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Ha, ha, ha


"TOINETTE, pour l'interrompre et l'empêcher de crier, se plaint toujours, en disant.- Ha!- Il y a....- Ha! - Il y a une heure... - Ha! - Tu m'as laissé... - Ha! - Tais-toi donc, coquine, que je te querelle. [...]. TOINETTE, toujours pour l'interrompre.- Ha!- Chienne, tu veux... - Ha!"
Le Malade imaginaire, I, 2

Le fonctionnement du cri "de secours" fait l'objet d'un long développement dans De la Recherche de la vérité (1674) de Malebranche, en tant qu'exemple de "la troisième inclination naturelle, qui est l'amitié que nous avons pour les autres hommes" (chap. IV, 13) :

Il n'y a rien de plus admirable que ces rapports naturels qui se trouvent entre les inclinations des esprits des hommes, entre les mouvements de leurs corps, et entre ces inclinations et ces mouvements. Tout cet enchaînement secret est une merveille qu'on ne peut assez admirer et qu'on ne saurait jamais comprendre. A la vue de quelque mal qui surprend, ou que l'on sent comme insurmontable par ses propres forces, on jette par exemple un grand cri. Ce cri souvent poussé sans qu'on n'y pense, et par la disposition de la machine, entre infailliblement dans les oreilles de ceux qui sont proches, pour donner le secours dont on a besoin. Il les pénètre, ce cri, et se fait entendre à eux de quelque nation et de quelque qualité qu'ils soient; car ce cri est de toutes les langues et de toutes les conditions, comme en effet il doit être. Il agite le cerveau et change en un moment toute la disposition du corps de ceux qui en sont frappés; il les fait même courir au secours sans qu'ils y pensent. Mais il n'est pas longtemps sans agir sur leur esprit et sans les obliger à vouloir secourir celui qui a fait cette prière naturelle : pourvu toutefois que cette prière ou plutôt ce commandement pressant soit juste et selon les règles de la société. Car un cri indiscret, poussé sans sujet ou par une vaine frayeur, produit dans les assistants de l'indignation ou de la moquerie au lieu de compassion : parce qu'en criant sans raison, l'on abuse de choses établies par la nature pour notre conservation. Ce cri indiscret produit naturellement de l'aversion et le désir de venger le tort que l'on a fait à la nature, je veux dire à l'ordre des choses, si celui qui l'a fait sans sujet l'a fait volontairement.
(IV, 13, éd. de 1688, p. 487)

La manière dont, sur le plan physiologique, le cri répond à un autre cri, avait trouvé une explication mécaniste détaillée dans le Discours physique de la parole (1668) de Géraud de Cordemoy :

Il faut, pour achever de connaître tout ce qu'elle [l'âme] emprunte du corps qui forme la voix ou de celui qu'elle affecte, se ressouvenir d'une remarque que j'ai déjà faite, qui est que les mêmes nerfs qui répondent aux oreilles, ont des rameaux qui vont aux dents, à la langue, à l'entrée de la trachée artère et généralement à tous les endroits qui servent à modifier la voix ; si bien que suivant l'institution de la nature, le même ébranlement des nerfs de l'oreille, qui fait que le cerveau est affecté du mouvement qu'une voix cause en l'air, fait aussi que les esprits qui coulent du cerveau dans les nerfs de toutes les parties qui servent à la voix, en disposent les muscles d'une façon qui, répondant à l'impression que la voix a faite dans le cerveau, les met en état de former une voix toute semblable.
(p. 90-91)




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