets tous charmants ;
Parlons de notre grand MONARQUE,
Parlons de sa digne MOITIÉ,
Où tant de grâces l’on remarque,
Qui peuvent mériter toute son amitié :
Parlons du cher PHILIPPE encore,
Plus aimable cent fois que l’Amant de l’Aurore,
Et de l’Illustre MONTPENSIER,
Qui sait si bien mêler et le doux et le fier.

Toute cette brillante Troupe,
Qu’accompagne à présent la Gloire, Amour et Mars,
Ayant partout le vent en poupe,
Visite en divers lieux les Forts et les Remparts
Que, par Préludes de Campagne,
Notre parfait Héros a gagnés sur l’ESPAGNE,
Et là, partout, THÉRÈSE étalant ses Appas,
Par eux encor elle regagne
Tout ce qu’il a conquis dedans les PAYS-BAS.

Ayant fait dans ARRAS, naguère, son Entrée,
Où, fort peu s’en fallut, elle fut adorée,
Elle s’est fait voir à DOUAI,
Et, comme on la trouva si belle,
Cette Université s’écria d’un cœur gai,
Par le mouvement d’un beau zèle,
Qu’elle ne voulait plus enseigner d’autres Lois
Que celles de THÉRÈSE et du plus grand des ROIS.

On devait, au sortir de cette docte Ville,
En aller prendre une autre, importante dit-on,
Car de dire assiéger, c’est la vieille chanson,
Et qui discourt ainsi passe pour malhabile.
Je sais bien que du moins COURTRAI
Vous dirait qu’il est vrai
Qu’il vaut bien mieux dire aller prendre.
Voudriez-vous qu’à parler elle vint vous apprendre ?

Mais, à propos, sa Garnison
Fut terriblement attrapée
Dans sa Capitulation ;
Jamais nulle, jamais, ne fut si bien dupée.
Comme elle eut oublié de faire stipuler
Par où vers OUDENARDE elle devait aller,
On vous la promena de terrible importance,
Car on dit qu’elle fit dix fois plus de chemin
Qu’elle n’en eût fait d’assurance :
Je pensais l’ESPAGNOL un tant sois peu plus fin.

Lettre du 6 août 1667, par Robinet.

-La reine à Douai et à Tournai :

THÉRÈSE, au sortir de Douai,
Fut aussi visiter Tournai,
Et ces Cités firent merveilles,
On ne peut dire, en vérité,
Pour témoigner leur zèle à cette Majesté,
Dont les grâces sont sans pareilles.
Elle semèrent son chemin
De Roses et de Lys, d’Œillets et de Jasmin,
Et chaque rue alors semblait un beau Parterre,
Où le Printemps avait, d’une prodigue main,
Épanché les trésors qu’à sa Flore il desserre.

Les mêmes rues étaient aussi toutes tapissées, et l’on ne découvrait qu’agréables spectacles de tous côtés, ainsi qu’aux Triomphes des Conquérants. Aussi, cette Auguste Princesse était-elle conquérante d’autant de cœurs qu’elle avait de Spectateurs de ses divins charmes, de manière qu’on ne lui devait moins qu’aux Vainqueurs les plus célèbres.

D’abord sept jeunes Cavalières,
Qui représentaient des Vertus,
Mais toutes plus douces qu’austères,
Et si charmantes que rien plus,
Vinrent à ses Appas rendre un profond hommage,
Toutes lui présentant, d’un air modeste et sage,
Le nombre aussi de sept Lauriers,
Comme autant d’honorables marques
Des principaux Exploits guerriers
Qu’a faits en leurs Pays le plus grand des Monarques.

Plus avant, cette belle Princesse rencontra un superbe Chariot, où l’Asie, l’Afrique, l’Amérique et l’Europe paraissaient soumises aux belliqueux Destins de la France ; et au milieu était, sur un Dauphin mouvant, un Arion, qui, après avoir salué la charmante Héroïne, chanta un Récit sur les Victoires de notre Héros, dont toute la belle Cour demeura presque enchantée.

Après un spectacle si beau,
On en découvrit un nouveau,
Qui n’était pas moins admirable.
C’était un large et long Vaisseau,
D’un artifice incomparable ;
Là se montrait la Piété,
Debout, avec la Charité,
Qui dignement apostrophèrent
De Grand LOUIS la MAJESTÉ,
Et très bien lui représentèrent
L’effroyable captivité
Des Chrétiens chez la Gent profane
Que l’on nomme mahométane.

Cette Harangue tendait, pour faciliter le passage aux Mathurins qui s’emploient à la délivrance de ces malheureux Captifs, à persuader au Roi la Conquête de l’Île de S. Jacques, et, par un merveilleux artifice, elle parut en même temps comme réduite, et la Victoire en était annoncée par les fanfares des Clairons et le bruit des Tambours, qui formaient un Concert tout-à-fait convenable au Sujet.

Enfin, deux Géants, haut de cinquante coudées,
Qui des plus grands ainsi passaient toutes idées,
Se firent voir en bel arroi,
Et, par cette hauteur, désignaient la puissance
De notre incomparable ROI
Et la grandeur de notre France.

Hé bien ! se peut-il rien voir de plus galant que la magnificence de nos nouveau Français, et ne dirait-on pas qu’ils n’ont jamais fait autre chose que préparer des Entrées à des Victorieux, aussi brillants et aussi augustes que leurs nouveaux Souverains ?

Est-il rien plus plaisant aussi
Que de faire ainsi des Conquêtes,
Et de trouver partout ainsi
Des jeux, des ébats et des Fêtes ?
En bonne foi, si mes Avis
Étaient plus dignes d’être suivis,
Notre charmant SEIGNEUR et SIRE
Prendrait incessamment de nouvelles Cités
Et, se divertissant, étendrait son Empire
Au Pays-Bas de tous côtés.

Mais il n’est vraiment pas besoin de lui donner des Avis sur ce sujet. Ce brillant Potentat n’est que trop ardent à la victoire. À peine a-t-il pu donner quelques jours à ces Entrées de la Reine, qu’après l’avoir fait reconduire à Arras, il s’est remis à la tête de son Armée, et qu’Oudenarde a su de ses nouvelles de plus près qu’elle ne l’aurait souhaité. Je veux dire la Garnison, car, pour les Habitants, il n’auront pas été moins charmés de se voir sous la bonne Domination Française que ceux des autres Villes, qui sont leurs Aînés dans cette bonne fortune.

Ce n’en fut pas, dit-on, pour un bon déjeûner,
Et jamais on ne fut en besogne si vite.
En vain elle voulut tant soit peu lanterner :
En six heures au plus elle quitta son gîte :
J’entends ladite Garnison,
De qui le Gouverneur et les Soldats, dit-on,
Furent faits Prisonniers de Guerre,
C’est donc un nouveau TE DEUM
Et nouveau Feu partout, sur la Française Terre.

On dit que deux cents Égrillards, [XXX]
Pour gagner quelque renommée,
Quittant de Lille les Remparts,
Quand LOUIS rejoignit sa triomphante Armée,
Voulaient, en qualité de petits Fanfarons,
Surprendre aux environs
Un grand Corps de seize Gens d’Armes. [Gens d’Armes du Roi.]
Il n’agissaient pas en Poltrons,
Et c’étaient-là sans doute un fameux Exploit d’armes :

Mais on ne leur souffrit pas l’honneur d’une belle Action, et nos Volontaires, par une étrange jalousie de la gloire de ces Messieurs, leur coururent sus et achevèrent de les mener battant chez eux, avec 80 Gens d’Armes survenus au secours de leurs Compagnons.

Monsieur le Duc, en ce rencontre,
Faisant de sa valeur une nouvelle montre,
À la tête de tout, les poursuivit fort loin
Et, de leur hardiesse étant tout en colère,
En força du moins trois de mordre la poussière.
J’ai de ce que je dis maint Illustre Témoin,

Car le Duc de Bouillon, qui est des premiers de toutes les belles Parties, était de celle-là et y signala admirablement bien sa glorieuse bravoure, ainsi que le Comte d’Armagnac, le Marquis de Coaquin, les Comte de Lude et de Nogent, les Marquis d’Albret, de Chantilly et de Montaterre, et je ne sais combien d’autres qui firent les petits Lions en cette occasion.

D’autre part, le Duc de Soubise,
Qui n’a point du tout face de bise,
Comme aussi le Marquis d’Iliers
Et, bref, le Sieur de Saint-Maurice,
Montra qu’il n’était point Novice
Dans le noble Champ des Lauriers,
Et vous rossa les deux cents Maîtres
En petits Valets portes-guêtres.

J’ai appris du Havre de Grâce que la première pierre de la Plate forme d’un Bassin y a été mise par un Me Manœuvre le plus galant du monde. Sa Règle était de bois d’Inde, garnie de Fleurs de Lyse d’argent, sa Truelle, aussi d’argent ciselé, son Tablier, de peau de senteur, doublé de satin, et son Mortier, détrempé avec des Essences dans un Vase doré, garmi de fleurs par dessus. Jamais Apollon, quand il fit ce Métier, ne fut si joliment ajusté que l’était cet admirable Maçon, qui le cher favori de ses doctes Sœurs.

Devinez qui ce pourrait être ;
Vous le devinerez sans hahan,
C’était le Duc de Saint Aignant,
En toutes choses si grand Maître.

Naguère on en vit, à seize ans,
Un Grand dans la Philosophie, [XXX.]
Et l’on n’avait vu de longtemps
Un si franc Nourrisson de la belle Sophie.
C’était le Fils Aîné de l’illustre COLBERT,
Qui l’État toujours si bien sert,
Et l’un des Écoliers de nos fameux Jésuites ;
Je dis tout en disant cela ;
L’on connaît ces grands Casuistes.
Au reste, à cette Thèse-là,
On ne vit que des Gens des plus rares mérites.
[XXX]

Lettre du 13 août 1667, par Robinet.

-Après l’Abbé Rospigliosi qui a eu un portrait de Louis XIV, c’est au tour des villes conquises par ce dernier d’en demander un :

À propos, de Villes conquises,
On veut avoir partout ce cher Portrait du ROI :
Elles l’auront aussi, je crois,
Et d’une Main des plus exquises
Ou plus expertes au grand Art
De peindre un ALEXANDRE, un POMPÉE, un CÉSAR ;
Mais, sans trop dire du ROI nôtre,
Ne vaut-il pas et l’un et l’autre ?

Ayant campé, dit-on, un jour,
Proche la Ville de DERMONDE,
La Garnison, croyant se voir prise à son tour
De ses Écluses fit tout autour courir l’Onde ;
Mais, elle avait pour lors le plus grand tort du Monde :
LOUIS ne pesait pas à lui faire l’honneur
De se rendre alors son Vainqueur,
Et, s’il l’eût entrepris, sans faire de miracle,
Il l’eût mise à Jubé, malgré ce vain obstacle.
Mais LILLE, en ce moment, était tout son Objet,
Et, fut-ce Lille inaccessible,
Rien à LOUIS n’est impossible :
S’il la voulait avoir, c’en serait bientôt fait.

MONSIEUR LE DUC, Vaillant de Race,
A donc investi cette Place,
Avecque deux mille Chevaux
Que ce brave Prince commande,
Et cette Armée, aux grands Travaux
Et de SIÈGES si friande,
Dont, pour vous dire tout en bref,
Le MARÉCHAL D’AUMONT est Chef.

Le MONARQUE, avec son Armée
Partout à vaincre accoûtumée,
Aussitôt marcha sur leurs pas,
Avecque PHILIPPES de FRANCE,
Ce jeune Héros plein d’Appas.
Ainsi, selon toute apparence,
Au premier Jour nous apprendrons
Que Lille humblement s’est rendue ;
TE DEUM nous en chanterons
Et partout notre joie en sera répandue.

-Guérison du Dauphin :

En attendant un tel Avis,
Sur un autre sujet nous sommes tous ravis :
C’est sur la guérison charmante
De notre DAUPHIN précieux,
Dont une Fièvre trop forfante
Insultait le sang glorieux.
Grâce à maint célèbre HYPPOCRATE
(À qui DIEU sauve foie et rate !)
Et grâce à la Nature aussi,
La galante a quitté ce plus beau sang du Monde,
Et, pour rendre la joie entre nous sans seconde,
On nous doit ramener le jeune PRINCE ici.

L’aimable IRIS ainsi le mande [Mademoiselle H. D.]
En son agréable Légende ;
Elle ajoute de plus que, des Gens Espagnols,
Étant venus chercher, assez loin de COMPIÈGNE,
Je crois, des nids de Rossignols
(Ô Dieux ! faut-il encor qu’en ce lieu l’on les craigne ?)
Ils ont fait sur le teint d’une jeune Phylis [Mademoiselle H. D.]
Pâlir une moisson de Lys,
Craignant d’être par eux pour un Rossignol prise.
Mais quoi ? s’ils enlevaient un Butin si charmat,
Ce serait, que je pense, avec dicernement,
Et non point par telle méprise.

La REINE est toujours dans ARRAS,
Où cette Excellente Princesse
Est presque en Prières sans cesse
Pour les progrès du ROI dedans les Pays-Bas.

À propos, vous saurez, sans que je goguenarde,
Qu’on s’empara d’ALOST, ayant pris OUDENARDE [Capitale du Comté de ce nom,]
Et que cette Alost-là, très civile aux Français, [sur la Rivière du XXX.]
Les reçut de plein pied chez elle,
Sans vouloir avec eux avoir nulle querelle.
Ils l’en devraient aimer plus qu’un autre cent fois.

Lettre du 20 août 1667, par Robinet.

-Après évocation du Traité de Bréda :

Il n’en est pas de même entre l’IBÈRE et nous ;
Il aime moins la Paix qu’il n’aime la Castille,
Quoi qu’elle soit du Ciel la sainte et digne Fille,
Et que les Siens partout succombent sous nos coups.
Il s’en va perdre Lille : oui, dans quelques journées,
Cette belle Ville est au ROI
Et nos charmantes Destinées
La feront voir dessous sa Loi,
Malgré sa Garnison si forte
Et son preux Gouverneur, le Comte de BROUÉ,
Qui, selon ce qu’on en rapporte,
Ne saurait être assez loué.
Tant plus brave il sera, LOUIS aura de gloire
D’emporter sur lui la victoire :
C’est de tels Ennemis qui sont dignes de lui.
Et je sais qu’il reçoit sur sa brillante Tête
Avec quelque espèce d’ennui
La Laurier de toute Conquête
Qu’il ne doit qu’à ce grand bonheur
Qui si facilement le rend partout Vainqueur.
Dans les Formes exprès il attaque la Place :
Avec circonvallation,
Avec contrevallation ;
Et, bref, le beau chemin se trace
Avecque plus de peine à sa réduction.
Mais le Pays Conquis, lequel fort il remarque
Le dessein du MONARQUE,
Et que pour son bonheur il cherche des Travaux,
Allume cependant déjà ses feux de joie
Et vers le Firmament ses nobles Cris envoie
Comme si LILLE était au pouvoir du HÉROS,
Jugeant bien qu’attaquer et prendre est chose même
Pour ce Grand PORTE-DIADÈME.

-Un acte de bravoure :

J’ai su d’un Objet bien charmant
Que lorsqu’on repoussa, du côté de DERMONDE,
Les ESPAGNOLS si vertement
Au-delà de l’ESCAUT, Rivière très profonde,
Un Brave, qu’on nomme TERNAUT, [Capitaine en Régiment de Picardie et Aide de Camp]
À qui jamais le cœur ne faut, [XXX.]
Était de la belle Partie
Et qu’il y signala son zèle tout ardent.
Tuant des Ennemis illec le Commandant,
Et que cette Action hardie,
Dont son Épée, aux yeux du ROI,
Vint, toute rouge, faire foi,
Fut de Sa Majesté hautement applaudie.
Ah ! qu’il est doux et glorieux
De plaire à cet aimable et grand Victorieux !

Lettre du 28 août 1667, par Robinet.

-Lille en état de tomber :

Le dix-huit, devant LILLE on ouvrit la Tranchée, [18 août.]
Dont elle pesta tout de bon,
Et par le bruit de son Canon
Parut sensiblement touchée ;
Mais elle eut pourtant beau pester
Et par son Canon tempêter,
Il n’en fut ni plus ni moins, certe [sic.],
Et même, l’on poussa le Travail assez loin, [XXX.]

Tant de Nous les Dieux prennent soin,
Sans aucune notable perte,
Car dessus le Terrain il ne demeure pas
Seulement quatre ou cinq Soldats.

On dit que le canon, quand il fit son Prélude,
Aux seules Plumes en voulut,
Et que l’heureux COMTE DU LUDE
Pour un grand BOUQUET quitte en fut,
Avecque deux ou trois Compagnons de Fortune
À qui la grâce fut commune,
Et qui, je pense, à Mars en firent compliment.
C’était, ma foi, l’échapper belle,
Et je crois qu’une faveur telle
Valait bien un Remerciement.

Pour moi, j’aimerais bien semblables gentillesses
De ce canon de nos LILLOIS,
Et je voudrais que leurs Exploits
Se pussent terminer à de telles Prouesses ;
Mais il n’en va pas ainsi, non ;
Car, dans ses progrès, ce Canon
Vous fracassa la cuisse à certain Volontaire,
Et deux Cadets très valeureux,
Y montrant ce qu’ils savaient faire,
En eurent, ce dit-on, pour une Jambe entre eux.

Un Boulet, plus funeste au Sieur de BANDEVILLE,
Le prit au dessous du menton,
De façon peu galante et beaucoup incivile :
Il le priva de tête en un clin d’œil, dit-on,
D’autres Boulets, aussi mal sages,
Emportèrent à deux Pages
(N’était-ce pas dommage ?) ou la jambe ou le bras
Je puis dire, selon l’Adage,
En ce triste et funeste cas,
Que les voilà tous hors de Page.

La Garnison, le lendemain,
Ayant vu de quel air le Régiment des Gardes, [Françaises.]
Où l’on voit peu d’Âmes couardes,
Gagnait à grands pas le Terrain,
S’avisa de sortir soudain,
Avec de la Cavalerie
Et même de l’Infanterie ;
Mais ce petit effort fut vain,
Et nos Gardes, avec furie,
Ayant en tête de PRADEL
Comme Lieutenant-Colonel,
En firent raillerie,
Vous les poussant si vertement
Qu’ils regagnèrent prestemeent,
Crainte des coups, leur Palissade
Maudissant courageusement
Leur trop imprudente boutade.

Pourtant, comme le jour suivant,
Ils virent nos Gens plus avant
Et bien près de la Contrescarpe,
Tous surpris et tous consternés,
Et le pauvre esprit en écharpe
De se voir de si près bornés,
Laissant la crainte puérile,
Ils se piquèrent derechef,
De faire une Action virile ;
Mais cela n’aboutit qu’à leur second méchef,
Car telle fut la Répartie,
Dans cette nouvelle Sortie,
Qu’il leur convint encor de retourner en bref,
Mais non pas, certe [sic.], en même nombre.
On en fit plusieurs Prisonniers,
Et l’on envoya dans le Royaume sombre,
Pour y porter l’Avis de nos Exploits guerriers.

Ainsi l’on se vengea, tant de la mort d’un Garde,
Tué dans cette occasion
D’un franc coup de canon, et non de halebarde,
Que, principalement, de la contusion
Dont un cher CHEVALIER (car, là, nul ne s’excepte)
À la tête avait fait très fâcheuse recette,
Mais en se signalant en ce Lieu plus que six,
Ainsi que le voulait son Nom de DU PLESSIS,
Nom des plus dignes de mémoire,
Et que le Duc son PÈRE a rendu plein de gloire.

Mais, à propos de Chevalier,
DE FOURBIN, faisant aussi notre
De son noble courage en la même rencontre,
Eut part au Douaire coutumier
Et sentit d’une Mousquetade,
Au col, la fâcheuse Incartade.

Pour épiloguer le Discours
De notre beau Siège de LILLE,
Nous le devons lever, pour entrer dans la Ville,
Avant qu’Août ait fait son cours,
Quoi qu’on ait là, sans en rabattre,
De quatre Nations les Guerriers à combattre,
Outre, dit-on, certains Carlins
Qui, craignant fort les Funérailles,
Se cachent, pour tirer, derrière les murailles,
Comme de malheureux Câlins.

Ces divers Combattants, que LILLE donc enserre,
Sont IRLANDAIS d’Irlande, ANGLAIS de l’Angleterre,
Et, bref, des ESPAGNOLS, et des NAPOLITAINS,
Les plus intéressés dans la présente guerre,
Et dans LILLE les plus mâtins.
Mais pour cela que vous en semble ?
Ne sait-on pas que nos Destins
Feraient vaincre à LOUIS tous les Peuples ensemble ?

Cet infatigable HÉROS,
Que partout MONSIEUR accompagne,
Avec la Gloire, leur Compagne,
A de nuit et jour le Harnais sur le dos.
Lui seul, plus que tous les Siens, veille,
Et c’est enfin une merveille
De voir ce ROI laborieux,
À la fois Général, Soldat et Capitaine,
Si friand des Dangers et si dur à la peine,
Pour être à juste Titre un ROI VICTORIEUX.

Ah ! qu’un si grand et rare Exemple
À tout Guerrier qui le contemple
Inspire d’audace et de cœur ;
Et qu’il ne faut pas qu’on s’étonne
Si chacun, aux côtés de ce digne Vainqueur,
À l’envi se signale au Métiers de Bellone !

Mais PHILIPPES, bien mieux que tous,
Reçoit l’impression de ce puissant MOBILE,
Et, plus beau que l’Amour, aussi bien que plus doux,
On le voit intrépide ainsi qu’un autre ACHILLE.
Comment ! cet aimable HÉROS,
Qui mérite un immortel los,
Ayant l’Âme un peu trop hardie,
Il visita dernièrement
Des GARDES et de PICARDIE
La Tranchée, aussi froidement
Qu’il aurait fait de ses Promenades
Parmi les Fleurs et les Cascades
Du beau Jardin de son Saint-CLOUD,
Mais la comparaison n’est aucunement bonne,
Ou que je me casse le cou,
Car je défierais bien sa ROYALE PERSONNE
De pouvoir, en ce Lieu charmant,
Se promener si froidement,
Et je crois que l’on peut m’entendre
Sans qu’il faille plus amplement
M’expliquer sur ce Point pour la faire comprendre.

Mais je ne vous ai pas dit tout.
Ce PRINCE, allant à la Tranchée,
S’y rendit en plein jour, et non point par le bout ;
Mais, sans peur de la Parque, en ce Lieu retranchée,
Il voulut passer par dessus
Et tout à découvert, de plus,
Essuyant, dedans ces PAssades,
Deux centaines de Mousquetades.
Hé bien ! quel Nourrisson de MARS
Ferait mieux la barbe aux Hasards !

Ah ! pour PHILIPPES j’ai la Fièvre ;
Mais, parlant de Fièvre, à propos,
Naguère, elle a bien fait la mièvre
Dedans le noble sang de cet autre HÉROS,
Savoir Monsieur le DUC, si propre aux beaux travaux
Ô qu’il aura bien eu la chèvre
De s’être vu contraint à jouir d’un repos
Qui de maints beaux Exploits le sèvre,
Dont il aurait accru son los !
Mais, avecque son Sang étant mal assortie,
Elle en a fait enfin un Branle de sortie,
Et ce jeune Guerrier
Retournera bientôt se charger de Laurier,
Ainsi, sans nous en mettre en peine,
Dessus d’autre Objets répandons notre Veine.

Qu’il s’en présente deux, l’un et l’autre charmant !
Qu’ils sont dignes qu’on les admire !
Que de Cœurs ils seront l’Aimant
Et qu’ils auront partout d’empire !
C’est notre DAUPHIN glorieux
Qu’on voit aussi beau que sa MÈRE,
Et qui sera Victorieux,
Quelque jour, comme l’est son PÈRE ;
C’est MADAME sa jeune Sœur,
Qui, quelque jour, par ses grands charmes
Répandra partout des Alarmes
Et de cent Demi-Dieux enflamera le cœur.

Or, ce PRINCE et cette PRINCESSE
Ayant COMPIÈGNE enfin quitté,
Sont, pour nous combler de liesse,
Venus prendre Logis proche cette CIté.
MAISONS est l’heureux Domicile
Où ces beaux Anges sont gîtés,
Attendant que nos MAJESTÉS
Reviennent hiverner en cette grand Ville,
Certes le plus digne Séjour
D’Elles et de leur belle COUR.

Lettre du 4 septembre 1667, par Robinet.

-Reddition de Lille :

Nous avons de quoi gazeter
Et d’importance caqueter,
Grâce au MONARQUE magnanime
Que la Gloire si bien anime.

LILLE est enfin dessous les Lois
De ce grand MONDÈLE des Rois,
Et de cette illustre Conquête
Il mit, Dimanche, sur sa Tête
Le beau Laurier prématuré,
Car notre Siège aurait duré
Peut-être bien encor huitaine,
Ou même toute une quinzaine,
Sans le Courage et le Bonheur
De notre adorable VAINQUEUR.

Ô combien j’ai l’Âme ravie
De ce qu’ainsi ma Prophétie
Ait eu de si près son effet !
Car enfin VOTRE ALTESSE sait
Que, Samedi, dans ma dernière
(Que Gens ayant sens et lumière
Ont trouvée assez à leur goût),
Je dis qu’avant la fin d’Août
On entrerait dedans la Ville,
Malgré son Gouverneur habile
Et sa superbe Garnison,
Qu’on a su mettre à la raison
En neuf jours de Tranchée ouverte,
Et presque sans aucune perte.
Mais touchons un si rare Exploit
Par le Détail, comme on le doit,
Et donnons-nous un peu carrière
Sur une si belle Matière.

Comme notre Canon, d’abord,
Ne tonnait pas encor bien fort,
Les Ennemis, pleins d’insolence,
Nous railleraient dessus son silence ;
Mais, le vingt-un [sic.], avant Midi.
Aussi vrai que je vous le dis,
Il les força bien de se taire,
Par les soins du Sieur Saint-HYLAIRE, [Lieutenant dans l’Artillerie.]
Car il tira, pour le certain,
Mille coups, en ce seul matin,
Le soir aussi, nos Bonnets rouges, [XXX.]
Furetant Greniers, Chambre, Bouges,
À leur tour firent très beau jeu
Et mirent en maints lieux le Feu,
Si que toute la Bourgeoisie
D’un étrange effroi fut saisie.
En vain leur Comte et Gouverneur
Tâcha de lui redonner cœur
Et, convoquant les plus Notables,
Pensa, par des Discours affables,
Affilant des mieux son caquet,
Leur faire prendre le Mousquet,
Pour se joindre avec ses Gens d’armes
Et venir ainsi, sous les Armes,
Faire tous leur petits efforts
Pour le salut de leurs Dehors.
Nul ne fit cas de son Bien dire,
Et maint, s’en mettant même à rire,
Lui dit, sans craindre son courroux :
« On s’en rapporte fort à vous
» Et l’on prétend vous laisser faire,
» Car, en un mot, c’est votre affaire,
» Dont vous devez avoir l’honneur.
» Bonjour, Monsieur le Gouverneur. »
Ainsi donc fut anéantie
Une générale Sortie
Qu’il n’attendait de ce Bourgeois,
Dont il pesta plus de cent fois,
Jugeant bien que les Destinées,
Au plus tard dedans sept journées,
Borneraient son Gouvernement,
Cas déplaisant certainement.

Mais il convint à sa colère
D’avaler la Pilule amère,
Et toute sa ressource alors
Fut dedans ses propres efforts,
Employant sa Mousqueterie
Et grosse et mince Artillerie,
Le plus utilement qu’il put ;
Mais le Succès petit en fut,
Hors quelques Tête amputées,
Ou, parlant plus clair, emportées
Par le décapitant Canon,
Qui les décolait, tout de bon,
Aussi proprement que le Glaive,
Lequel les fait sauter en Grève.
Mais il fut bientôt démontré
Par le nôtre, des mieux pointé,
Qui mit les Dehors en ruine
Et, rendant la Ville Chagrine,
Abattit, outre ces Dehors,
Maint pan de muraille du Corps.

Cependant, aux Attaques nôtres,
Chacun disant ses Patenôtres,
Sans pourtant songer à trembler,
Poussa le Travail d’un tel air
Qu’on se trouva, le vingt-deuxième,
Par cette diligence extrême,
À plus de cent pas du Glacis,
Sans qu’un des nôtres fut occis,
Nonobstant une ou deux Sortie
De Gens assez mal assorties,
Dont on vit plutôt les talons
Que l’on n’eut aperçu leurs fronts.

On fut dessus la Contrescarpe,
Deux jours après, jouer de la Harpe,
C’est-à-dire qu’on s’en saisit
Et qu’un logement on y fit.
Mais, la Parque nous faisant fraude
Dedans une action si chaude,
CAVOIS, PRÉVIGNY, VILLEDIEU
[Le prem., Lieutenant aux Gardes, et les 2 autres Capitaines de Picardie.]
Passèrent d’illec devant DIEU,
Ayant signalé leur courage ;
Et, dans ce martial orange,
DÉPITA, qu’on doit louanger,
Fut au Col blessé sans danger.
Au reste, nos chers VOLONTAIRES,
Avides d’Exploits militaires,
Firent miracle, ce dit-on,
En cette même occasion,
Et j’en ai mis la liste en marge,
Où vous verrez leurs noms au large.
[XXX]
Mais RAMBURRE y reçut, au chef,
Des coups de fleaux, par méchef.
LONGUEVAL, (ô quel fâcheux rôle !)
Y fit en l’air la capriole,
Par un tour de Fourneau maudit,
Qui, de lui, fit dire, ICI GIT,
Le beau CHEVALIER de LORRAINE,
D’une Grenade fort peu sains,
À la jambe un éclat reçut.
De SAINT-PAUL pour un autre en fut,
Au bras, dont il avait fait rage
En manifestant son courage.
Et, bref, de CAVOIS et CLERMONT,
Avec le sieur de MARIGNY,
Y reçut, en propre personne,
Quelque autre faveur de Bellone,

Revenons à notre Détail,
Et disons qu’enfin le Travail
Est poussé d’une telle sorte
Que, le vingt-et-sept, l’on emporte
Les Demi-Lunes hautement,
Et qu’on y fit le Logement,
Malgré l’homicide furie
De la triple mousqueterie
Des Espagnols et des Valons,
Et des Napolitains félons.

Le COMTE de MONBRON, fort brave
Et de plus d’effet que de brave,
Étant le premier entré là,
Sur le QUI VIVE et QUI VA LÀ
De Madame la Sentinelle :
« C’est moi, » dit-il, tout plein de zèle,
Et, sur ces mots, de tous ouis,
Il donne, et tous les Braves montent
Et, comme des Hercules domptent
Tout ce qui croit leur résister ;
Mais on ne peut vous tout conter.

D’AUVERGNE, notre excellent COMTE,
Qui vaut bien qu’on le mette au compte.
En fier et valeureux humains,
Y monta l’épée à la main,
Avec trois hardis Volontaires,
Et, dans ces belliqueux mystères,
Le preux DUC de CHÂTEAU-THIERRY
Ne parut pas moins aguerri.
Sans la male Fièvre, je pense
Qu’on aurait vu là, d’importance,
Agir aussi ce franc Lion,
À savoir le DUC de BOUILLON ;
Mais ce PRINCE avait fait merveilles
Dans l’une des premières Veilles
De la Tranchée, où, bravement,
Avecque tout son Régiment,
Il essuya l’ardent bile
Que, pour lors, dégorgeait la Ville
Par ses mousquets et son canon,
Dont son Lieutenant de renom [XXX.]
Reçut une insulte de Diable,
Tout du long des reins et du rable
Lequel confine sa Valeur
En paralitique langueur.

Mais retournons aux Demi-Lunes,
Où mille Actions non communes
Se firent par tous nos Vaillants.
J’ai su qu’entre ces Assaillants,
D’HARCOURT, PRINCE friand de Gloire,
Et digne d’être en notre Histoire,
Parut aussi là des premiers
Et, voire aussi, des plus Guerriers,
Ayant, dans la Déconfiture
Des Espagnols, fait d’un capture,
Lequel,en triste désarroi,
Fut conduit devant notre Roi.
Ce n’est pas, certe [sic.], un Exploit mince
Pour le Début d’une jeune Prince ;
Et, si celui de son amour
Fut tel alors que, l’autre jour,
Il fut joint à si belle Amie,
Au sortir de l’Académie
(Savoir à l’Infante BRANCAS),
La peste ! que ne fit-il pas ?

Mais n’oublions point de CHEVREUSE,
Ce DUC, dont l’Âme est amoureuse
Du bel Honneur aussi, ma foi,
Et dans les Dangers sans effroi,
À la Tranchée a fait connaître
Qu’en la Guerre il est passé Maître.

Comment ? blessé tout fraîchement
Et même assez notablement,
Il voulait retourner en Garde,
Tant de ferrailler il lui tarde,
Si notre ROI, d’un ordre altier,
Ne l’eût fait rentre au Quartier.

C’est comme Monsieur son BEAU-PÈRE,
Que ma Clion beaucoup révère,
Agit ardemment pour l’ÉTAT
Et sert son brillant POTENTAT,
Et c’est de la sorte se rendre
Du fameux COLBERT digne GENDRE.

Le brave MALAGOTY
Fut ajusté, tout de rôti,
Dedans cette Tranché encore,
Car, sans que la Pilule on dore,
Il eut, avec quelques Consorts,
D’un Mousquet à travers le corps ;
Mais c’est de LILLE assez écrire,
N’en pouvant aussi bien tout dire.

-Départ du Dauphin pour Saint-Germain :

C’est à RUEL, non à MAISONS,
Savoir à tous nous le faisons,
Que notre charmant DAUPHIN loge :
Mais, dès ce jour, il en déloge
Pour s’en aller à SAINT-GERMAIN,
Où, ce dit-on, Mardi prochain,
Nous aurons notre Cour entière.
Ô pour nous la belle matière !

-Une anecdote concernant la guerre de Flandre :

LE SOLDAT-FILLE.

Quelques Déserteurs, l’autre jour,
Furent pris dans le grand Faubourg,
Et, comme l’on ne garde guères
De semblables malheureux Hères,
On les condamne en moins de rien
À faire le Saut aérien,
ID EST, à danser sous la corde,
Sans aucune miséricorde.

Mais l’un de ses Infortunés,
Comme au Supplice ils sont menés,
Demande à son Juge audience
Sur une affaire d’importance ;
Il la lui donne, et le Soldat
Lui dit : « Monsieur le Magistrat,
» Il est bon que je vous découvre
» Je suis fille, et non pas Garçon,
» Ainsi que j’en ai la façon.
» Depuis quinze ans et davantage,
» J’ai vécu sous cet équipage
» Et toujours bien servi le ROI,
» Jusqu’à ce présent désarroi,
» Dans telle et dans telle rencontre. »
Racontant ces choses, il montre
Des marques de tout ce qu’il dit,
Marques qui sont sans contredit
Et qui font voir une Amazone
Qui n’avait point été Poltrone.

Or, son Sexe étant avéré
Par un Chirurgien Juré,
Lequel la cautionna même
Pucelle comme en son Baptême,
Le Juge, plein d’étonnement,
L’exempta de son jugement,
Et le PASTEUR de SAINT-SULPICE,
Aux vœux de la fille propice,
Qui demanda, changeant d’habit,
Qu’en un Monastère on la mit,
Se chargea de cette bonne œuvre,
Pour couronner le beau chef d’œuvre.
De la PROVIDENCE des CIEUX
Qui, dans ce cas, brille des mieux.

Lettre du 11 septembre 1667, par Robinet.

-Madame retrouve son mari à Villers-Côterêts :

Comme je dois, de loin aussi bien que de près,
Vous rendre mes Devoirs, ô divine PRINCESSE,
Voici ce que j’écris à votre auguste Altesse,
En son charmant Villers-Cotret [sic.].
Je sais qu’étant allée en ce Lieu de Plaisance
Recevoir PHILIPPE de France,
Ce Héros tout couvert de Gloire et de Laurier,
Vous aurez bien d’autres affaires,
Sans doute, à démêler avec ce beau Guerrier,
Qu’à jeter vos beaux Yeux si remplis de lumières
Sur cet Historique Cahier ;
Mais je ne prétends pas vous troubler nullement
Dedans un Entretien à l’État nécessaire
Et qu’on doit regarder comme un sacré Mystère,
Dont il lui peut venir un Demi-Dieu charmant.
Non, non, loin d’y prétendre apporter nul obstacle,
Je conjure l’Amour d’y produire un Miracle,
C’est-à-dire un Héros aussi vaillant que beau.
Je consens à ce Prix, Héroïne parfaite,
J’en jure par le grand Flambeau,
Que vous ne lisiez point ma petite Gazette
Qu’enfin nous n’ayons vu ce Chef d’œuvre nouveau.

-Fêtes à Paris célébrant la prise de Lille :

L’AIDE de nos CÉRÉMONIES,
Ayant remis aux COMPAGNIES,
Comme il sait faire, en bel arroi,
La Lettre de Cachet du ROI,
Pour rendre Grâce, en cette Ville,
De la Réduction de LILLE,
Le pénultième Vendredi,
À quatre heures après midi,
Cela se fit en leur présence,
Et du grand CHANCELIER de FRANCE,
En très bon RÉ-MI-FA-SOL-LA,
Le Canon joignant à cela
Les Bou-dou-dous qui, sur la Terre,
Semblent copier le Tonnerre.

Après, quand la brunette Nuit
Eut à QUIA le Jour réduit,
On alluma les Feux de joie,
De qui force Bois fut la proie,
Dans tous les Cantons de Paris,
Où régnaient les Jeux et les Ris,
Et des millions de Fusées,
Ayant au CIEL pris leurs visées,
Remplirent le vague des Airs
De doux et gracieux Éclairs,
Et de Serpenteaux et d’Étoiles,
Qui de la Nuit perçaient les toiles
Et troublaient, par un fort beau bruit,
L’affreux Silence qui la suit.

Mais quoi ! tous ces Feux ordinaires
Étaient, ce Soir-là, Feux vulgaires
Et, pour en voir de tout nouveaux,
Tout spirituels et tout beaux,
Et remplis de galanteries,
Chacun courut aux TUILERIES,
Où notre ROI victorieux
Sera mieux logé que les Dieux.
Là GISSEY, le Concierge habile [XXX.]
De ce merveilleux Domicile,
Par une façon d’éclairer
Qu’on ne peut assez admirer,
N’étant point du tout coutumière,
Peignait, avec de la Lumière
Dont les yeux étaient éblouis,
Les rares Exploits de LOUIS.

Cet auguste et brillant MONARQUE,
Que sur la Terre l’on remarque
Comme le Soleil dans les Cieux,
S’y voyait en Victorieux,
Ayant d’Apollon la figure,
Qui mettait en déconfiture,
À la gloire de son grand Nom,
La Loucharde Rebellion
Et les Monstres de sa Cabale,
Savoir la Fraude déloyale,
L’Injustice qui la soutient,
Et l’ignorance qui maintient
De tout bon Droit cette Ennemie ;
Ce qu’expliquer il ne faut mie,
Puisque l’on voit trop clairement,
Sans nul besoin de Truchement,
Que ce sont justement les quatre
Qu’en cette Guerre il faut combattre,
Et qui font gendarmer LOUIS
Aujourd’hui dans les BAS-PAYS.

Sous l’Apollon, à Tresse blonde,
Paraissait le Globe du Monde,
Où nos triomphants Lys brillaient
Et, de cette façon, marquaient
Une universelle Puissance
Du Grand MONARQUE de la FRANCE.

Au surplus, de tous les côtés,
Par l’effet des mêmes Clartés,
Se voyaient des Masses tracées,
De Serpents, toutes enlacées,
Avec des Sceptres couronnés,
Symboles bien imaginés,
On le peut dire en conscience,
De la Force, de la Prudence
Et du Bonheur du POTENTAT,
Qui fait fleurir son grand ÉTAT
Par ces trois admirables choses,
Dedans tous ses Projets encloses.

Donc, par ces Feux ingénieux,
Leur Auteur avait fait bien mieux
Qu’on ne saurait jamais les dire
Les Éloges de notre SIRE.

Mais GISSEY doit sur nouveaux frais
Retracer ces brillants Portraits,
Car ce CONQUÉRANT plein de Gloire,
Ce digne FILS de la VICTOIRE,
Entassant Lauriers sur Lauriers,
Vient, avec ses fameux Guerriers,
D’achever de peindre l’ESPAGNE,
Même au milieu de sa CAMPAGNE.

Vous avez su comment MARCIN,
Loin d’exécuter son Dessein
Pour la délivrance de LILLE,
Devant ce HÉROS a fait gile,
Malgré ses Projets fanfarons,
Abandonnant maints Escadrons,
Dont nos Vaillants avecque joie
Ont fait leur belliqueuse Proie ;
Vous avez su comment aussi,
De son salut prenant souci,
Le hasardeux PRINCE DE LIGNES,
Qui devait attaquer nos Lignes,
À ce MARCIN bien imité.
Laissant, avec dextérité,
Grand nombre des Siens pour les Gages
Et répondre de leurs Courages.
Mais aux Caution mal en prit,
Comme bientôt on nous l’apprit,
Car trois cents, dedans la Bataille,
Moururent d’estoc et de taille,
Et plus encor de nos Guerriers
Demeurèrent les Prisonniers,
Dont son ANTOINE de CORDOUE,
Que de grande bravoure on loue,
Le Seigneur de VILLA-NOVA,
Qui son courage aussi prouva,
Pareillement le Sieur RHINGRAVE,
Qui tranchait ainsi qu’eux du Brave,
ITEM, un COLONEL LIMBEC,
Qui n’avait jamais bu Sorbec,
ITEM des Majors, des Alfiers
Et beaucoup d’autres Officiers.

D’ailleurs, outre ces Avantages,
On enleva maints Équipages ;
Des Timbales, je pense, dix,
Dans le Butin furent compris,
Et dix-huit Étendards encore,
Si bien je me le remémore,
Firent très assurément part
De cet Exploit assez gaillard.

Ainsi donc, à bonnes Enseignes,
Sans que nul contredit tu craignes,
Tu peux bien dire, ma CLION,
Et mêmes sur un plaisant ton,
Que ledit MARCIN et de LIGNES,
Qui sont pourtant Guerriers insignes,
Ont été défaits pleinement
Et tout à fait gaillardement.

Mais quelle était leur Entreprise
Et par quelle étrange méprise
Avaient-ils pu se proposer
De s’en venir ainsi gloser
Sur les Exploits de notre SIRE,
Et de les pouvoir contredire,
Lorsque la Victoire en tous lieux
Le couronnait selon ses Vœux ?

CRÉQUI, si digne de louanges,
Avecque ses fières Phalanges,
Tout le beau premier les rossa
Et jusque bien loin les poussa ;
Le preux COMTE de LILLEBONNE,
Doué d’Âme vaillante et bonne,
Et qui commande les Lorrains,
Afin d’accroître les chagrins
De ces Gens qu’on venait de battre,
Alla sur eux encore rabattre,
En les coupant dans leur chemin,
Et les frotta de vive main,
Et non point vraiment de main morte,
Ce qui n’accrût pas leur Cohorte.

Enfin, le Marquis de Belfons,
Soit sur un haut ou dans un fonds,
Tombant aussi sur leur Reliques,
Les chargea de coup authentiques ;
Et voilà comment ce TRIO
De BRAVES fit pic et capot,
Par des Exploits certes d’eux dignes,
MARCIN et le PRINCE de LIGNES.

Mais ce beau Succès, néanmoins,
Au rapport de mille Témoins,
Se doit entrer à notre SIRE,
Cent fois plus grand qu’on ne peut dire ;
Car ce fut Lui qui, pareillement,
Disposa tout si justement
Qu’en un mot, il en eut l’issue
Tout ainsi qu’il l’avait conçue.

Après ce beau Chef-d’œuvre là,
Qui fait beaucoup soupirer là
(Là, c’est-à-dire dans BRUXELLE)
Le déconforté DOM CASTILLE,
Qui, dit-on même, de dépit,
En fait demander à MADRID
Permission pour sa Retraite,
De peur de sa propre Défaite,
Notre admirable CONQUÉRANT,
Qu’il faut nommer LOUIS le GRAND,
Vint, dans ARRAS, joindre la REINE,
Cette adorable Souveraine,
Qui, d’un cœur pieux et bénin,
Comme un Moïse féminin,
Avait, dedans son Oratoire,
Prié le DIEU de la VICTOIRE,
Pour la donner incessamment
A ce JOSUÉ si charmant.

De là, ces chers PORTE-COURONNE,
Que la pure Gloire environne,
Passèrent par maintes Cités,
Où l’on les a félicités
Avec les Transports d’allégresse,
Et de respect et de tendresse
Qu’il est aisé d’imaginer,
Mais que l’on ne saurait borner.
D’ici, notre SÉNAT SUPRÊME
Alla jusques à MOUCHI même,
Comme aussi les trois autres COURS,
Dont l’on a besoin tous les jours,
Les COMPTES, AIDES et MONNAIES,
Qui causent à maints grandes joies,
Haranguer, sur ses beaux Exploits,
Ce plus puissant de tous les Rois,
Et qui, pour tout vous dire au reste,
Les reçut en Vainqueur modeste,
Répondant en termes charmants
À leurs respects et compliments.

Enfin, terminant sa CAMPAGNE,
Aussi fâcheuse pour l’ESPAGNE
Qu’elle est glorieuse pour Lui,
Nous le revoyons aujourd’hui,
En son beau SAINT-GERMAIN EN LAYE,
Et LUTÈCE en est tout gaie,
Souhaitant, par un cher souci,
Qu’il revienne chez elle aussi,
Étant, sans doute, préparée
À lui faire une digne ENTRÉE,
Et dans ses Murs et dans ses Cœurs,
Comme au plus charmant des Vainqueurs,
Ainsi que notre CORPS-DE-VILLE,
Par une Harangue en bon style,
L’a je le sais, bien protesté
À cette auguste Majesté.

Quand cela se fera, PRINCESSE,
DIEU sait si votre belle ALTESSE
Y fera briller ses Attraits,
Ayant quitté Villers-Cotret,
Avec votre ÉPOUX si bellique,
Qui, faisant aux Dangers la nique,
S’est signalé, depuis trois mois,
Par tant de hasardeux Exploits,
Et qui, dans l’Action dernière,
Emporté de l’ardeur guerrière,
Courut encor aux Ennemis,
Pour les charger SEMEL et BIS,
Sans tant soit peu reprendre haleine,
S’il n’eut, par le PRINCE TURENNE,
Été dans sa course arrêté,
Fort au gré de Sa MAJESTÉ,
Qui craignait qu’un Valeur telle
Lui fut funeste autant que belle.

Lettre du 18 septembre 1667, par Robinet.

-Nouvelles de Flandres :

Les Nôtres maintenant, en Flandres,
Laissent plaindre, sur leur Esclandres,
Monsieur RODRIGUE et ses Consorts,
Sans attaquer Villes ni Forts,
Ni travailler à d’autres choses
(Attendant le retour des Roses,
Temps plus propre aux belliqueux Faits)
Qu’à conserver les beaux Aquêts,
Qu’en moins, je crois, de cet journées,
LOUIS, Maître des Destinées,
Vient de faire en déduction
De sa juste Prétention.

S’il eût voulu, ce digne SIRE,
Il aurait pu, tout d’une tire,
Prendre par manière d’Ébats
Tout le reste des PAYS-BAS,
Mais il a borné sa Campagne,
Pour donner le temps à l’ESPAGNE
De rentrer dedans son bon sens
Et, sans attendre le Printemps,
De lui faire Droit plus vite,
Sans quoi, ma foi, je la vois cuite.

Le sage MARQUIS de BELFONS,
Fort brave, je vous en réponds,
Et dans mainte autre chose habile,
A le Gouvernement de LILLE,
Comme aussi d’ORCHIE et DOUAI
(Cet Article est constant et vrai),
Et les autres dont je décharge,
Ici proche, les Noms en marge,
Ont celui de ces autres Lieux.
Qu’à côté je nomme avec eux
[XXX.]

Ce sont tous Hommes de cervelle,
D’Honneur, de Courage et de Zèle,
Et qui, dans ces Conquêtes-là,
Ont du moins passé pour cela.

Ainsi, ces Postes d’importance
Sont désormais en assurance,
Et les Ennemis obstinés
N’ont garde d’y porter leur nez.

Mais, à propos encor de LILLE,
On dit que cette aimable Ville,
L’une des plus riches Cités,
Est féconde en rares Beautés,
Et que ces Créatures,
De qui maints Cœurs sont les captures,
Craignaient, en voyant nos Exploits,
De tomber dessous les Français.

Mais j’ose dire, sans peut-être,
Qu’ayant le bien de les connaître,
D’autres Passions en leur cœur
Prendront la place de la Peur ;
Qu’elles diront, tout au contraire,
Tant leur humeur saura leur plaire,
Qu’elles ne pourraient constamment,
Jamais tomber plus doucement,
Et même, de façon civile,
Pour la sûreté de leur Ville,
Voudront, par des soins belliqueux,
Travailler sans doute avec eux
À faire, sous le Capricorne,
De nouveau Ouvrages à Corne.

Lettre du 24 septembre 1667, par Robinet.

-Nouvelles de Flandres :

À propos de guerriers Exploits,
Au grand dépit des Bruxellois,
Le fameux PRINCE de TURENNE,
Qui, pour ce, de notre Hypocreine
Mérite bien tant soit peu d’eau,
En vient de faire un assez beau.

Sans s’amuser à la Moutarde,
Ayant eu l’avis d’Oudenarde
Que l’Espagnol faisait complot
De se retrancher dans ALLOT,
Place par Nous sur lui gagnée
Et puis par Nous abandonnée,
Fut vite de ce côté-là,
Pour vous les dénicher de là.
Arrivant illec, l’onzième,
Il fit pousser à l’instant même,
Par de fiers et vaillants Dragons,
Une Garde vers l’un des Ponts.
Le soir, on ouvrit la Tranchée,
Et, le lendemain, la Nichée
Dénicha dès le point du Jour,
Sans bruit de Trompette et Tambour,
Et fut droit conduite à Bruxelles,
Pour réjouir Monsieur Castelle.

Au reste, cette Garnison
N’était pas petite, dit-on,
Car elle était de huit cent Hommes,
Y comprit quelque Gentilshommes,
Et, croyant-là passer l’Hiver,
De peur d’être prise sans vert,
Elle avait Plomb et Poudre et Mèche,
De le plus fine et la plus sèche,
Jusques à quatorze millers,
Deux Canons des plus meurtriers,
Du lard, des œufs, des choux, des raves,
Qu’aiment fort plusieurs de ces Braves,
Et maints autres Ingrédients,
Desquels profitèrent nos Gens.
Après quoi, l’on a mis belle-erre
ALOST à bas, rez pieds, rez terre,
Afin d’empêcher désormais
L’Espagnol d’y nicher jamais.

DE COURCELLE, en cette rencontre, [Qui commande l’artillerie.]
De son Courage faisant montre,
D’un Mousquet sans discrétion
Reçut une Contusion.
De COASLIN, Duc de mérite,
Pour beaucoup moins s’en trouva quitte,
Car son Cheval, heureusement,
Pour lui fut blessé seulement.
BERTILLAC, en propre personne, [Lieutenant aux Gardes.]
Y fut maltraité de Bellonne,
Mais légèrement, toutefois,
Et sans danger pour cette fois ;
Mais DECRON, plus que tous à plaindre, [Enseigne aux Gardes.]
Par malheur, s’y sentit atteindre
D’un coup tout à travers le Corps,
Qui l’assigna parmi les Morts.

De là, l’on fut devers LIQUERGUE,
Près de BRUXELLE et non de BERGUE,
Se saisir encor d’un Château
Fait à l’Antique, et bon et beau,
Et qu’on fit, parlant de tout prendre,
Sans coup férir sur le champ rendre.

Mais quoi donc, quoi ? les seul Français
Aux PAYS-BAS font des Exploits,
Et les Ennemis, en extase,
Demeurent nichés en leur Case,
Sans faire voir, en Gens de cœur,
Quelque Échantillon de Valeur ?
Non, non, vraiment, de par le Diantre :
Et ne faut point que sous le Ventre
On aille leur mettre le Feu.
Chut, donc, écoutez-nous un peu,
Et vous verrez qu’en conscience
Ils se frottent et d’importance.

Deux partis, sortis, pour le vrai,
De VALENCIENNE et de CAMBRAI,
S’étant joints dedans un Village,
Pour enlever sur son Passage,
En Corps-Saint, l’Intendant TALON, [Intendant dans le XXX.]
Au retour de LILLE, dit-on,
Où, sans doute, pour quelque Affaire
Il s’était trouvé nécessaire,
Le Sieur Gouverneur de BOUCHAIN,
De ce Village-là prochain,
Ayant une ferme croyance
Que c’étaient des Troupe de FRANCE,
Envoya soixante Frotteurs
Pour très bien frotter ces Messieurs.

Il viennent et, sans reconnaître
Qu’ils sont sujets d’un même Maître,
Dessus le QUI-VIVE abusés,
À l’instant, en mal-avisés,
Se chargent d’une telle sorte
Que, selon qu’on nous le rapporte,
Du moins quarante et cinq ou six
Furent navrés, ou bien occis,
Avant qu’il sussent leur bévue,
Tant, lors, ils avaient la berlue.
Hé bien ? après cette Action,
Puis-je pas dire tout de bon
Et sans que l’on s’en fâche en FRANCE
Qu’ils se frottent, et d’importance ?

Lettre du 1er octobre 1667, par Robinet.

-Nouvelles de Flandres :

Sa belle et glorieuse Armée,
De qui la Dame Renommée
Dit maintes choses dans Madrid,
Dont l’un est dolent et contrit,
Est encore (loin de Dunquerque)
En son dernier Camp de Liquerque,
Tandit qu’Alôt à bas est mis ;
Et, pendant cela, ses Partis
S’en vont partout battre l’Estrade,
Donnant Aubade ou Sérenade
Aux Portes des Villes et Bourgs
Des Espagnols, qui font les sourds,
Ou marmottent leurs Patenôtres,
Sans jamais rien répondre aux Nôtres.

C’est, dit-on, que, fort sagement,
Ils attendent patiemment
Toutes les forces nécessaires ;
Mais ce sont de grandes Affaires,
Et les Ministères, à Madrid,
Sur cela perdent leur Esprit.
Il voulaient envoyer à VIENNE
De leurs Doublons mainte centaine,
Pour y lever des Fantassins ;
Et puis, en changeant de Desseins,
De crainte de s’aller méprendre,
Ils ont cru qu’ils devaient attendre
Que l’Empereur, premièrement,
Eût déclaré son Sentiment
Sur cette Affaire d’importance,
Qui fort l’inquiète, en conscience.

Cependant, de notre Côté,
Notre brillante MAJESTÉ,
Désirant mettre à bout l’ESPAGNE
Dedans la future Campagne,
Donne ordre à tous ses grands Apprêts,
Qui devant le temps seront prêts,
Et, pour avancer ses Conquêtes,
Il fait Choir de certaines Têtes
Dont l’ancienne et sage Valeur
Pour les Ennemis me fait peur.

-Les Grands de France s’apprêtent au combat par un entraînement spectaculaire :

D’ailleurs, notre illustre Jeunesse
Ou bien notre jeune Noblesse,
Brûlant de cueillir des Lauriers
À côté de ces grands Guerriers
Et sur les pas de la Victoire
Qui notre Roi couvre de gloire,
Apprend le beau Métier de Mars,
Et comme on force des Remparts,
Attaquant une Forteresse,
Qu’au plus grand Faubourg de Lutèce [Le Faubourg S. Germain.]
L’Académiste BERNARDI,
Personnage d’un cœur hardi,
Exprès pour l’instruire, a fait faire,
Par un zèle qu’on ne peut taire.
Monsieur le MARQUIS de BRÉVAL,
Qui des mieux se tient à cheval,
L’Attaque du Poste commande,
Avec une adresse fort grande,
Faisant ce qu’on fait en cela,
Mais, pour le repousser de là,
Saint MAURICE fait la Sortie, [Le comte de S. Maurice.]
De Cadets très bien assortie,
Et, bref, l’Auteur du Fort susdit
Est dedans, à ce qu’on m’a dit,
Pour travailler à sa Défense ;
Ce qui se fait en la présence
Du plus beau Monde de Paris,
De cette belle Guerre épris,
Où de franche poudre de Chypre
(Qui rime des mieux avec Ypre [sic.])
On charge, je crois, les Mousquets,
Pour en tirer des coups coquets.

Lettre du 8 octobre 1667, par Robinet.

LOUIS, par un charmant souci,
De son Saint-Germain vint Ici,
Pensant décider la Querelle
Que PHILIPPE avait avec elle :
Mais ce MONARQUE plein d’Appas
Ne la trouva, par ma Foi, pas,
Et, sur le point de sa visite,
Elle avait quitté son beau Gîte
Pour aller chez les Ennemis,
Où tout lui peut être permis,
Et même d’être CONTINUE,
Si notre Guerre continue.

Ainsi, sa Grande MAJESTÉ,
Après avoir félicité
Le PRINCE dessus sa Victoire,
Plus ravi qu’on ne le peut croire,
Reprit bien et beau le chemin
Dudit Château de Saint Germain,
D’où son adorable THÉRÈSE,
Qui des Vertus a plus de treize,
Avait, par un même souci,
Envoyé vers MONSIEUR aussi,
Diverses fois, un galant Homme
Que DE VISÉ partout on nomme,
Et qui fort honorablement
S’acquitta de son Compliment.

-L’hiver fait cesser la guerre en Flandres :

Mais, à propos d’Exploits de Guerre
Sur ladite Flamande Terre,
Ils sont bornés par la Saison
Où chacun garde le Tison,
Et, dans très peu de jours, nos Troupes,
Vont tailler et manger leurs Soupes
En de fort bons Quartiers d’Hiver,
Jusques au temps du nouveau Vert,
Où naissent les Lys et les Roses ;
Ainsi donc, parlons d’autres choses.
Lettre du 15 octobre 1667, par Robinet :

-Nouvelles de Flandres :

Ceux de Flandres, pour le Présent,
Dont ne rit pas le Paysan,
Consistent en Courses utiles,
Où, jusques aux Portes des Villes,
Nos Partis enlèvent, dit-on,
Toujours le Bœuf et le Mouton.
D’autre part aussi, notre Armée,
Dont va si loin la Renommée,
Ayant toujours de bons Quartiers,
Les avait pris, les jours derniers,
Proche d’Enguyen, à Gamérage, [Entre Nemours et Grassosi.]
Où tout abondait en fourrage
Pour les Hommes et les Chevaux.

Mais ajoutons, en peu de mots,
Que cela fâche, dans Bruxelles,
Beaucoup le MARQUIS de CASTELLE,
Qui, par la Podagre arrêté,
Ne peut, en bonne vérité,
S’opposer à tous ces désordres
Que par de tels quels petits ordres,
Lesquels, aussi malsains que lui,
Ne pourront empêcher meshui
Les Nôtres de faire leurs Orges.

À propos, le COMTE DE LORGES
Est allé, dans un bel arroi,
Pour commander à CHARLEROI,
D’où Monsieur le MARQUIS D’HUMIÈRE,
Pourvu de cœur et de lumière,
Est venu prendre promptement
De LILLE le Gouvernement.
Notre auguste et si sage SIRE,
Ainsi qu’on vient de me le dire,
Donnant au MARQUIS de BELFOND
(Car il a, d’Honneur, plusieurs Fonds)
Quelque autre Emploi non moins insigne,
Ni de sa Bravoure moins digne.

Lettre du 22 octobre 1667, par Robinet.

-Reprise des représentations du Ballet des Muses, après la guerre de Flandres :

Nos vaillants PALADINS de FLANDRES,
Ces Friands de guerriers Esclandres,
En attendant le gai printemps,
Commencent de passer le temps
A baller en l’honneur des Muses,
Qui ne sont plus Filles camuses
Depuis que notre grand Vainqueur
A pris leurs Intérêts à cœur.

Ce qu’on danse sont huit Entrées,
Qui sont les plus considérées
Du Ballet de l’Hiver dernier,
Ainsi que je l’appris hier ;
C’est à savoir, celle des BASQUES,
Dont, comme eux, les Pas sont fantasques,
Des BERGERS et des BOHÉMIENS,
La plupart étranges Chrétiens,
Des DÉMONS, Gens fort laids et haves,
Des PAYSANS et des ESCLAVES,
Des MAURES et des ESPAGNOLS,
De nos Progrès pires que Fols,
Et qui, dedans leur Décadence,
N’ont guère le cœur à la Danse.
Quoi qu’il en soit, de beaux Récits,
En ce Spectacle sont ouis,
Où, certes, l’admirable HYLAIRE
Charme par sa voix nette et claire.
ORPHÉE, ou BAPTISTE, pour lui
(Car c’est bien tout un aujourd’hui),
Y tient, sous ses rares merveilles,
L’âme en Laisse par les oreilles.
Les grands et petits Violons,
Qui sont comme autant d’Apollons,
Là pareillement vous ravissent,
Et, sous leurs tons, les Sens languissent,
Par le sentiment du plaisir
Qui vient doucement les saisir.
La Scène est pompeuse et brillante,
Plus que n’est la Sphère roulante
D’où chaque jour naît la Clarté,
Et notre auguste MAJESTÉ,
Guerrière comme un Dieu de Thrace,
Des Pas de Souverain y trace,
Parmi ceux de ses Courtisans,
De Compliments grands Artisans.

Le grand Bal s’y donne à l’issue,
Où maints Objets charment la vue,
Tant par leurs Attraits grâcieux.
Leurs rouges Bouches, leurs beaux Yeux
Et le reste de leurs visages,
Que par leurs riches Équipages.
Nos deux exquises MAJESTÉS,
Toutes couvertes de clartés,
En font les Démarches premières
Avec leurs Grâces coutumières,
Et tous leurs Pas, en noble arroi,
Sont des Pas de Reine et de Roi.

Le FILS de ce COUPLE adorable,
Notre DAUPHIN incomparable,
Avec quelque GRÂCE, à son tour,
Y paraît plus beau que l ‘Amour.
MONSIEUR, qu’on voit si fier en FLANDRE,
Reprenant illec son air tendre,
Y danse, non coussi coussi,
Tout ainsi qu’un Mars radouci,
Et, pour tout dire, en fin finale,
En ce Bal, on sert un Régale,
Et de Bonbons et de Liqueurs,
Pour ravitailler les Danseurs,
Et (quoi que tous très jeunes Couples)
Leur rendre les Jambes plus souples.

Grande HÉROÏNE à qui j’écris,
Vous savez tout ce que je dis,
Car, en qualité de Bergère,
Vous avez, dedans le Ballet,
Votre Entrée et votre Rôlet,
Où vous semblez une Déesse
Bien plutôt qu’une humaine ALTESSE ;
Mais, sous votre Permission,
Je fais cette Narration.
Pour tous ceux qui lisent ma Lettre,
Où je vais encor ainsi mettre,
Sous votre bon Plaisir aussi,
Quelques Chapitres que voici,
Contenant, certes, maintes choses
Qui ne vous sont pas Lettres closes.

-Le roi et ses activités :

LOUIS, le dernier Samedi,
Vint Ici, dessus le Midi,
Voir son PALAIS des TUILERIES,
Jadis Lieu des Galanteries
De la Bourgeoise et du Bourgeois ;
Et ce plu grand de tous les Rois
Put voir que l’Art et la Nature
(À tous les Étrangers je l’assure)
Ne sauraient, joignant leurs efforts
Par leurs plus ravissants Accords,
Lui faire un plus beau Domicile
Pour le gîter en cette Ville ;
Car même les douze Maisons
Où loge le Roi des Saisons
Ne sont au prix, chose certaine,
Que des Maisons, à la douzaine.
Qu’il y vienne, donc, pour l’Hiver,
Sans faute, après la Saint-Hubert ;
Dans ce Palais, où rien n’est mince,
Il sera logé comme un Prince,
Et tout le Peuple de Paris
D’aise en poussera mille cris,
Car avec ardeur il désire
De revoir ici ce cher SIRE,
Que l’on considère, en tout Lieu,
Tout ainsi qu’un franc VICE-DIEU.

De là, passant par le vieux Louvre,
Un tant soit peu distant de Douvre,
Il alla voir les GOBELINS,
Dans le Faubourg des Marcelins,
Où COLBERT, le grand Majordome,
Des Finances digne Économe,
Avait tout fait mettre en état
De charmer notre POTENTAT.

De ce beau Lieu-là donc l’Entrée
D’un grand Arc était illustrée,
Avec les Tableaux de Le BRUN,
Dont le Pinceau n’est pas commun,
Et maints Reliefs aussi fort rares,
Le tout exempt des moindres tares
ITEM, la spacieuses Cour
De ce divertissant Séjour,
Était superbement tendue,
Et, là, pour enchanter la vue,
Dans le fond était un Buffet
D’Architecture, très complet,
Où paraissait, sans menterie,
Tout ce que l’Art d’Orfèvrerie
Peut montrer de rare aux Humains :
Mais, surtout, vingt-quatre Bassins
Y jetaient les Gens en extases,
Avec pareil nombre de Vases
Et tout autant de beaux Brancards,
Du Dessein de ce Maître es arts,
De ce Le BRUN, de cet illustre,
Qui se couvre d’un si beau lustre.
Mais ce n’est pas encore tout,
Et je ne suis pas même au bout,
Ajoutant deux grandes Cuvettes,
Aussi très artistement faites,
Deux Chaînets, quatre Guéridons,
Ornés de petits Cupidons,
Et vingt-quatre autres puissants Vases
Pour servir de superbes Cases
À des Orangers fortunés,
Pour plaire à LOUIS destinés.

Tous ces grand Ouvrages, au reste,
Formant un Spectacle céleste,
Dont l’on était émerveillé,
Sont d’un bel Argent ciselé,
Et d’un Travail dont la manière
De beaucoup passe la Matière,
Encor qu’elle soit (par Saint-Marc)
Du poids de vingt-cinq mille un Marc.

Sa MAJESTÉ, pour lors suivie
D’une nombreuse Compagnie,
Dont était le fameux CONDÉ,
Qui va bientôt avoir le Dé,
Passa de ce pompeux Spectacle,
Qui paraissait un Tabernacle,
En d’autres endroits de Léans,
Où se font, par diverses Gens,
Les superbes Tapisseries,
Les charmantes Marqueteries,
Les Sculptures et les Tableaux,
Autant de chef-d’œuvres nouveaux ;
Puis, Elle vit, et fut raie,
D’autres Pièces d’Orfèvrerie,
D’un second Dessein tracé ;
Et tout cela servait de marque
De la Grandeur de ce MONARQUE,
Qui peut faire de si grands Frais,
En Guerre comme en pleine Paix ;
Ce qu’il faut que Monsieur l’IBÈRE
Sérieusement considère.

-La fausse bataille toujours en cours au cœur de Paris :

Toujours en notre grand Faubourg,
Près le Palais de Luxembourg,
À l’Assaut d’un Fort on s’exerce,
Mais sans qu’on tue et que l’on perce,
Ni qu’on y fasse mal ni peur.
Mardi, BEAUFORT, Homme de cœur.
[Ledit Sieur de Beaufort eut Fils de celui qui a montré les Exercices de Guerre au Roi.]
À son tour attaqua la Place,
Et de CHAPAT, avec audace,
Entreprit, suivi de ses Gens,
De jeter un Convoi dedans
Et, pour ce, de forcer les Lignes,
Par des efforts de lui bien dignes,
Mais, quoi ? ce brave de Beaufort,
Qui voulait emporter le Fort,
De telle sorte le maltraite
Qu’il le contraint à la Retraite.
Ensuite, les Assiégés,
D’un si mauvais tour enragés,
Sur lui firent une Sortie,
En laquelle sa répartie
Les fit, plus vite qu’un éclair,
Jeter dans le Chemin couvert.
Au surplus, toute la Soirée
De leur grand Feu fut éclairée ;
Et puis, comme aux Sièges du Roi,
On fut au Bivouac ou Bivoy.

Lettre du 5 novembre 1667, par Robinet.

-Une sortie française vers Cambrai :

Un Marquis, d’Âme très guerrières,
Qui commande sur la Frontière
Les Troupes de Sa MAJESTÉ,
Avec beaucoup d’activité
(C’est de BELFONS que je veux dire),
Me fournit ce Début à rire,
Aux Dépens de nos Ennemis,
Qu’en fort beaux Draps blancs il a mis,
Naguère, entre Monts et Bruxelle ;
Lisez donc : l’Action est belle.

Le Seigneur MARQUIS de CONFLANT,
Lequel d’orgueil s’allait gonflant,
Venait de Cambrai, vent en poupe,
Sur un Courtaut à large croupe,
Avec huit lestes Régiments,
Tous, dit-on, pleins de braves
Les trois quarts en Infanterie
Et le reste en Cavalerie :
Le tout de deux mille, à peu près,
Lesquels filaient par les Guérets,
Avec la fière contenance
De Gens qui sont en assurance.
Mais, à leur départ de MIGNAUT, [Village.]
Chacun d’eux devint bien penauds,
Découvrant, dans une Prairie,
La Françoise Cavalerie,
Laquelle montrait assez bien
Qu’elle n’était pas là pour rien,
Mais à dessein de les combattre
Et, sans doute, aussi de les battre.

En effet, notre de BELFONS,
Prudent et vaillant à plein fonds,
Conduisit si bien cette Affaire,
Que ce fut un mal nécessaire
Aux Espagnols d’être battus
Et de se retirer confus,
Excepté plusieurs de leurs Braves,
Que les Nôtre firent Esclaves,
Et c’est-à-dire Prisonniers,
Parlant en termes plus guerriers.

Le Butin fut aussi passable
Dedans cet Exploits mémorable :
On y prit même des Drapeaux
Portant de rouges Lionceaux,
Et de Timbales quelque Paires,
Très belles marques militaires
D’un Avantage tout entier
Qui doit l’Ibère humilier.
Mais, pour mieux étaler la Gloire
De cette nouvelle Victoire,
Il faut ajouter, en trois mots,
Qu’on n’avait que mille Chevaux
Et pas le brin d’Infanterie,
Ce qui fait voir, sans flatterie,
Que les grands DESTINS de LOUIS,
Par qui nos yeux sont éblouis,
Se firent de notre Partie,
Pour la rendre plus assortie.

-L’exercice militaire au Luxembourg toujours d’actualité :

À propos de guerriers Exploits,
Le Fort dont j’ai parlé deux fois
Exerce toujours, dans LUTÈCE,
Notre belle et noble Jeunesse,
Et, ces derniers jours, de BEAUFORT
Font-là, se signalant bien fort.
Monter la Garde à la Tranchée
(Qui de Morts se voit peu jonchée)
Par les Sieurs TAVANE et du SOU,
Puis se logea, savez-vous où ?
Ce fut dessus la Contrescarpe.
Cela mit le Fort en écharpe,
Avec le continuel Feu
Que l’on y fit, quoi que par jeu ;
Mais la Garnison, comme fine,
Fit aussitôt, par une Mine,
Culbuter tout le Logement
Et retirer soudainement
L’Assaillant, malgré son audace,
Par un autre Feu de la Place,
Et même une Sortie aussi,
Qui lui causa quelque souci.
Mais, désirant avoir la gloire
D’emporter sur eux la Victoire,
Il fit jouer, sur le haut ton,
Si fort à propos son Canon,
Qu’il leur en démonta deux Pièces,
Et, par bravoure et par finesses,
Il fit si bien, finalement,
Qu’il redressa son Logement.
Pas plus de ce célèbre Siège,
Quant à présent, Lecteur, ne sais-je.

Lettre du 26 novembre 1667, par Robinet.

-Tentative de conciliation des parties dans la guerre franco-espagnole par le Pape :

Notre Grand PONTIFE CLÉMENT
S’intéresse fort chaudement
Au Démêlé des deux COURONNES,
Et ses intentions sont bonnes ;
Mais l’ESPAGNE, aimant peu la Paix,
Pour la Guerre fait ses Apprêts,
Et l’on dit que DOM JEAN D’AUTRICHE,
Lequel n’est plus un Prince en friche,
Doit bientôt vers les Pays-Bas,
Avec Doublons, porter ses pas.
Il est, je le pense, très Brave ;
Mais, le fut-il plus qu’un Gustave,
Je crains bien pour lui toutefois
Qu’il soit battu par nos François.

(Textes saisis par David Chataignier à partir du Tome II (années 1666-67) de l'édition du Bon Nathan-James-Edouard de Rothschild et de Émile Picot, 1881-1883, Paris, D. Morgand et C. Fatout éditeurs).




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