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Je veux qu'on soit sincère


"Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur
On ne lâche aucun mot qui ne parte du coeur"
Le Misanthrope, I, 1 (v. 35-36)

Le thème de la sincérité en amitié, tout comme celui de la sincérité en amour ("parlons à coeur ouvert") est discuté dans les romans contemporains :

  • Dans Le Grand Cyrus (1649-1653) des Scudéry, le personnage de Mégabate est défini par sa sincérité, en particulier en matière d'amitié (1).
  • Au tome III (1657) de la Clélie, une conversation s'engage sur les limites respectives à donner, en amitié, à la complaisance et à la sincérité (2).

Alceste, qui condamne chez Philinte ce qu'il considère comme de l'hypocrisie ("votre chaleur, pour lui, tombe en vous séparant"), se présentera lui-même comme "un peu plus sincère qu'il ne faut".


(1)

Jugez donc, s'il vous plaît, quelle gloire c'est à Elise, d'avoir un ami du mérite de celui-là : un ami, dis-je, qui ne louant jamais que ce qui mérite d'être loué ; et louant avec chaleur et avec plaisir, ce qu'il juge digne de l'être ; lui donne tous les jours mille louanges, qu'elle préfère sans doute à celles de cent mille autres, parce qu'elle sait qu'elles sont sincères. Et je me souviens de lui avoir ouï dire, pour exagérer cette sincerité, qu'elle ne croyait pas si bien son miroir, qu'elle croyait Mégabate, lorsqu'il lui disait qu'elle était belle.
(p. 4612 [p. 310 dans l'éd. de 1656])

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(2)

- Je m'offre à l'heure même à soutenir que la complaisance est la meilleure, la plus agréable, la plus commode, et la plus nécessaire qualité qu'on puisse avoir. En effet, comparez un peu cet homme qui ne dit jamais non, à un autre que je connais qui ne dit jamais oui, qui dispute toujours, qui contredit tout le monde [...].
- En mon particulier, dit Herminius, je ne suis point contre [la complaisance] quand elle est raisonnable ; au contraire, je soutiens qu'elle est nécessaire à la société de tous les hommes, qu'elle sert à tous les plaisirs, qu'elle entretient l'amitié et l'amour ; et que sans complaisance, l'on serait toujours en guerre et en chagrin. Mais je soutiens en même temps que, comme la sincérité est la vertu de toutes qui est la plus particulière aux gens d'honneur, la complaisance est de toutes les vertus celle dont les lâches, les intéressés, les fourbes et les flatteurs abusent le plus souvent. [...] Car comme la libéralité, cette vertu héroïque, qui fait plus ressembler les hommes aux dieux que toutes les autres, devient prodigalité quand elle est excessive et peu judicieuse, de même la complaisance qui est une vertu paisible et agréable, fort nécessaire à la société et fort digne estimée, devient un vice quand elle n'a plus de bornes. [...] Je veux donc, ajouta-t-il, pour parler de la complaisance en général, qu'on n'en ait jamais qui flatte le vice, qui trahisse la vertu, qui déguise la vérité, qui nuise à la religion. Je veux qu'on ne cesse jamais d'être sincère, juste, et fidèle ami pour être complaisant. [...] J'entends par une complaisance muette, reprit Herminius, ces gens qui, de peur de dire quelque chose qui déplaise à leurs amis, les laissent faire cent sottises sans les en avertir, et qui ne savent pas que la dernière marque d'amitié est de donner un avis fidèle. [...] Si la complaisance en amour doit être aveugle, il n'en est pas de même en amitié, car elle doit toujours être accompagnée de prudence et de sincérité. La complaisance est sans doute le lien de la société civile, mais elle ne doit jamais, comme je l'ai déjà dit, ni trahir, ni flatter.
(Clélie, III, 2, 1656, p. 727- 738)




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