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Je suffoque


"Ouf ! je ne puis parler tant je suis prévenu :
Je suffoque, et voudrais me pouvoir mettre nu."
L'Ecole des femmes, II, 3 (v. 393-394)

Le jeu de scène par lequel Arnolphe, suffoquant de colère, jette son manteau par terre sera mis en cause dans :

Un jeu de scène semblable était mis en oeuvre par un des comédiens italiens de la troupe de Paris durant les années 1660. Les notes de l'Arlequin Biancolelli, traduites par Gueulette, en font mention à propos du spectacle « Les Morts vivants » (3)

La réaction d'Arnolphe correspond au comportement stigmatisé par

  • La Mothe le Vayer, dans son "petit traité" "De la colère" (Petits Traités en forme de lettres, 1647) (4)
  • certains protagonistes de la seconde partie (1655) de la Clélie dans une conversation sur la colère (5)

Dans L'Ecole des maris, Ariste disait à Sganarelle, qui venait de découvrir la ruse d'Isabelle : "doucement il faut boire la chose". Plus bas, Arnolphe fera appel à la sagesse antique pour tenter de maîtriser ce mouvement ("dire notre alphabet").


(1)

L’Auteur devait, avant cette Scène, leur en faire une autre, et les faire venir, avec chacun un Ballet pour nettoyer la rue, puisque bien qu’elle fût peut-être assez nette, pour leurs genoux, elle ne la devait pas être assez pour le manteau, et le chapeau d’Arnolphe, qu’il prend la peine d’y mettre, lui-même, forcé par la chaleur où l’excès de sa colère le met.
(sc. VIII)

(2)

Mais, au Palais-Royal, ami, quand on y joue,
Arnolphe jette bien son manteau dans la boue,
Quand auprès de sa porte, accablé de chagrin,
Il vient interroger Georgette avec Alain.
(sc. III)

(3)

Mario, après une scène de désespoir, jette à terre son chapeau et son manteau.
(éd. D. Gambelli, Arlecchino a Parigi. Lo scenario di Domenico Biancolelli, Rome, Bulzoni, 1993, t. II, p. 111)

(4)

L'on a observé aux tempêtes, que causent les vents du midi, qu'ils troublent ordinairement la mer de telle façon, qu'elle demeure longtemps agitée après qu'ils ont cessé, au lieu qu'aux orages, qu'excite le Borée et ses collatéraux, qui viennent du Septentrion, elle devient calme en un instant, et la tranquillité parait aussitôt qu'ils ne soufflent plus. Cela se peut fort bien rapporter aux mouvements de la colère, selon les divers tempéraments qui la produisent. Elle fait d'étranges ravages, et de longue durée, dans des âmes brutales, que la chaleur du sang domine, et qui n'ont acquis nulle habitude morale pour lui résister. Mais à l'égard de celles que la nature a voulu gratifier, ou qui ont reçu de la philosophie cette trempe de froideur et de sécheresse que demandait Héraclite, ses émotions cessent en un moment, et ne laissent nul trouble, qui puissent inquiéter le repos intérieur.
Aussi voyons-nous qu'il n'y a points de personnes qui s'abandonnent si tôt ni si aveuglément au courroux, que les débiles de corps ou d'esprit. Un enfant, une femme, un ignorant, un malade, un homme cassé d'années, s'irritent avec tant de facilité et de promptitude, qu'il ne faut souvent presque rien pour les mettre hors d'eux-mêmes, et leur faire faire d'étranges équipées.

(p. 285-286)

(5)

Ce qui me semble assez désavantageux à la colère, reprit la sage Racilia, c'est que, pour l'ordinaire, les personnes faibles y sont plus sujettes que les autres, les enfants et ceux qui sont sur le déclin de l'âge et de la raison se fâchent de tout, les malades mêmes qui n'ont pas l'usage tout entier de leur esprit se mettent en colère pour des bagatelles qui leur font honte quand ils se portent bien.
(II, 1, p. 283-284)




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