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Je vis de bonne soupe


"J'aime bien mieux, pour moi, qu'en épluchant ses herbes,
Elle accommode mal les noms avec les verbes,
Et redise cent fois un bas ou méchant mot,
Que de brûler ma viande, ou saler trop mon pot.
Je vis de bonne soupe, et non de beau langage.
Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage,
Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots,
En cuisine peut-être auraient été des sots."
Les Femmes savantes, II, 7 (v. 525-532)

Le point de vue de Chrysale correspond à celui qui était exposé dans la Vie de Malherbe (1672) (1)

Le mot "soupe" est dénoncé comme bourgeois dans le traité Du bon et du mauvais usage (1693) de Callières (2)


(1)

Ses amis lui louant extraordinairement ce livre, comme un travail fort utile au public, M. de Malherbe leur demanda s'il ferait amender le pain et le vin. Il fit presque une même réponse à un gentilhomme de la religion qui l'importunait de controverse, lui demandant pour toute réplique si on boirait meilleur vin et si on vivrait de meilleur blé à la Rochelle qu'à Paris.
(p. 10) (1)

Etant allés dîner ensemble chez l'abbé Desportes, oncle de Régnier, ils trouvèrent qu'on avait déjà servi les potages. Desportes, se levant de table, reçut Malherbe avec grande civilité et offrant de lui donner un exemplaire de ses Psaumes, qu'il avait nouvellement faits, comme il se mit en devoir de monter en son cabinet pour l'aller quérir, Malherbe lui dit qu'il les avait déjà vus, que cela ne méritait pas qu'il prît cette peine, et que son potage valait mieux que ses psaumes.
(p. 11) (source : A. Counson, "La critique d'Alceste", Revue d'Histoire Littéraire de la France, XVIII (1911), p. 342.

(2)

J'allai il y a quelques jours chez un bourgeois de Paris [...] c'est un fort honnête homme, mais qui ne sait pas ces délicatesses de notre langue, qu'il est bon cependant de ne pas ignorer.
On nous servit d'abord deux potages et quelques entrées. "Laquelle aimez-vous mieux de ces deux soupes, me dit-il ; pour moi j'aime la soupe de santé.
[...]
Cette façon de parler, pour dire qu'on prie quelqu'un à dîner, est populaire, et quoique le mot de soupe soit français et en usage dans cette manière de s'exprimer familière et triviale, le bel usage veut qu'on dise un potage de santé et non pas une soupe de santé; le même usage fait qu'on dit toujours à la cour "on a servi les potages, on est aux potages" et jamais "on a servi les soupes, on est aux soupes"..
(p. 36-39)




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