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L'âge amènera tout


"Il est une saison pour la galanterie,
Il en est une, aussi, propre à la pruderie ; [...]
Je ne dis pas, qu'un jour, je ne suive vos traces,
L'âge amènera tout, et ce n'est pas le temps,
Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans."
Le Misanthrope, III, 4, v. 977-984

Des propos similaires sont tenus

  • par la coquette Done Elvire, héroïne du Favori de Mlle Desjardins, comédie créée par la troupe de Molière le 20 juin 1665 (1),
  • par la coquette Artelinde dans le roman des Scudéry Le Grand Cyrus (1649-1653) (2).

L'idée que le renoncement à l'amour est le fait de celles qui sont trop vieilles pour être aimées se trouve également

  • dans la nouvelle de Charles Sorel "La Mascarade d'amour ou la nouvelle des Précieuses Prudes" (1663) (3),
  • dans des maximes d'amour du recueil Barbin de 1666 (4).

C'est l'une des déclinaisons de l'opposition entre la prude et la coquette (voir "ARSINOÉ, CÉLIMÈNE").

Plus haut, Alceste stigmatisait le caractère inapproprié de la coquetterie chez une vieille femme ("à son âge il sied mal de faire la jolie").

Dans La Critique de l'Ecole des femmes, Dorante décrit également la prude comme une coquette "sur le retour de l'âge".


(1)

Plaisons donc dans le temps d'une belle jeunesse,
Et laissons sans regret l'estime à la vieillesse.
Se pique qui voudra de grande probité,
Pour moi je ne veux point de cette qualité
Et comme par le temps elle m'est destinée,
J'attends pour l'obtenir ma cinquantième année.
(Le Favori, II, 1, p. 20)

--

(2)

Ne songez vous point, ajouta Cléonice, que la jeunesse ne dure pas toujours ? et que la vieillesse et la galanterie ont une antipathie si grande, qu'il n'est rien de plus opposé ? Comment serez-vous donc un jour, quand tous vos galants vous abandonneront ? Ne soyons pas si prévoyante, répondit-elle, car pour moi je me trouve si bien de ne songer pas à tant de choses ; que je ne veux pas croire votre conseil : ni devenir trop prudente, de peur d'être malheureuse. Il me suffit, quand je suis à la saison des roses, de regarder dans mon miroir, si le peu de beauté que j'ai ne durera pas encore jusques aux premières violettes : et quand je m'en suis assurée, je me mets l'esprit en repos.
(Le Grand Cyrus, Partie IV, livre 3, p. 2501)

--

(3)

C'est à tort qu'elles ont voulu fonder un ordre particulier de précieuses, qui étant belles et jeunes, défiassent les forces de l'amour. Qu'elles laissent cette entreprise aux laides et aux vieilles, qui ne pouvant plus donner d'amour à personne, font très bien de s'empêcher d'en recevoir.
(Sorel, "La Mascarade d'amour ou la nouvelle des Précieuses Prudes", Oeuvres diverses, 1663, p. 80)

--

(4)

Les vieilles femmes ne trouvent personne pour les aimer.
(Maximes d’amour, Paris, C. Barbin, 1666, Section « Age », maxime 9, p. 3)

L’amour n’est pas le fait des vieilles gens.
(ibid., maxime 11)




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