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Je ne vous contraindrai point


"Nous n'aurons jamais aucun démêlé ensemble; et je ne vous contraindrai point dans vos actions; comme j'espère que de votre côté vous ne me contraindrez point dans les miennes: car pour moi, je tiens qu'il faut avoir une complaisance mutuelle; et qu'on ne se doit point marier, pour se faire enrager l'un l'autre. Enfin nous vivrons, étant mariés, comme deux personnes qui savent leur monde."
Le Mariage forcé, sc. II

Ce mode de vie conjugal est décrit par Charles Sorel dans son texte intitulé "Pour et contre l'amitié tendre hors le mariage" (Oeuvres, 1663) :

Dès que les hommes sont sous le joug du mariage, il semble que ce qui les a joints à leurs femmes, soit ce qui les en sépare ; je dis ceci pour la plupart : ils ne savent plus ce que c'est de les accompagner aux visites et aux promenades ; ils ne vont plus avec elles au bal, ni à la comédie et au cours ; comme auparavant ; ils laissent leur entretien tout le jour à quiconque le recherche, comme si ni d'un côté ni d'autre, ils n'y avaient plus de satisfaction ; il semble qu'ils soient chacun condamnés à faire bande à part. De se gouverner d'autre sorte, c'est vivre comme les bonnes gens du temps passé, du moins en ce qui est de ceux qui suivent l'air du grand monde. C'est assez pour faire soulever le coeur aux personnes galantes, de voir seulement le mari et la femme dans un même carrosse : la mode veut qu'ils se fuient l'un l'autre, et en cela cette belle mode s'est fort bien accommodée à leurs sentiments, et n'a rien inventé qui choque leur naturel : ils négligent alors ce qu'ils possèdent sans peine.
(p. 142-143)




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